Vaccination contre le Covid-19 : doit-on craindre un "plafond de verre" en France ?

Un certain nombre de personnes âgées pas encore vaccinées, des créneaux de rendez-vous qui ne trouvent pas preneur... Plusieurs signes inquiètent concernant une stagnation, voire une baisse, du rythme de la campagne française.

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Un centre de vaccination dans le 20e arrondissement de Paris, le 26 mai 2021. (JEANNE FOURNEAU / HANS LUCAS / AFP)

La campagne vaccinale France est-elle sur le point de s'essouffler ? La barre symbolique des 30 millions de primo-vaccinés a été franchie, samedi 12 juin, mais la demande en la matière faiblit. Ainsi, bien que quelque 335 000 personnes aient reçu une première injection chaque jour cette dernière semaine selon le site de prise de rendez-vous Doctolib, un ralentissement est observé chez certaines catgories, ce qui rend plus difficile d'atteindre l'objectif de l'immunité collective. Dans ce contexte, le débat autour de la vaccination obligatoire, prônée par l'Académie nationale de médecine pour de nombreuses professions, revient sur le devant de la scène et le gouvernement imagine de nouveaux leviers pour convaincre les réticents. Franceinfo fait le tour des raisons sur la situation.

Parce que la courbe des vaccinations s'aplatit chez les plus âgés

Après une montée en puissance pendant tout le mois de mai, le rythme des primo-injections semble désormais ralentir et atteindre un plateau, comme le montre cette courbe basée sur les données de Santé publique France au 11 juin.

Rythme des premières injections au 11 juin 2021 et depuis le début de la campagne vaccinale en France.  (FRANCEINFO)
Selon le site CovidTracker, au 12 juin, plus de 83% des personnes âgées de plus de 65 ans ont reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19. Toutefois, si les données laissent transparaître une couverture vaccinale élevée chez les patients les plus âgés, elle peine à progresser davantage dans cette catégorie de la population. Ainsi, entre le 10 avril et le 10 mai, le taux de vaccination des 75-79 ans (personnes autorisées à se faire vacciner en France depuis janvier) est passé de 69% à 82%, soit une augmentation de 13%, alors qu'entre le 10 mai et le 10 juin, le taux de vaccination a augmenté de seulement 6%, pour atteindre 88%.

Dans un communiqué daté du 10 juin, Santé publique France a estimé que "des actions ciblées pour encourager et faciliter la vaccination des aînés non encore vaccinés" étaient nécessaires pour convaincre les derniers réticents. Daniel Lévy-Bruhl de Santé publique France a reconnu auprès de l'AFP qu'il s'agissait d'"un point de préoccupation" pour l'organisme.

A l'inverse, ce dernier précisait début juin que le taux de vaccination progressait "fortement" chez les jeunes adultes âgés de plus de 18 ans, à qui la vaccination a été ouverte officiellement le 31 mai. Le 12 juin, un peu plus de 32,1% des 18-24 ans avaient reçu une injection, selon CovidTracker. Ils étaient même 34,4% chez les 25-29 ans.

Parce que le nombre de rendez-vous pris sur Doctolib est en baisse

Depuis la fin mai, la courbe concernant les demandes de rendez-vous pour une première injection s'infléchit sur Doctolib, un des principaux outils pour réserver un créneau. La moyenne sur une semaine est ainsi passée d'environ 343 000 rendez-vous pris au 12 mai à moins de 180 000 au 11 juin.

Le responsable de l'Agence régionale de santé d'Île-de-France, Aurélien Rousseau, a confirmé, le 9 juin sur Twitter, qu'il restait "des créneaux de vaccination dans beaucoup de centres", y voyant une "petite alerte".

Face à ce constat, Doctolib se veut néanmoins rassurant, précisant sur Twitter que "moins de rendez-vous pris ne signifie pas nécessairement moins d'injections : le nombre d'injections continue de progresser, mais de nombreux créneaux sur juin sont prévus pour les deuxièmes injections suite au pic de premières injections en mai dernier"

Deux jours plus tard, en marge d'un déplacement, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a affirmé de son côté qu'il n'y avait pas de revirement de la population et qu'il restait "des créneaux disponibles dans les centres du fait d'une augmentation de l'offre [de vaccins]".

Parce qu'une minorité reste réfractaire à la vaccination

Plus de six mois après le début de la campagne en France, une minorité demeure réticente à l'idée de se faire vacciner. En mai, près de 20% des Français déclaraient ne pas avoir l'intention de se faire vacciner, selon un sondage d'Opinionway et du Cevipof (PDF), tandis que 13% disaient hésiter. Leur part s'est tout de même réduite ces derniers mois, montre l'étude CoviPrev de Santé publique France

"Même si l'adhésion à la vaccination des Français continue de progresser, il est important d'encourager à la vaccination toutes les personnes de 18 ans et plus, avec des mesures spécifiques de facilitation d'accès, en particulier pour les plus âgées non encore vaccinées, dans l'objectif d'atteindre un niveau suffisant d'immunité collective", explique Santé publique France dans une note du 3 juin. Les données de l'Institut Pasteur montrent qu'il faudrait atteindre une immunité collective de 80% de la population, en grande partie grâce à la vaccination, pour venir à bout de l'épidémie.

"Le plafond de verre, on le voit arriver, glissait un ministre au Monde, fin mai. Il est possible que l'on se retrouve dans une situation où nous aurons plus de doses que de gens qui se vaccinent." Pour sa part, l'Académie nationale de médecine a plaidé, le 25 mai, en faveur d'une vaccination obligatoire pour de nombreuses professions. "Il sera très difficile d'obtenir avant la fin de l'été un taux de couverture vaccinale qui assurerait une immunité collective suffisante pour contrôler l'épidémie", a justifié l'institution dans son communiqué.

Alors qu'il rejetait l'idée en novembre dernier, Emmanuel Macron a entrouvert la porte, le 3 juin, lors de son déplacement dans le Lot. "A un moment donné, si la science nous dit qu'il faut atteindre 80-90% de la population pour avoir l'immunité, on a un problème dans le pays, car on n'arrive plus à convaincre. On peut peut-être se poser la question", avait-il déclaré à la presse. Mais "je n'en suis pas là", avait-il conclu.

Pour l'heure, le Journal du dimanche (JDD) rapporte qu'une mission ministérielle a imaginé plusieurs mesures pour trouver une solution. L'ouverture de la vaccination aux adolescents de plus de 12 ans dans les centres, prévue à partir de mardi, en fait partie. Le ciblage des malades chroniques pour la vaccination est aussi évoqué. "D'ici au 15 juillet, 65% des personnes atteintes de comorbidités devront avoir été vaccinées", précise par ailleurs le ministère de la Santé au JDD. Enfin, selon l'hebdomadaire, une sensibilisation massive est prévue par l'intermédiaire de textos et courriers envoyés par l'Assurance-maladie aux personnes souffrant d'une affection de longue durée.

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