Pass sanitaire dans les espaces de loisirs : "La saison a été tuée dans l'œuf" affirme Arnaud Bennet du syndicat national des espaces de loisirs

Le Conseil d'Etat a validé l'extension du pass sanitaire aux lieux de culture et de loisirs accueillant 50 personnes et plus.

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 (FRED DUGIT / MAXPPP)

"La saison a été tuée dans l'œuf par ce dispositif que nous jugeons ni utile ni justifié", affirme lundi 26 juillet sur franceinfo Arnaud Bennet, président du syndicat national des espaces de loisirs, d'attractions et culturels (Snelac), alors que le Conseil d'Etat a validé l'extension du pass sanitaire aux lieux de culture et de loisirs accueillant 50 personnes et plus. Arnaud Bennet juge que "le timing n'est pas bon" et qu'il aurait fallu attendre septembre pour mettre le pass sanitaire en place. Au-delà des "tensions" qui peuvent surgir avec certains clients, c'est le risque de "fermetures de sites" qui l'inquiète pour des "entreprises exsangues financièrement".

franceinfo : Comment réagissez-vous à cette obligation du pass sanitaire dans les parcs d'attraction et de loisirs ?

Arnaud Bennet : On tire la sonnette d'alarme. On l'a déjà tirée lors de deux entretiens avec Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au Tourisme. On lui a affirmé notre volonté, comme tout le monde, de contribuer à la disparition de cette épidémie a accélérer la campagne de vaccination. On lui expliquait que nous n'étions pas contre le pass sanitaire, mais que le timing n'était pas bon. Il a fallu mettre en place des mesures très rapidement. Il ne faut pas oublier que 90 % des entreprises du secteur sont des entreprises de moins de 10 salariés qui sont dans l'incapacité absolue de dépenser un centime dans la mise en place d'un tel dispositif. Parce que ce sont des entreprises qui sont déjà exsangues. Nos sites relevaient à peine la tête et tout d'un coup, tout a été remis en cause. La saison a été tuée dans l'œuf par ce dispositif que nous jugeons ni utile ni justifié.

Pourquoi le jugez-vous inutile ?

Nous sommes des sites d'extérieur qui ne sont pas des lieux de contamination. On a des protocoles qui sont en place depuis 2020, qui ont prouvé leur efficacité puisqu'aucun cluster n'a été a déclaré dans aucun site. Et sur le timing qui nous est imposé, aujourd'hui, il faut six à huit semaines pour faire aboutir une démarche vaccinale. Donc on voit bien que si ce pass vaccinal avait été imposé dans les parcs de loisirs à compter début septembre ou mi-septembre, une personne ne souhaitant pas être confinée chez elle aurait été de toute façon dans l'obligation d'entamer sa démarche vaccinale tout de suite. Par contre, on aurait sauvé la saison. Et aujourd'hui, on a dans tous les sites de loisirs, les grottes, les châteaux, les parcs de loisirs, des gens qui sont en détresse totale, avec des entreprises qui sont exsangues, qui espéraient se refaire un peu financièrement cette saison et qui accusent des baisses de fréquentation entre 20 et 50 %.

Le pass sanitaire crée-t-il des tensions avec certains clients ?

Absolument. Cela crée des tensions parce qu'aujourd'hui, il y a des gens qui vont arriver avec un membre de la famille qui ne va pas être en conformité avec le plan sanitaire. Et on a le choix de dire "refaites 200 kilomètres pour repartir chez vous". On m'a dit dans un ministère que c'était très facile de se faire tester au coin de la rue. J'aimerais bien que les ministres se rendent un peu en province et se rendent compte que parfois, il faut faire 15 ou 20 kilomètres pour trouver un centre de test qui vous accepte. Le dispositif qui a été en place de manière très efficace par le Futuroscope, mais payé par lui, consiste à mettre des zones de test sur les parkings. Il faut savoir qu'aujourd'hui, le décret du 1er juin autorise uniquement les discothèques à pouvoir mettre en place ces tests avec du personnel soignant et à être couverts par l'assurance maladie. Aujourd'hui, les ministres qui ont pris la décision de nous imposer le pass sanitaire n'ont même pas pensé à revoir le décret. Et donc la prise en charge par l'assurance maladie de ces zones de test sur les parkings est impossible. Cela veut dire que les parcs n'ont d'autre choix que de payer les tests, ou de faire payer les tests par des clients. Le fait que les politiques n'aient même pas pensé à adapter ce décret pour l'élargir aux parcs de loisirs est assez méprisant pour les entreprises.

Quelles vont-être les conséquences pour les entreprises ?

Plus il s'agit de sites de proximité et plus la chute est dramatique. Et plus il s'agit de destinations où les gens ont l'habitude de réserver et moins l'impact est important. Donc clairement, pour une grosse partie du secteur d'activité, des parcs et des sites de loisirs en France, le risque est effectivement d'aller jusqu'à la fermeture et aux licenciements. Les entreprises n'ont pas le temps de s'adapter et surtout, l'effet de levier sur la campagne de vaccination est nul. Donc on aurait pu laisser des entreprises, qui ne sont pas des secteurs de contamination, continuer à travailler librement avec leur protocole, et mettre en place le pass sanitaire en septembre. Et là, on avait les deux effets : accélérer la campagne de vaccination et sauver la saison touristique. Ce que nous souhaitons, c'est regarder l'avenir. Il va falloir discuter des dédommagements, de la prise en charge, si l'on veut que ces entreprises puissent continuer, se redresser en 2022 et ne pas sombrer définitivement.

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