Covid-19 : neuf questions sur l'ouverture de la vaccination à tous les enfants de 5 à 11 ans

Après les enfants à risque, la campagne s'est ouverte à tous les enfants mercredi. Franceinfo répond aux questions sur cette nouvelle étape dans la lutte contre l'épidémie.

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Un enfant reçoit une injection du vaccin de Pfizer-BioNTech contre le Covid-19, à Montréal (Canada), le 24 novembre 2021. (ANDREJ IVANOV / AFP)

La vaccination contre le Covid-19 s'élargit à une nouvelle catégorie de population. Tous les enfants âgés de 5 à 11 ans peuvent désormais être vaccinés, a annoncé le ministre de la Santé, Olivier Véran, mercredi 22 décembre. Les rendez-vous "peuvent commencer sans délai", a-t-il assuré.

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L'ouverture s'est faite en deux temps pour cette classe d'âge, car depuis le 15 décembre, les enfants de 5 à 11 ans exposés à des formes graves de Covid-19 ou vivant dans l'entourage d'une personne immunodéprimée pouvaient déjà être vaccinés. Contexte sanitaire, type de vaccin employé, efficacité dans la lutte contre l'épidémie : franceinfo répond aux questions les plus posées par ses internautes.

1Est-il obligatoire de vacciner son enfant ?

Non. Dans son avis favorable à l'ouverture de la vaccination à tous les enfants de plus de 5 ans, la Haute Autorité de santé (HAS) estime que celle-ci doit se faire "sans la rendre exigible ni obligatoire" et "après avoir apporté, aux familles ainsi qu'aux enfants, une information claire et adaptée à leur âge, sur la connaissance des bénéfices et des risques liés à l'administration de ce vaccin".

La vaccination n'étant pas obligatoire pour les adultes en dehors de certaines professions, elle ne l'est pas non plus pour les enfants. Les 5-11 ans ne sont pas non plus concernés par le pass sanitaire et la contrainte qu'il impose aux non-vaccinés, ni par le projet de le transformer en pass vaccinal.

Par ailleurs, cette vaccination nécessite l'accord d'un des parents, comme pour tous les enfants de moins de 16 ans.

2La prise de rendez-vous se fait-elle de la même façon que pour les adultes ?

Dans l'immédiat, c'est dans les centres de vaccination que cela sera possible dès mercredi. Environ 350 centres ont ou vont instaurer un "circuit particulier" pour accueillir les 5-11 ans, a expliqué Olivier Véran, interrogé mercredi par BFMTV. Certains ont ouvert une catégorie de rendez-vous spécifique sur les plateformes de réservation en ligne. L'ouverture des créneaux se fera sans doute de manière progressive.

A terme, la vaccination des enfants pourra se faire dans les centres de vaccination, mais aussi chez le médecin, dans les cabinets d'infirmiers (sur prescription médicale), à domicile par un médecin ou un infirmier, dans des services de protection maternelle et infantile, et à l'hôpital pour les enfants à risque de formes graves. La liste du ministère de la Santé ne mentionne pas les pharmacies, mais elles ont été évoquées par Olivier Véran. Ces lieux pourront vacciner "fin décembre", a-t-il estimé. Ils doivent avoir reçu des doses pédiatriques du vaccin de Pfizer.

Pour être vaccinés, les enfants doivent avoir l'autorisation d'un de leurs parents et être accompagnés de l'un d'eux. L'autorisation parentale est attestée par un formulaire, dont une version est déjà en ligne. La vaccination pourra être précédée d'un test sérologique rapide permettant, en quelques minutes, de savoir si l'enfant a déjà été contaminé sans le savoir par le Covid-19. Si le test est positif, il ne recevra qu'une dose, selon les recommandations de la direction générale de la santé aux vaccinateurs. Recommandée par la HAS pour éviter les injections inutiles, cette mesure dépendra de la disponibilité des tests sérologiques rapides dans les centres.

3Quel vaccin reçoivent-ils, et à quelle dose ?

Le vaccin de Pfizer est le seul autorisé en France (et en Europe) pour les 5-11 ans, tous les autres étant réservés aux plus de 30 ans (Moderna) ou de 55 ans (AstraZeneca et Janssen). Les enfants reçoivent ainsi une dose pédiatrique du Pfizer. Elle contient trois fois moins d'ARN messager que la dose administrée aux personnes de 12 ans ou plus, soit 10 microgrammes plutôt que 30.

Le schéma vaccinal consiste en deux injections espacées de trois semaines. Si l'enfant a déjà contracté le Covid-19, ou s'il contracte le virus dans les 15 jours suivant la première injection (qui n'offre qu'une protection partielle), une seule dose de vaccin suffit, et elle doit être donnée au moins deux mois après l'infection.

Enfin, la DGS assure qu'un enfant peut être vacciné contre le Covid-19 même s'il vient de recevoir un autre vaccin (DTP, coqueluche, HPV...).

4La vaccination pour les 5-11 ans a-t-elle reçu les feux verts nécessaires ?

Oui. Le vaccin de Pfizer a été autorisé pour les 5-11 ans, à un dosage spécifique, par la Commission européenne, sur recommandation de l'Agence européenne du médicament, le 25 novembre.

En France, la Haute Autorité de santé a rendu deux avis favorables : le 30 novembre, pour la vaccination des 5-11 ans les plus fragiles (effective depuis le 15 décembre) ; puis le 20 décembre pour tous les 5-11 ans. Elle recommande toutefois de privilégier celle des enfants à risque de formes graves, de ceux proches de personnes immunodéprimées et des collégiens.

Egalement sollicité par le gouvernement, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) a rendu un avis favorable le 17 décembre. Enfin, le Comité d'orientation pour la stratégie vaccinale a approuvé cette vaccination le 21 décembre, après la publication des données américaines sur la vaccination de cette classe d'âge.

5Comment le gouvernement et les autorités justifient-ils cette ouverture ?

"Il s'agit à la fois de protéger les enfants et de protéger leur éducation", résumait le ministre de la Santé, le 18 décembre, sur France Inter, "parce qu'un enfant qui n'est pas vacciné avec une vague d'Omicron aura beaucoup plus de mal à aller à l'école". "C'est aussi de protéger les parents et les grands-parents", a-t-il ajouté.

"Bien que moins important que chez les adultes, le rapport bénéfices/risques de la vaccination des enfants en bonne santé sur le plan individuel est favorable", estime de son côté la HAS dans son avis du 20 décembre. Elle pointe "le contexte de l'arrivée du variant Omicron, plus contagieux que le variant Delta" qui lui fait craindre "une augmentation des cas de formes sévères chez les enfants." Concernant la circulation du virus, la HAS pense que vacciner les enfants aurait un impact "très limité" sur "la vague actuelle" mais "pourrait potentiellement réduire l'impact de vagues ultérieures".

Le CCNE a, lui, jugé la vaccination des 5-11 ans "acceptable" d'un point de vue éthique. Il a notamment justifié cet avis par les bénéfices observés chez les enfants plus âgés (12-17 ans) "en termes de morbidité et de scolarisation", en rappelant le poids de l'épidémie sur la santé mentale des enfants.

6Quelle est la dynamique de l'épidémie au sein de cette catégorie d'âge ?

"On ne peut pas dire qu'il y ait une explosion [de l'épidémie chez les enfants], le mot est trop fort, il y a un taux d'incidence qui est en train d'augmenter", tempérait le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, sur RTL le 6 décembre.

Les chiffres les plus récents de Santé publique France sur l'incidence du virus (le nombre de cas en une semaine par tranche de 100 000 personnes) dans les différentes classes d'âge remontent à cette date. Les enfants de 0 à 9 ans et les 10-19 ans présentaient les taux d'incidence les plus élevés (636,1 et 636) après celui des 30-39 ans (731). La situation était plus inquiétante encore chez les 6-10 ans (1 084,5) et les 11-14 ans (731,9). C'est aussi chez les enfants que la hausse de l'incidence était la plus brutale, avec une multiplication par sept par rapport au 8 novembre, voire 7,7 pour les 6-10 ans.

7Pourquoi vacciner les 5-11 ans ?

Le vaccin a démontré son efficacité chez les 5-11 ans dans l'essai mené par Pfizer : elle a été mesurée à 90,7% contre la contamination. L'étude a aussi observé un niveau d'anticorps similaire chez ces enfants, après deux doses au dosage pédiatrique, à celui observé chez les 16-25 ans vaccinés avec des doses d'adultes.

L'intérêt de les vacciner pour leur éviter des formes graves du Covid-19 reste débattu, car elles sont rares. Depuis le début de l'épidémie, 13 enfants de 0 à 9 ans positifs au Covid-19 sont morts en France (parmi lesquels trois dont la mort est directement attribuée au virus), ainsi que 15 jeunes de 10 à 19 ans. Du 30 août au 14 novembre, 934 enfants âgés de moins de 18 ans ont été hospitalisés en France, dont 98 en réanimation, rappelait le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale (COSV) dans son avis du 6 décembre. Parmi eux se trouvaient 67 cas de syndromes inflammatoire multisystémique pédiatrique (Pims).

La HAS et le COSV citent tous deux le risque de forme grave comme une des raisons de vacciner les enfants. Mais la HAS limitait dans un premier temps cette recommandation aux enfants les plus à risque, citant une étude française selon laquelle ils représentent une part disproportionnée (21%) des formes graves chez les 0-17 ans. Le COSV en faisait la lecture inverse : 79% des formes graves apparaissent chez des enfants sans comorbidités connues, signe que le risque les touche tous. "Ce n'est pas parce qu'un événement grave est rare qu'il n'y a pas lieu de mettre en œuvre tous les moyens de prévention disponibles pour l'éviter", argumente-t-elle. La HAS a finalement élargi sa recommandation à tous les enfants.

Le bénéfice attendu est également collectif. Protéger les 5-11 ans (qui représentent plus de 5 millions de personnes) permettrait d'augmenter le taux de couverture vaccinale de la population. Et, plus directement, la protection de leurs proches. Le fait de vivre avec un enfant scolarisé dans le primaire augmente de 45% le risque d'être contaminé, selon des données non-publiées de l'étude française ComCor, citées dans l'avis du COSV. Mais vacciner les enfants pour protéger le reste de la société ne fait pas l'unanimité. "On va leur imposer des mesures, mais tout ça pour protéger les adultes qui ne veulent pas se faire vacciner. C'est un peu agaçant", estimait ainsi le professeur Jean-Paul Stahl, infectiologue au CHU de Grenoble.

Enfin, un dernier bénéfice est mentionné : protéger les enfants contre le virus réduirait les perturbations de leur scolarité. Si les classes ne sont plus fermées à l'apparition d'un cas positif chez les élèves, un test positif contraint à l'isolement. "Il faut rappeler que la perturbation du rythme scolaire et des activités périscolaires lors de confinements a conduit à des difficultés scolaires, psychologiques et psychiatriques chez les enfants", argumente le COSV.

8Que sait-on des effets secondaires ?

L'essai de Pfizer avait observé des réactions au vaccin similaires à celles observées chez les 16-25 ans, avec pour effets indésirables les plus fréquents une douleur et une réaction inflammatoire au point de piqûre, des maux de tête, des frissons ou de la fièvre.

Il n'avait relevé aucune complication, et notamment aucun cas de myocardite, mais l'effectif (2 268 enfants) était faible. L'agence de sécurité des médicaments américaine a publié ses données d'observation en vie réelle, mardi. Sur plus de 7 millions de doses administrées à des enfants, huit cas de myocardites ont été recensés, qui ont tous connu une évolution favorable. Des données "de nature à rassurer sur les effets indésirables" du vaccin de Pfizer sur les enfants, estime le COSV dans son avis publié le même jour. Le gouvernement a souhaité attendre ces données américaines avant d'ouvrir la vaccination à tous les enfants, a expliqué Olivier Véran mercredi.

9D'autres pays vaccinent-ils déjà les enfants ?

De nombreux pays proposent déjà la vaccination contre le Covid-19 aux enfants de 5 à 11 ans. Les Etats-Unis l'ont autorisée le 29 octobre, et 28 millions de petits américains sont éligibles.

En Europe, la Grèce a étendu sa campagne vaccinale aux 5-11 ans le 15 décembre, suivie de près par l'Italie et le Portugal, notamment. De son côté, Israël avait donné son feu vert dès le 14 novembre.

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