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Vaccin contre le Covid-19 : "C'est une excellente nouvelle, même s'il faut rester prudent", estime un infectiologue après l'annonce de Moderna

La société américaine a annoncé que son vaccin contre le Covid-19 est efficace à 94,5%. Une nouvelle qui survient après celle des laboratoires Pfizer et BioNTech sur leur candidat vaccin "efficace à 90%".

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Radio France
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Des fichiers du protocole de la société de biotechnologie Moderna pour les vaccinations contre le Covid-19 sont conservés en Floride, le 13 août 2020 (photo d'illustration). (CHANDAN KHANNA / AFP)

"C'est une excellente nouvelle, même s'il faut rester prudent", estime le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), sur franceinfo lundi 16 novembre . Après Pfizer/BioNtech, la société de biotechnologie américaine Moderna annonce que son vaccin contre le Covid-19 est efficace à 94,5%. "Ce ne sont pour l'instant que des communiqués et nous manquons de médecine fondée par les preuves et d'efficacité dans le temps", nuance l'infectiologue.

>> Vaccin contre le Covid-19 : pourquoi la bataille est loin d'être gagnée, malgré les avancées de plusieurs essais cliniques

Selon Benjamin Davido, "on va probablement avoir différents vaccins qui vont se succéder dans le temps". Les premiers seront "peut-être plus compliqués à transporter" mais ils serviront d'abord "à vacciner les soignants et les populations les plus vulnérables".

franceinfo : Faut-il se réjouir de cette nouvelle annonce d'un vaccin ?

Benjamin Davido : Pour l'instant, on a malheureusement peu de publications scientifiques. Les données de Pfizer sont sur un groupe relativement faible d'individus. On peut d'ailleurs presque être étonné d'avoir des résultats aussi bons. L'éternelle inconnue derrière tout ça, c'est combien de temps l'immunité va durer ? Parce qu'il faut rappeler que cette maladie, on la connaît depuis moins d'un an alors qu'on met en moyenne quatre ans pour fabriquer un vaccin et avoir du recul sur l'immunité acquise, c'est à dire la fabrication des anticorps lorsqu'on produit un vaccin.

La véritable bête noire et le challenge de tous ces concurrents dans la vaccination, c'est de savoir quel vaccin pourra être efficace sur la durée.

Docteur Benjamin Davido

à franceinfo

La bonne nouvelle dans tout ça, même s'il faut rester prudent, c'est que la vaccination va concerner le monde entier, comme le virus. C'est une excellente nouvelle.

La guerre commerciale est-elle lancée alors que Moderna annonce une efficacité de son vaccin à 94,5%, contre 90% pour Pfizer ?

C'est un peu ça. Au-delà des arguments commerciaux, il y a un enjeu de reproduction au sens populationnelle. Cela me semble extrêmement difficile qu'un vaccin qui se conserve à -70° puisse régler le problème de la pandémie et avoir une universalité.

On va probablement avoir différents vaccins qui vont se succéder dans le temps.

Docteur Benjamin Davido

à franceinfo

Cela ne veut pas dire qu'il y en aura un qui sera mieux que l'autre. Dans l'urgence, on va peut-être utiliser le premier venu, qui sera peut-être plus compliqué à transporter, mais qui servira d'abord à vacciner les soignants et les populations les plus vulnérables. De fil en aiguille, on arrivera sur ce qu'on appelle des vaccins "recombinants", qu'on peut conserver à température ambiante au frigo et qui pourront servir à une vaccination de masse. Le français Sanofi, qui prend par exemple un peu plus de temps, se prépare peut-être à ce genre de vaccin. En tout cas, ce serait extraordinaire parce que si tous ces vaccins arrivent à temps, qu'ils se succèdent et surtout, qu'ils sont efficaces, on aura réglé à une vitesse record une pandémie qui, elle aussi, s'est propagée à une vitesse record.

Selon un sondage franceinfo, un Français sur deux n'est pas prêt à se faire vacciner. Cet étalement des vaccins pourrait-il convaincre les réticents ?

Oui, et puis ça veut dire qu'il y en aura pour tous les goûts et toutes les couleurs ! On peut espérer que, peut-être aussi dans un esprit de chauvinisme avec les vaccins européens, on arrivera un peu plus à convaincre et qu'il y aura moins de réticences. Cet étalement dans le temps, c'est plutôt une bonne nouvelle pour moi. Ce qui va être extrêmement difficile, ça va être de s'assurer que l'immunité dure plus d'un an, puisque la découverte de ce virus est trop récente. Si l'immunité est de moins d'un an, et que la maladie persiste, ça voudra dire qu'il faudra faire des rappels annuels.

Au-delà des 60 millions de Français, l'ambition va bien au delà de nos frontières parce qu'il faut pouvoir contenir l'épidémie au delà de l'Europe, aux Etats-Unis, en Asie, dans tous les continents, pour qu'on se retrouve pas dans un an et demi avec à nouveau un virus qui arriverait et qui aurait échappé à la vaccination. On est vraiment sur des enjeux qui dépassent la date de la vaccination et de la conservation et qui sont vraiment sur une inscription de la durée. Et ça, j'ai peur que même les publications scientifiques les plus optimistes ne pourront pas répondre à cette question. Ce sera seulement les données de vie réelle qui nous diront si l'immunité persiste.

Le vaccin annoncé par Moderna doit être transporté à -20° avant d'être stocké au frigo. Celui développé par Pfizer et BioNtech doit lui être conservé à -70°. Comment expliquer de telles différences entre deux vaccins issus de la même technologie ARN ?

On a des températures si basses de congélation, parce que l'ARN messager est de l'information génétique extrêmement fragile. Les vaccins doivent en utiliser une certaine quantité en considérant qu'il va y avoir une perte de l'information génétique au moment de la décongelation. Les chercheurs font le pari qu'il restera suffisamment d'ARN pour que l'organisme synthétise ensuite les protéines nécessaires à la vaccination.

Il y a très clairement des enjeux pharmacologiques ainsi qu'une prouesse, une technicité derrière. Il faut imaginer que théoriquement, ces vaccins ARN messagers, ça leur apporte une certaine innocuité. Au lieu d'injecter un vaccin vivant atténué, c'est notre organisme qui va produire lui-même, en quelque sorte, le vaccin et les anticorps. Il faut rester bien sûr très prudent parce que c'est une première au sens large d'une vaccination de population, mais en même temps, on connaît ce type de vaccin qui a été utilisé déjà pour Ebola.

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