Allègement des restrictions sanitaires : "Cela paraît prématuré", juge le médecin Djillali Annane

Le président du Syndicat des médecins réanimateurs craint la survenue d'une quatrième vague de Covid-19 à l'automne, due notamment au variant indien.

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Radio France
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Deux passantes portant le masque sanitaire à Paris. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé ce mercredi 16 juin la fin de l’obligation du port du masque en extérieur dès ce jeudi 17 juin et la levée du couvre-feu ce dimanche 21 juin. "Cela paraît prématuré", a estimé ce mercredi 16 juin sur franceinfo Djillali Annane, chef du service de réanimation à l'Hôpital Raymond Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), et président du Syndicat des médecins réanimateurs (SMR). Djillali Annane craint "une baisse de la garde" face au virus. Selon lui, la baisse de vigilance "pourrait nous emmener à la rentrée à une quatrième vague" à la rentrée "qui aura un impact sur le système de santé".

Est-ce que la levée du couvre-feu dimanche et la fin de l'obligation du port du masque en extérieur sont des bonnes nouvelles et un soulagement ?

Il y a une certaine surprise. Il est vrai que cela va mieux sur le plan de la situation sanitaire. C'est incontestable. Mais il y a à peine deux jours, le ministre de la Santé rappelait qu'il fallait être extrêmement prudent et que la question de l'obligation de porter le masque serait traitée durant l'été en fonction de la situation sanitaire. La décision prise paraît prématurée. Pourquoi ? Non pas que la situation sanitaire soit déplorable, mais parce que ça risquerait d'inciter à une baisse de la garde. Or, toutes les conditions sont réunies sur le plan sanitaire pour que l'épidémie reparte à la rentrée. Premier point, on a le variant Delta installé en France, avec 4 % des tests positifs. Et on voit en Grande-Bretagne qu'il peut être responsable d'une vague. Deuxièmement, certes la vaccination a bien pris en France, mais on sent un essoufflement avec des gens qui commencent à se poser la question de savoir si ça vaut vraiment le coup de se faire vacciner, si ça vaut vraiment le coup de faire la deuxième injection, surtout pendant les vacances. Et donc cela risque là encore de favoriser cet essoufflement de la vaccination, alors qu'on est loin d'une protection collective. Et troisièmement, cette baisse de la vigilance risque d'introduire ce qu'on a vécu l'été dernier : une baisse des gestes barrières, avec parfois une prise de risque. Tout cela pourrait nous emmener à la rentrée à une quatrième vague. Et il faut que l'on fasse tout pour l'éviter. L'obligation de porter le masque à l'extérieur a été levée. Cela ne veut pas dire qu'il faut s'obliger de ne plus le porter.

Certains de vos confrères disent qu'un couvre-feu à 23h ne sert à pas grand-chose, partagez-vous leur analyse ?

Je le partage. Sur le plan scientifique, on dit tous qu'un couvre-feu à 23h, ne sert à rien. Un couvre-feu à 21 heures, c'est peu efficace. Il n'est efficace que s'il est pris à 17 ou 18 heures et qu'il couvre le week-end. C'est moins la question de la levée du couvre-feu que la question du port du masque. Parce que le port du masque, lorsque l'on est à l'extérieur, dans une tribune, à une terrasse de café bondée où il y a une forte ambiance, on est potentiellement dans une situation où l'on peut avoir des contaminations. Et on voit que le virus est toujours présent, en particulier le variant Delta. Notre objectif est d'empêcher qu'il ne se propage, d'empêcher un scénario à l'anglaise.

Est-ce que l'ampleur de la vaccination et l'été qui arrive pourront-ils éviter une quatrième vague ?

Dans l'état actuel des choses, non, si la situation restait telle quelle est. Parce qu'il faut encore progresser en matière de couverture vaccinale. Parce qu'on sait qu'à l'automne, un certain nombre de personnes qui ont été vaccinées en janvier ou en décembre, et en particulier les personnes fragiles, ne seront plus suffisamment protégées par le vaccin, et a fortiori à l'égard des variants. Donc, on voit bien que septembre - octobre risque d'être une période difficile. Si l'on a un taux de circulation du variant delta élevé, il y aura une quatrième vague qui aura un impact sur le système de santé.

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