VIDEOS. Masques, tests, confinement... Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse du gouvernement sur l'épidémie de coronavirus

Le Premier ministre a tenu à faire un point de situation au lendemain de l'annonce de la prolongation du confinement jusqu'au 15 avril. 

Le Premier ministre Edouard Philippe, le 28 mars 2020 à Paris.
Le Premier ministre Edouard Philippe, le 28 mars 2020 à Paris. (FRANCEINFO)

"Le combat ne fait que commencer." Samedi 28 mars, le Premier ministre, Edouard Philippe, a longuement fait le point sur la pandémie de Covid-19 en France et sur la stratégie du gouvernement pour y faire face. "Nous prenons aujourd'hui des mesures exceptionnelles. Jamais un confinement général du pays n'avait été mis en place", a rappelé le chef du gouvernement, lors d'une conférence de presse qui a duré environ deux heures.

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Avec Olivier Véran, ministre de la Santé, Karine Lacombe, cheffe du service infectiologie de l'hôpital Saint-Antoine à Paris, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, et Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'institut Pasteur, le Premier ministre a tenu à communiquer de façon "totalement transparente" sur la gestion de l'épidémie. Franceinfo vous résume ce qu'il faut retenir. 

Le nombre de cas avérés double tous les "trois à quatre jours" 

"Les 15 premiers jours d'avril seront encore plus difficiles que les quinze derniers jours qui viennent de s'écouler", a annoncé Edouard Philippe. Pour cause : le nombre de cas continue à grimper et double "tous les trois à quatre jours", suivant la progression de l'Italie. 

Les chiffres sont calculés selon "trois sources extrêmement fiables", a précisé  Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. "On compte le nombre de cas de tests positifs, dans les établissements de santé de l'ensemble des territoires, ainsi que les formes sévères. Les admissions, les hospitalisations en réanimation, les guérisons et les décès sont comptabilisés. Nous suivons aussi les recours aux soins en ville avec surveillance syndromique de la population, via des médecins sentinelles. Et enfin, Santé publique France continue de produire des données." Au total, 44 000 personnes ont consulté auprès d'un médecin de ville, pour une infection au coronavirus. 

La maladie est bénigne dans 85% des cas (mais est très contagieuse)

Karine Lacombe, cheffe du service infectiologie de l'hôpital Saint-Antoine à Paris, a résumé ce que l'on sait du Covid-19, la maladie provoquée par le virus Sras-CoV2 : la transmission se fait par "gouttelettes manuportées", la maladie est bénigne dans 85% des cas et très contagieuse. "Une personne contaminée peut en contaminer trois autres", a-t-elle indiqué.

L'impact du confinement mesuré "à la fin de la semaine prochaine"

A la tribune, l'épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique et de l'Institut Pasteur, a expliqué l'importance des mesures de confinement pour freiner l'épidémie. "Si chaque malade infecte moins d'une personne, l'épidémie va décliner. Pour en estimer l'impact, il va falloir attendre un peu, (...), on l'espère en fin de semaine prochaine", a-t-il expliqué.

L'objectif est de mettre à disposition 14 000 lits en réanimation 

C'est le point-clé de cette crise sanitaire : disposer de suffisamment de lits en réanimation pour accueillir les cas les plus graves, en détresse respiratoire. "Si l'épidémie se développe, les formes sévères vont s'accroître et être de plus en plus nombreuses", a alerté le Premier ministre, indiquant que "si l'on dépasse la capacité d'accueil en réanimation, nous allons avoir un sérieux problème." Au départ de 5 000 lits pour l'ensemble du territoire, la capacité d'accueil a été doublée cette semaine. "L'objectif est de parvenir rapidement à 14 000 places", tout en aplanissant la courbe de la contagion – et cela se fait via le respect du confinement. Des respirateurs ont été commandés à l'industriel français Air Liquide.

La France a commandé "plus d'un milliard de masques"

Critiqué pour la pénurie de masque qui frappe le pays, le ministre de la Santé est longuement revenu sur le sujet. "Plus d'un milliard de masques ont été commandés depuis la France et l'étranger pour les semaines et mois à venir", a confié le ministre, comme annoncé par franceinfo dans la journée, en rappelant que la France ne produisait sur son sol que 8 millions de masques par semaine. "Nos réserves ne sont pas infinies", a-t-il souligné.

"Il y a une autre façon de répondre à cette demande importante, c'est d'essayer de créer de nouveaux produits, d'utiliser la richesse, l'innovation des entreprises françaises en matière de textile et de papier, pour faire en sorte de créer de nouveaux masques répondant à des usages bien spécifiques", a affirmé de son côté le Premier ministre. Ces masques, a-t-il expliqué, sont destinés à "tous ceux qui, n'étant pas personnel soignant, pourront trouver avec des masques garantis une bonne façon de s'équiper, de se rassurer et se protéger". "Les masques ne doivent pas, sous peine d'être inutiles, s'accompagner d'un oubli des gestes barrières", a-t-il insisté.

Vers un isolement individuel des résidents dans les Ehpad

Le ministre de la Santé est revenu sur la problématique des Ehpad, particulièrement exposés en raison de la fragilité des personnes âgées qui y vivent. "Je demanderai aux établissements de type Ehpad de se préparer à aller vers un isolement individuel de chaque résident dans les chambres", a indiqué Olivier Véran. Et "partout où ce sera possible, j'encouragerai toute démarche pour que le personnel qui travaille sans relâche déjà au sein des Ehpad puisse le moins possible sortir de ces établissements pour prendre le moins de risques qu'il revienne avec le virus", a-t-il ajouté.

Aucun traitement n'a fait ses preuves "pour le moment"

Olivier Véran est aussi revenu sur les espoirs suscités par les travaux du professeur Didier Raoult, encensé par certains responsables politiques, mais critiqué par ses pairs. "Il n'existe hélas aucun traitement qui ait fait ses preuves en France et dans le monde", a rappelé le ministre. Avant d'évoquer les études lancées en France sur le sujet. "J'invite chacun et chacune à la patience. S'il s'avérait qu'un traitement, celui-ci ou un autre, était efficace, nous mettrions tout en œuvre pour le fournir aux Français", a-t-il déclaré à propos de la chloroquine défendue par le scientifique  marseillais.

Un objectif de 50 000 tests classiques et 30 000 rapides par jour d'ici à la fin avril

Le ministre de la Santé a également évoqué l'enjeu des tests, un point décisif pour maîtriser la fin du confinement. "La France a passé une commande pour 5 millions de tests rapides qui (...) permettront d'augmenter nos capacités de dépistage de l'ordre de 30 000 tests supplémentaires par jour au mois d'avril, 60 000 au mois de mai et plus de 100 000 tests par jour au mois de juin", a indiqué Olivier Véran. Ils s'ajouteront aux "50 000 tests" classiques qui seront réalisés chaque jour "d'ici la fin du mois d'avril", contre 12 000 actuellement.