Témoignages Rentrée scolaire 2021 : les professeurs inquiets face à "la gymnastique" des cours hybrides prévus par le nouveau protocole sanitaire

Jean-Michel Blanquer a présenté mercredi le protocole sanitaire pour la rentrée des classes 2021. Désormais, en cas de contamination au Covid-19 dans une classe de collège ou de lycée, "les élèves non vaccinés seront évincés, mais pas les vaccinés".

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Des collègiens sortent de leur établissement à Cahors (Lot), en mars 2021.  (GARO / PHANIE / AFP)

Ils sont professeurs en collège ou en lycée et enseignent tant bien que mal depuis le début de la pandémie de Covid-19. Le nouveau protocole sanitaire annoncé par le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, mercredi 28 juillet, sur franceinfo ne les rassure pas. En particulier cette précision de leur ministre de tutelle : "dans le secondaire, s'il y a un cas de contamination" au Covid-19, "les élèves non vaccinés seront évincés, mais pas les vaccinés". "C'est évidemment une forte incitation à être vacciné", a-t-il admis.

De quoi inquiéter Mathilde*, professeure de physique en poste depuis sept ans. Elle peine à imaginer la mise en place dans son lycée d'un système hybride pour ses cours. D'un point de vue pratique d'abord, "même si nous avions le matériel adéquat – ce qui n'est pas le cas – je ne vois pas comment le réseau internet pourrait suivre si tous les professeurs étaient concernés".

Elle s'alarme aussi de la charge de travail qu'implique une telle organisation. "Finalement, c'est deux fois plus de travail pour nous de faire un cours à la fois en présentiel et en distanciel, assure Mathilde, et en plus le temps d'apprentissage des élèves sera moins rapide. On va créer deux classes, à deux vitesses." Pour les cours pratiques, fréquents dans la discipline qu'elle enseigne, "c'est de l'ordre de l'infaisable". Mathilde s'interroge surtout sur le message envoyé par Jean-Michel Blanquer.

"C'est un coup de pression à l'attention des parents : 'Vous voulez que votre enfant ait une scolarité normale ? Vaccinez-le !' En substance, c'est ce que le ministre leur dit."

Mathilde, professeure de physique

à franceinfo

Des disparités entre établissements

Vincent enseigne les lettres et l'histoire-géographie en lycée professionnel à Troyes (Aube), il n'a jamais testé de système hybride avec ses élèves. Mais il a eu l'occasion de le faire avec ses étudiants, puisqu'il est également chargé de TD à l'université. "Il faut arriver à tout gérer : à la fois être réactif pour ceux en présentiel, tout en restant dans le champ et à l'affût des étudiants en distanciel, c'est une vraie gymnastique."

Sans compter le temps d'installation de ces cours particuliers : ce professeur depuis vingt ans venait systématiquement en avance pour s'assurer du fonctionnement du système de visioconférence. Vincent a du mal à comprendre comment cette organisation serait possible dans son lycée, où "de nombreux cours nécessitent d'être en présentiel". Cette annonce renforce selon lui le mépris ressenti par les enseignants et leur exaspération.

"On a l'impression que Jean-Michel Blanquer ne s'adresse jamais à nous : il parle uniquement aux parents."

Vincent, professeur de lettres et d'histoire-géographie

à franceinfo

Professeure d'allemand en collège depuis une quinzaine d'années, Tatiana* considère que cette annonce "met un pansement sur le problème". "Le ministre sait très bien que les enseignements à distance ne seront pas des vrais cours si on doit faire les deux en même temps !" Elle estime que certains professeurs seront contraints, par manque de temps, de favoriser le cours en présentiel, au détriment des élèves derrière leur écran, au risque de créer de nouvelles inégalités. Des différences que Tatiana ressent depuis le début de la pandémie. "Je suis présente dans deux établissements : l'un en campagne, l'autre dans une zone plus sensible. On voit très clairement l'écart que le distanciel creuse avec les populations défavorisées."

Des premières expérimentations peu satisfaisantes

Certains ont déjà expérimenté le fonctionnement hybride et ne tiennent pas à renouveler l'expérience. C'est le cas d'Anaïs* qui a dispensé ses cours d'espagnol avec une partie de la classe au lycée et l'autre à la maison pendant le deuxième confinement, à l'automne 2020. "C'était un stress pour moi, j'arrivais toujours en avance pour pouvoir mettre en place toute l'installation", retrace-t-elle. La professeur d'espagnol précise que son établissement privé a pris en charge l'installation de micros de bonne qualité, afin que les élèves puissent suivre le mieux possible. "Mais je ne pense pas qu'ils iront jusqu'à acheter des webcams ultra-fonctionnelles, ça demanderait trop d'investissement." Des coûts d'installation supplémentaires que certains établissements auraient du mal à assumer.

Au-delà de l'aspect matériel, Anaïs redoute les effets sur le moral des élèves. "Ils avaient beau avoir le même enseignement à la maison qu'à l'école, ils passaient parfois huit heures devant leur ordinateur à écouter des cours, déplore-t-elle, forcément, certains ont perdu la motivation."

*Les prénoms ont été modifiés, à la demande des intéressés.

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