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Covid-19 : comment le gouvernement espère vacciner tout le monde avant la fin de l'été

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France Télévisions
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Un vaccinodrome installé dans le vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines (Yvelines), le 1er avril 2021. (MAGALI COHEN / HANS LUCAS / AFP)

Emmanuel Macron a une nouvelle fois assuré que tous les Français volontaires auront la possibilité de se faire vacciner avant la fin de l'été. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement mise sur une arrivée massive de doses.

"Nous tiendrons l'objectif", a promis Emmanuel Macron. Dans son allocution du 31 mars, le président de la République a une nouvelle fois rappelé sa promesse de permettre à "tous les Français de plus de 18 ans qui le souhaitent" d'accéder à la vaccination, "d'ici à la fin de l'été", soit avant le 22 septembre. Fidèle à son calendrier vaccinal, le chef de l'Etat compte sur cette vaccination massive pour atteindre au plus vite une immunité collective nécessaire pour sortir de la crise épidémique du Covid-19.

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Pourtant, ces dernières semaines, les annonces sur des retards de livraison de certains laboratoires ont douché l'enthousiasme des plus optimistes. La difficulté pour certaines personnes d'obtenir des rendez-vous dans les centres de vaccination, ainsi que les témoignages de soignants sur les doses manquantes, ont parfois donné l'impression d'un décalage entre la promesse vaccinale et la réalité. Mais le gouvernement assure que tout va désormais s'accélérer à partir du mois d'avril.

Douze millions de doses livrées en avril

"Plus j'ai de doses de vaccin, plus je vaccine. L'enjeu n'est pas un enjeu logistique, l'enjeu c'est d'avoir un maximum de doses qui nous arrivent en France", a rappelé jeudi le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur France Inter. Selon les chiffres fournis par la direction générale de la santé (DGS), la France a reçu en cumulé près de 16 millions de doses. Le pays dispose donc de quoi vacciner, pour l'instant, environ 8 millions de personnes. Ce qui reste très loin du nombre nécessaire pour atteindre une immunité collective de la population française (67 millions d'habitants).

Mais le mois d'avril doit marquer une étape dans l'accélération de la vaccination. "Rien que sur le mois d'avril, on attend 12 millions de doses, il faut se rendre compte que c'est presque autant que ce qui a été livré au total depuis décembre", se félicite le cabinet de la ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher. Le graphique ci-dessous montre que cette montée en puissance de la livraison de doses doit s'appuyer principalement sur le vaccin Pfizer-BioNTech (près de 8 millions de doses en avril et plus de 10 millions en mai), selon les prévisions de la DGS.

Au total, grâce aux différents contrats établis entre l'Union européenne et les laboratoires, la DGS prévoit pour la fin juin un cumul de 71,5 millions de doses, dont environ 8 millions du vaccin unidose de Janssen (conçu par le groupe américain Johnson & Johnson). Si ces livraisons sont honorées par les laboratoires, cela permettrait d'avoir les doses pour vacciner 40 millions de personnes. Sur l'ensemble de l'année 2021, la DGS annonce même au total une livraison prévisionnelle de 294 millions de doses, ce qui permettrait largement de couvrir l'ensemble des besoins de la population. Les doses supplémentaires pourraient d'ailleurs se révéler utiles. "Quand bien même on aura vacciné tous les adultes qui souhaitent le faire à la fin de l'été, (...) va finir par se poser la question des rappels de vaccination et à quelle échéance", prévient le cabinet d'Agnès Pannier-Runacher. 

Les prévisions du gouvernement sont-elles pour autant trop optimistes ? Le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca n'a, par exemple, livré à l'Union européenne que 30 des 120 millions de doses promises au premier trimestre 2021."Avec Pfizer et Moderna, les chosent se passent bien, mais il est vrai que c'est beaucoup plus compliqué avec AstraZeneca", reconnaît-on à Bercy. Le gouvernement espère combler ces carences, notamment avec les livraisons supplémentaires annoncées par Pfizer.

"Ponctuellement, il peut y avoir des ajustements sur le calendrier, mais globalement la dynamique de vaccination suit les prévisions", assure à franceinfo Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. Reste les problèmes industriels qui peuvent survenir, comme pour ces 15 millions de doses du vaccin Johnson & Johnson gâchées aux Etats-Unis en raison d'une confusion dans les ingrédients nécessaires à la fabrication du vaccin, raconte le New York Times (article en anglais). "Il peut y avoir des erreurs humaines, on n'est jamais à l'abri, mais aujourd'hui, les process industriels sont globalement maîtrisés", rassure Bercy. 

L'arrivée de nouveaux vaccins

Pour éviter les mauvaises surprises venues des laboratoires, le gouvernement table aussi sur la l'augmentation du nombre de vaccins mis sur le marché. "En juin, il va y avoir deux vaccins supplémentaires, en plus du Johnson & Johnson en avril, donc ça donne un peu plus de marge de manœuvre", confie Alain Fisher. Autorisé à la mi-mars, le vaccin Janssen (ou Johnson & Johnson) doit apporter à la France 600 000 doses en avril et 8 millions au total d'ici la fin juin, selon les dernières prévisions.

En juin, si les autorisations le permettent, ce sera au tour de l'allemand CureVac de proposer son vaccin (à ARN messager et en deux doses), ainsi que de l'américain Novavax. Ce dernier comporte également deux doses, mais utilise une autre technique, à base de protéines qui déclenchent une réponse immunitaire, sans virus. Reste la question de Spoutnik V, qui ne pourra pas être autorisé au sein de l'UE "avant la fin du mois de juin", selon le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, qui rappelle les capacités de production limitées de ce vaccin russe.

"Avoir un panel de différents vaccins, c'est une bonne chose, car il n'est pas sûr que tous les vaccins aient le même effet. On est notamment ennuyés par la question des variants", note Daniel Floret, vice-président de la commission technique des vaccinations de la Haute Autorité de santé. "La diversité des vaccins permet surtout une diversité des lieux et des modalités de vaccination", précise Alain Fischer. Les vaccins à ARN messager, qui ont des conditions de conservation complexes, sont plutôt destinés aux centres de vaccination, tandis que les autres (AstraZeneca ou Janssen) vont pouvoir être distribués aux pharmacies, à la médecine de ville, aux infirmiers.

La montée en régime des vaccinodromes

"Nous vaccinons à flux tendu, plus de 90% de doses de Pfizer [livrées] sont déjà injectées, a rappelé Olivier Véran sur France Inter. On vaccine 300 000 par jour, 400 000 par jour, et on sera bientôt à 500 000 par jour." Le ministre de la Santé a même affirmé que l'objectif des 10 millions de primo-vaccinés au 15 avril serait finalement dépassé. Mais pour l'instant, le pays peine encore à atteindre quotidiennement la barre des 300 000. Lissé sur sept jours, le nombre de doses injectées par jour s'élève à 273 000 au 1er avril.

Au 31 mars, la France a donc injecté un peu plus de 11,3 millions de doses (8,5 millions de premières doses et 2,8 millions de secondes doses), selon les chiffres du ministère de la Santé, cela représente plus de 12% de la population française, loin derrière les 60% israéliens, les 45% des voisins britanniques ou les 30% des Etats-Unis. "Il ne faut pas se comparer aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou à Israël, car on ne joue pas dans la même cour. Ils avaient des conditions d'accès aux vaccins très différentes", défend Daniel Floret.

Surtout, le gouvernement compte bien sur le printemps pour passer à la vitesse supérieure et rattraper son retard. L'exécutif a ainsi annoncé l'ouverture de 38 vaccinodromes sur l'ensemble du territoire afin de répondre à l'augmentation du nombre de doses livrées. Capables de pratiquer chacun 1 000 à 2 000 injections quotidiennes, ils seront gérés en partie par les sapeurs-pompiers. L'un de ces centres sera installé au Stade de France, en Seine-Saint-Denis. "Cela permet de regrouper les moyens, les doses, sur le plan de l'efficacité, c'est difficile de faire mieux", se félicite Daniel Floret. "Oui, c'est important, mais ils viennent compléter les 1 700 centres de vaccination qui existaient déjà", rappelle Alain Fischer. 

Le gouvernement s'est constitué une véritable armée de vaccinateurs. Jusqu'à présent, seuls les médecins, les infirmiers et les pharmaciens étaient autorisés à vacciner. Désormais, les dentistes, les vétérinaires, les infirmiers à domicile, les pompiers et certains étudiants en santé pourront également participer à la campagne, sur la base du volontariat. "Cela représente environ 250 000 personnes mobilisées, se félicite Alain Fischer. Et puis désormais, les infirmiers ont le droit de prescrire le vaccin, ce qui va leur permettre de se déplacer vers des personnes à mobilité réduite, les personnes âgées notamment."

Le travail pour convaincre la population

"L'adhésion de la population dans les vaccins est croissante", se réjouit Alain Fischer. Sondage après sondage, la part de Français qui accorde sa confiance aux vaccins contre le Covid-19 augmente. Selon un récent sondage Harris Interactive pour LCI, 64% des personnes interrogées se disent désormais prêtes à se faire vacciner contre le Covid-19, ce qui représente une augmentation de 8 points depuis janvier. Le gouvernement sait que, pour atteindre l'immunité collective, il va devoir encore convaincre, notamment après les doutes qui sont apparus concernant la sûreté du vaccin d'AstraZeneca.

D'ici la mi-juin, l'exécutif espère que l'ensemble des personnes vulnérables seront vaccinées. "Ensuite, il faudra passer au reste de la population pour atteindre une immunité de groupe, prévient Alain Fischer. Il faut comprendre l'intérêt de cette vaccination, même pour les plus jeunes, afin de pouvoir retrouver une vie sociale normale." Des campagnes de communication ont déjà été lancées, notamment avec un clip montrant l'espoir des retrouvailles entre une grand-mère et ses petits-enfants. "D'autres spots sont prévus pour cibler des populations plus jeunes", annonce Alain Fischer. 

Pour le président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, l'adhésion au vaccin va surtout se propager par la sphère privée. "Les gens en contact avec des vaccinés vont se laisser convaincre en voyant que cela n'a pas posé de problème particulier, espère-t-il. Les personnes vaccinées sont les meilleurs ambassadeurs." 

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