Qui sont Mélinée et Missak Manouchian, figures de la Résistance, qui vont entrer au Panthéon ?

Quatre-vingts ans après sa mort, ce rescapé du génocide arménien va être panthéonisé. Il sera accompagné de son épouse Mélinée, elle aussi résistante à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale.
Article rédigé par franceinfo
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Un portrait du résistant Missak Manouchian sur la façade d'un immeuble dans le 20e arrondissement de Paris, le 21 février 2023. (AMAURY CORNU / HANS LUCAS / AFP)

Après Simone Veil en 2018 et Joséphine Baker en 2021, le Panthéon va accueillir en son sein deux nouveaux héros du XXe siècle : les résistants Missak Manouchian et son épouse Mélinée. Le couple, rescapé du génocide arménien, s'était illustré par sa lutte armée contre l'occupation allemande en région parisienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Leur panthéonisation aura lieu le 21 février 2024, soit 80 ans après l'exécution du militant communiste. 

Il a émigré en France en 1925

Né le 1er septembre 1906 à Adiyaman, dans le sud de l'actuelle Turquie, Missak Manouchian est le quatrième et dernier enfant d'une famille de paysans arméniens. A 9 ans, il assiste aux massacres perpétrés par les Turcs contre le peuple arménien. "Il perdit sa famille dont il fut, avec son frère Karapet, un des seuls survivants, écrit le site Fusillés 1940-1944. Ces massacres marquèrent profondément le jeune homme déjà élevé dans le souvenir des massacres précédents de la fin du XIXe siècle."

A la fin de la guerre, lui et son frère sont pris en charge par un orphelinat français au Liban. Missak Manouchian "y subit l'influence de la culture française" et s'attache à "ce pays qui lui apparaissait comme protecteur et bienfaiteur". Il émigre en France en 1925, à Marseille précisément. Il travaille d'abord aux chantiers navals de La Seyne-sur-Mer (Var), avant d'être embauché comme tourneur chez Citroën à Paris.

En France, Missak Manouchian continue de pratiquer ses deux passions : la gymnastique et l'écriture. En juillet 1930, il participe à la création d'une revue littéraire dans laquelle il publie les traductions de poèmes de Baudelaire, de Verlaine et de Victor Hugo. "Il avait développé un attachement très fort à la France des droits de l'homme et de la Révolution française", expliquait l'historien Denis Peschanski, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, dans Ouest-France. Il finit par s'engager dans le mouvement communiste français et devient cadre de l'Internationale communiste en 1935.

Il a créé le groupe Manouchian

Ce sont ces valeurs, "à la force mobilisatrice exceptionnelle", qui expliquent "l'engagement de ces étrangers contre Vichy et les Allemands", continue Denis Peschanski. En 1943, Missak Manouchian rejoint la Résistance communiste et forme le "groupe Manouchian", l'un des mouvements armés les plus actifs. Une soixantaine d'hommes et de femmes des Francs-tireurs et partisans de la Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) compose ce groupe de résistants étrangers proche du Parti communiste français. 

"En 1943, en région parisienne, la répression menée par les Allemands et les brigades spéciales des renseignements généraux de la préfecture de police de Paris ont fait disparaître la plupart des groupes armés de la Résistance, rappelle l'historien Denis Peschanski. Sauf ceux des communistes des FTP-MOI. Dans la capitale historique de la France, ce sont ces étrangers qui menaient la lutte armée contre les Allemands. Manouchian était le commissaire militaire d'un de ses groupes."

L'Arménien figure avec ses camarades sur la célèbre affiche rouge de propagande allemande alors placardée dans toute la France occupée (en bas sur la photo). L'Affiche rouge est également le titre d'un film sorti en 1976, et réalisé par Franck Cassenti, qui retrace l'histoire du groupe Manouchian.

Reproduction de l'affiche placardée dans les principales villes de France sous l'Occupation par les services de la propagande allemande en 1944. Missak Manouchian figure en bas. (NICOLAS LIPONNE / HANS LUCAS / AFP)

Il est exécuté en février 1944

Après une longue filature, Missak Manouchian est arrêté le 16 novembre 1943 par les Allemands à Evry-Petit Bourg (dans l'Essonne). Il est exécuté le 21 février 1944 avec 21 autres résistants au Mont-Valérien (Hauts-de-Seine).

Quelques heures avant sa condamnation à mort, il écrira une lettre à son épouse Mélinée depuis la prison de Fresnes. "Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée, dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. (...) Bonheur à ceux qui vont nous suivre et goûter la douceur de la liberté et de la paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement".

"Je mourrai avec 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et, si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine."

Missak Manouchian

dans une lettre écrite à son épouse Mélinée

Une cérémonie d'hommage au résistant Missak Manouchian, à Valence (Drôme), le 21 février 2022. (NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / AFP)

Elle s'est aussi engagée dans la Résistance 

Comme pour Simone Veil et son époux Antoine, entrés au Panthéon en 2018, la famille souhaitait que le couple Manouchian reste uni dans la mort, même si Mélinée ne sera pas elle-même panthéonisée en février 2024.

Née en 1913 à Constantinople (aujourd'hui Istanbul), Mélinée Manouchian devient orpheline à l'âge 3 ans après que ses parents ont été tués lors du génocide arménien. "Elle grandit de la Grèce à Paris, en passant par Marseille, avant de décrocher son certificat d'études avec mention, puis de suivre une formation de secrétaire comptable et de sténodactylographie", note Ouest-France.

C'est en 1934 qu'elle fait la connaissance de Missak Manouchian, à l'occasion de la fête annuelle de la section française du Comité de secours pour l'Arménie (HOC). Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Mélinée Manouchian a "pour rôle de dactylographier des tracts et de porter des messages secrets. Deux ans plus tard, ils décident de passer à la lutte armée et aux attentats, poursuit le quotidien régional. La jeune femme est affectée au repérage et à l'espionnage des cibles d'attentats, puis de rédiger des comptes-rendus pour les commandos."

Lorsque son mari est arrêté fin 1943, Mélinée Manouchian trouve refuge chez son amie Knar Aznavourian, la mère du chanteur Charles Aznavour. Elle n'apprendra que plusieurs semaines plus tard l'exécution de son époux. Le 31 décembre 1986, François Mitterrand la nomme chevalier de la Légion d'honneur. Elle meurt finalement le 6 décembre 1989 et est enterrée au cimetière parisien d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Son cercueil ne sera réuni à celui de son époux que cinq ans plus tard, en 1994, sous la stèle blanche des militaires morts pour la France.

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