Ce qu'il faut savoir du virus Usutu, dont le premier cas a été détecté en France

Les chercheurs s'inquiètent d'éventuelles mutations de ce virus, transmis par le moustique commun. Mais pour l'instant, pas de quoi paniquer.

Un moustique commun.
Un moustique commun. (BRASSELET / LEEMAGE / AFP)

Le virus tropical Usutu, détecté pour la première fois en France, suscite l'intérêt des chercheurs. Transmis par le moustique commun, ce virus "émergent" a été détecté chez un patient âgé de 39 ans, hospitalisé pendant trois jours à Montpellier (Hérault), en 2016, a rapporté une étude de chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiée dans la revue scientifique Emerging Infectious Diseases en mai 2018. L'étude a été portée à la connaissance du public par un communiqué de l'Inserm, vendredi 15 juin.

L'homme a souffert d'une paralysie faciale pendant quelques jours, avant de retrouver un état normal. Si les chercheurs ne sont pas inquiets à ce stade concernant les effets de ce virus sur l'homme, ils s'inquiètent cependant d'une éventuelle mutation future, comme celle qui avait modifié le virus Zika, en 2013. Proche du virus Usutu, et apparu il y a plusieurs décennies, le virus Zika a provoqué des malformations congénitales à partir de cette date.

Franceinfo fait le point sur ce qu'il faut savoir du virus Usutu.

Comment le virus s'est-il répandu ?

Isolé pour la première fois en Afrique du Sud en 1959, le virus Usutu a été repéré en Europe au début des années 2000 chez les oiseaux. Il aurait commencé à circuler en Occitanie en 2015, précise Allô docteurs.

Seuls 26 cas d’infection humaine par Usutu ont été rapportés en Europe. Mais ce chiffre est très certainement sous-estimé, d’après Yannick Simonin, enseignant-chercheur à l'université de Montpellier et spécialiste de ce virus, "du fait de l’inexistence de tests de détection commerciaux mais aussi de la méconnaissance générale des symptômes qui y sont associés", précise l'Inserm.

Comment se transmet-il ?

Usutu est un arbovirus, une famille de virus qui se transmettent par piqûre d'insectes – comme les moustiques – ou d'arachnides – comme les tiques – qui se nourrissent de sang. Il est de la même famille que les virus Zika ou de la fièvre du Nil occidental, explique l'Inserm. Il se transmet à l'homme par l'intermédiaire des moustiques du genre Culex, dont le plus connu est le moustique commun, le plus répandu en France. La dengue, le chikungunya ou le Zika sont, eux, transmis par les moustiques du genre Aedes, notamment le moustique-tigre.

A priori, le virus Usutu ne se transmet pas entre les humains. "Pour l'instant, nous n'avons jamais observé d'exemple de transmission d'homme à homme", indique à L'Obs le chercheur Yannick Simonin. Mais le virus est encore peu connu des scientifiques, tempère-t-il.

On a longtemps cru que les arbovirus ne se transmettaient pas de cette façon, jusqu'à ce qu'on découvre que Zika pouvait s'attraper par voie sexuelle. Or Zika et Usutu sont des virus proches, on ne peut donc pas être catégorique.Yannick Simonin, enseignant-chercheurà L'Obs

En revanche, le virus se diffuse à travers le monde par les oiseaux migrateurs, eux-mêmes piqués par ces moustiques. Le virus "est sans doute arrivé par des oiseaux migrateurs venus d'Afrique", précise Yannick Simonin à L'Obs. Il touche principalement les merles noirs, les mésanges, les moineaux, les rouges-gorges et certains rapaces, ajoute Allô docteurs.

Que risque-t-on ?

Si le virus est encore mal connu, la plupart des cas d'infection détectés chez l'homme n'ont donné aucun signe d'inquiétude, selon l'Inserm. Aucun effet ne serait observé chez une majorité des êtres humains infectés. Aucun mort n'est à déplorer jusqu'à présent.

La plupart des cas d'infection chez l'homme sont probablement asymptomatiques.Institut national de la santé et de la recherche médicaledans un communiqué

Dans d'autres cas, les patients ont été atteints de symptômes classiques des maladies transmises par les moustiques et les tiques. "Le malade présente un panel assez hétérogène de symptômes, liste Yannick Simonin dans L'Obs : fièvre modérée, en deçà de 40°C, éruption cutanée plus ou moins marquée sur tout le corps, des atteintes hépatites, comme un ictère (jaunisse)." Il n'existe aucun vaccin ni traitement, précise le chercheur à 20 Minutes.

Faut-il craindre une épidémie ?

"Pas de panique", rassure Yannick Simonin, dans les colonnes de Midi libre. A l'origine d'une mortalité massive chez les oiseaux, le virus ne serait pas dangereux pour l'homme, selon le chercheur. 

En outre, le virus ne se transmettrait pas de manière massive, selon le chercheur. "Le risque de propagation est assez limité", ajoute-t-il dans 20 Minutes. Il estime cependant que des mutations pourraient survenir. "En France, précise-t-il au quotidien, deux souches différentes de ce virus sont en circulation, et les examens menés en laboratoire montrent qu'elles ont déjà muté et que le virus s'est acclimaté." 

Il faut organiser la surveillance des foyers aviaires du virus pour anticiper et prévenir tout risque d'épidémie.Yannick Simoninà 20 Minutes

Comment éviter d'être contaminé ?

Des mesures de prévention permettent de contrer la prolifération des moustiques. "Il faut éviter les eaux stagnantes et les autres points d'eau", rappelle le docteur Gérald Kierzek sur Europe 1. "Les soucoupes, les pots de fleurs, les vieux pneus" sont des nids à larves de moustiques et doivent être proscrits.