Epidémie de coronavirus en Chine : "Si on admet qu'il y a transmission humaine, il faut savoir la détecter"

Le nouveau virus qui se propage en Chine depuis un mois se transmet d'homme à homme, selon un expert. Pourrait-elle contaminer d'autres continents ? Certains spécialistes se veulent rassurants.

Une femme passant devant le marché de Wuhan (Chine), le 12 janvier 2020.
Une femme passant devant le marché de Wuhan (Chine), le 12 janvier 2020. (NOEL CELIS / AFP)

Le virus non identifié, qui se propage depuis plus d'un mois maintenant en Chine, faisant trois morts, est transmissible entre humains, a affirmé lundi 20 janvier Zhong Nanshan, un expert gouvernemental en maladies infectieuses. Jusqu'ici, l'épidémie était confinée à la région de Wuhan, où le virus a fait son apparition le mois dernier. Désormais, plus de 200 personnes contaminées au coronavirus ont été répertoriées dans tout le pays.

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À l'étranger, l'inquiétude est croissante. Tandis que les Etats-Unis filtrent les vols en provenance de Wuhan, la Thaïlande, où deux cas ont été recensés, a également renforcé les contrôles dans ses aéroports. Idem à Hong Kong. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) annonce une réunion d'urgence mercredi 22 janvier pour déterminer si l'épidémie au coronavirus qui se développe en Chine constitue une urgence internationale de santé publique.

Mieux préparés pour contenir l'épidémie

Pour autant, Bruno Lina se veut prudent : "si on admet qu'il y a transmission humaine, il faut savoir la détecter", a affirmé sur franceinfo le professeur de virologie au CHU de Lyon et au centre international de recherches en infectiologie. La source du virus n'a pas été identifiée. Plus vite elle sera connue, plus facile il sera de l'éliminer, ainsi que le risque.

À partir du moment où on a identifié la source de ce virus, on pourra mieux contrôler.Bruno Linaà franceinfo

Ce nouveau virus fait penser au SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui avait tué au moins 650 personnes en 2003. Mais cette maladie "n'a pas la même pathogénicité que le SRAS", nuance le spécialiste. "Lorsqu'on regardait ce qui se passait au moment du Sras, la mortalité était pratiquement de 50%. Donc, on n'a pas un virus qui a la même pathogénicité que le SRAS, très clairement", affirme-t-il.

Un avis partagé par le professeur Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat et expert auprès de l'Organisation mondiale pour la santé : "On est beaucoup mieux préparés qu'il y a 20 ans au moment du Sras pour essayer de contenir l'épidémie". Pour cet expert, "il faut que tout le monde travaille main dans la main pour trouver des choses plus rapidement. À l'OMS, il y a des réunions tous les jours, sur l'action, sur la recherche, tout le monde est sur le pont pour trouver" d'où vient ce virus et comment le soigner.

Une forme nouvelle de coronavirus

Pour l'instant, Yazdan Yazdanpanah l'avoue, "on ne sait pas grand-chose" sur ce virus chinois, hormis le fait qu'il s'agit d'un coronavirus. Il rappelle qu'à ce jour, "le virus qui tue le plus dans le monde ça doit être probablement le virus de la grippe, pour lequel il y a un vaccin".

Les coronavirus sont des virus qui peuvent donner des simples rhumes, jusqu'à des formes sévères d'infections respiratoires. Là c'est une forme nouvelle.Yazdan Yazdanpanahà franceinfo

Alors que faire pour s'en protéger ? Pour Bruno Lina, le plus important est de "se laver les mains beaucoup plus fréquemment", ce qui sera plus efficace que de porter des masques. Le spécialiste parle aussi de "l'hygiène du comportement". En effet, en Chine, l'habitude des Chinois de "cracher par terre, ce n'est pas très bon. Si on applique la même chose en France, il n'y a pas de raison que, subitement on voit apparaître une épidémie monstrueuse".

L'épicentre du virus à Wuhan, ce sont les personnes infectées de Wuhan qui risquent d'apporter ce virus en France, selon le spécialiste. Des consignes ont déjà été données de façon à ce que toute personne qui rentre en France se signale selon une procédure bien décrite : "Elle se signale au 15 et aux pouvoirs publics de façon à ce qu'on puisse les prendre en charge très rapidement. Cela sera peut-être étendu à l'ensemble des vols chinois. Rappelons quand même que Wuhan c'est plus grand que Paris et il y a eu 200 cas", a conclu Bruno Lina.