Transmission entre humains, Nouvel An chinois... Pourquoi le nouveau coronavirus apparu en Chine inquiète le monde entier

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) va tenir, mercredi, une réunion d'urgence consacrée à l'émergence de ce nouveau virus, qui a déjà fait six morts en Chine. 

Des passagers en provenance de Wuhan portant des masques à leur arrivée à l\'aéroport d\'Osaka, au Japon, le 21 janvier 2020. 
Des passagers en provenance de Wuhan portant des masques à leur arrivée à l'aéroport d'Osaka, au Japon, le 21 janvier 2020.  (KEN SATOMI / YOMIURI)

Faut-il craindre une épidémie mondiale ? L'Organisation mondiale de la santé (OMS) va tenir, mercredi 22 janvier, une réunion d'urgence consacrée à l'émergence d'un nouveau coronavirus apparu en Chine. Ce virus, cousin du Sras qui avait tué des centaines de personnes entre 2002 et 2003, a déjà fait six victimes à Wuhan, ville chinoise de 11 millions d'habitants d'où est partie l'épidémie. 

La Chine a recensé mardi 77 nouveaux cas, portant à près de 300 à travers le pays le nombre de personnes contaminées par ce virus qui provoque des pneumonies. Des cas ont déjà été enregistrés à Pékin, Shanghai et dans la province méridionale de Canton, ainsi qu'en Thaïlande, en Corée du Sud et au Japon. Franceinfo vous explique pourquoi ce nouveau virus rend les autorités sanitaires mondiales fièvreuses. 

Parce qu'il est transmissible entre êtres humains 

Ce nouveau virus peut-il se transmettre entre êtres humains, comme c'était le cas du Sras (pour Syndrome respiratoire aigu sévère, une forme de pneumonie) ? C'était la question que le monde entier se posait jusqu'à une déclaration de Zhong Nanshan, scientifique chinois renommé de la Commission nationale de la santé, lundi soir. Sur la télévision publique chinoise CCTV, le pneumologue – qui a permis en 2002 d'évaluer l'ampleur de l'épidéme de Sras – a affirmé que la transmission par contagion entre personnes était désormais "avérée".

Le pneumologue chinois Zhong Nanshan, lors d\'une conférence de presse à Pékin (Chine), le 20 janvier 2020.
Le pneumologue chinois Zhong Nanshan, lors d'une conférence de presse à Pékin (Chine), le 20 janvier 2020. (STR / AFP)

C'est la première fois qu'une telle allégation est avancée publiquement. La Chine a depuis annoncé qu'elle classait l'épidémie dans la même catégorie que le Sras : l'isolement est obligatoire pour les personnes chez qui la maladie a été diagnostiquée. Des mesures de quarantaine peuvent aussi être décrétées, mais les déplacements en Chine ne font, pour l'heure, pas l'objet de restrictions. 

A l'époque du Sras, les autorités chinoises avaient été pointées du doigt pour avoir tardé à donner l'alerte et avaient été soupçonnées d'avoir voulu dissimuler l'ampleur de l'épidémie. Cette fois, le président chinois Xi Jinping a assuré de la mobilisation du pays. Il a jugé "absolument crucial de faire un bon travail en matière de prévention et de contrôle épidémiologiques", selon des propos rapportés par la télévision nationale. 

Parce que d'autres cas pourraient être enregistrés à l'étranger

Ce coronavirus touche désormais plusieurs grandes villes de Chine – dont Pékin et Shanghai – et trois autres pays d'Asie : le Japon, la Corée du Sud et la Thaïlande. Un premier cas a été annoncé mardi à Taïwan et un cas suspect a été identifié en Australie : il s'agit d'un homme présentant les mêmes symptômes que les patients infectés par le mystérieux virus et qui serait récemment rentré d'un séjour à Wuhan. Il a été placé à l'isolement à son domicile, ont annoncé les autorités locales. 

Maintenant que la transmission humaine du virus est confirmée, les autorités sanitaires craignent une prolifération causée par les déplacements de personnes infectées. D'autant plus que cette épidémie intervient à l'approche des festivités du Nouvel An chinois, la période la plus chargée de l'année dans les transports. Avant la célébration de l'entrée dans l'année du Rat, samedi 25 janvier, des centaines de millions de personnes ont commencé à voyager en autocar, train et avion pour rendre visite à leur famille. 

Selon le site spécialisé FlightRadar24, 2 131 vols doivent décoller de Wuhan – une ville de l'est de la Chine d'où est partie l'épidémie – vers d'autres villes chinoises et 205 vers l'étranger. Cent vingt-six vols sont ainsi prévus pour Pékin (21 millions d'habitants), 125 pour Shanghai (24 millions d'habitants) tandis qu'à l'international la Thaïlande est la mieux desservie, avec 39 vols pour Bangkok et 15 pour Phuket. Hors d'Asie, des vols sont aussi prévus pour Paris, Londres, New York ou Sydney notamment. 

A Osaka (Japon), des instructions sont affichées pour les passagers des vols en provenance de Wuhan (Chine), le 21 janvier 2020.
A Osaka (Japon), des instructions sont affichées pour les passagers des vols en provenance de Wuhan (Chine), le 21 janvier 2020. (KEN SATOMI / YOMIURI)

L'inquiétude est désormais perceptible à l'étranger, où les mesures de prévention se multiplient aux aéroports accueillant des vols en provenance de Wuhan, notamment aux Etats-Unis, en Thaïlande et à Singapour. L'Australie a annoncé qu'elle procéderait, dès jeudi, à un contrôle médical renforcé des voyageurs en provenance de Wuhan atterrissant à Sydney. Du personnel travaillant dans le secteur sanitaire ira à leur rencontre pour leur remettre des prospectus, en anglais et en chinois, invitant les personnes qui pensent être atteintes ou qui souffrent de ces symptômes à se faire connaître.

La réunion qui doit se tenir mercredi au siège de l'OMS à Genève doit déterminer s'il convient de déclarer une "urgence de santé publique de portée internationale". L'agence onusienne n'a jusqu'ici utilisé ce terme que pour de rares cas d'épidémies nécessitant une réaction internationale vigoureuse, dont la fièvre Ebola.

Parce que son origine demeure mystérieuse

Jamais observé jusque-là, ce virus appartient à la vaste famille des coronavirus. C'est le "septième coronavirus capable de donner des manifestations cliniques chez l'humain", explique à l'AFP Arnaud Fontanet, responsable de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur à Paris.

Son origine demeure mystérieuse, mais un marché de Wuhan est au centre des soupçons. Plusieurs personnes contaminées par ce virus travaillaient, ou sont passées, dans ce marché spécialisé dans la vente en gros de poissons et de fruits de mer. Il a depuis été fermé et des opérations de décontamination ont eu lieu. 

L'OMS estime pour sa part qu'un animal semble être "la source primaire la plus vraisemblable", mais beaucoup d'experts doutent qu'ils puissent s'agir d'un poisson. Dans le cas du Sras, le réservoir animal du coronavirus a été identifié comme étant une chauve-souris insectivore. "L'hôte intermédiaire qui a permis le passage du virus à l'homme est la civette palmiste masquée, animal sauvage vendu sur les marchés et consommé dans le sud de la Chine", explique l'Institut Pasteur sur son site

Parce qu'il ressemble beaucoup au Sras

Cette épidémie est due à un nouveau type de coronavirus, encore jamais observé, explique l'OMS (en anglais). Cette famille de virus compte un grand nombre de souches, qui peuvent provoquer des maladies bénignes chez l'homme (comme un rhume) mais aussi des pneumonies très graves comme le Mers (syndrome respiratoire du Moyen-Orient) ou le Sras, qui a provoqué une hécatombe en Asie entre 2002 et 2003. A l'époque, sur 8 096 cas diagnostiqués, le Sras avait fait 774 morts dans le monde, dont 349 en Chine continentale et 299 à Hong Kong, selon l'OMS. 

D'après les autorités sanitaires hongkongaises, le séquençage génétique du virus trouvé chez l'un des patients de Wuhan indique qu'il est similaire à 80% au Sras identifié chez des chauves-souris, même s'il est trop tôt pour établir un lien entre les deux souches et comparer la mortalité du virus. "Ce que nous savons, c'est qu'il cause une pneumonie et ne répond pas aux traitements antibiotiques, ce qui n'est pas une surprise", a affirmé à CNN (en anglais) Leo Poon, professeur à l'Université de Hong Kong et premier à avoir décodé le virus.

"On est beaucoup mieux préparés qu'il y a vingt ans au moment du Sras pour essayer de contenir l'épidémie", a tempéré auprès de franceinfo, Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat et expert auprès de l'Organisation mondiale pour la santé. Pour cet expert, "il faut que tout le monde travaille main dans la main. A l'OMS, il y a des réunions tous les jours, sur l'action, sur la recherche, tout le monde est sur le pont pour trouver" d'où vient ce virus et comment le soigner.