Fêtes sauvages : "Les jeunes ont besoin de bouger, d'explorer et de transgresser", souligne le psychiatre Nicolas Franck

Selon le chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier à Bron près de Lyon, les jeunes ont vu leur santé psychique très fortement altérée par le premier et surtout le deuxième confinement.

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Radio France
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Plusieurs centaines de personnes présentes lors d'une fête clandestine à Nantes, en décembre 2020. (SIDNEY LEA LE BOUR / HANS LUCAS)

"Les jeunes ont besoin de bouger, ont besoin d'explorer et de transgresser malheureusement", a expliqué ce dimanche 13 juin sur franceinfo Nicolas Franck, psychiatre, chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier à Bron près de Lyon. L'auteur du livre "Covid-19 et détresse psychologique" réagit à la multiplication des fêtes sauvages en plein air ces derniers jours. Il se dit favorable à la réouverture des discothèques en plein air. Nicolas Franck souligne que les jeunes ont du mal à "se soumettre" aux règles sanitaires "alors que cette classe d'âge n'est pas très victime du virus".

La jeunesse semble avoir du mal à respecter le couvre-feu de 23 heures. Elle a besoin de sortir, de danser et de lâcher-prise ?

Oui, elle a toujours besoin de ça, d'autant plus qu'elle a beaucoup donné pendant 15 mois avec des restrictions majeures. Les barrières sont en train de se soulever. Chacun retrouve ses habitudes qui correspondent à des besoins naturels pour les êtres humains. Les jeunes ont besoin de bouger, ont besoin d'explorer. Et puis, il y a également le désir de transgresser malheureusement. Je dis "malheureusement" par rapport à la contamination. C'est très compliqué pour ces jeunes de comprendre et de se soumettre à de telles règles, alors que cette classe d'âge n'est que peu victime du virus. Ils ont l'impression de faire pour les autres, mais de ne pas avoir de bénéfice direct. Je pense qu'il faut plus de communication, pour qu'ils le fassent par solidarité, pour leurs parents, leurs grands-parents.

Le message de protection des proches et des grands-parents ne passe plus vraiment aujourd'hui ?

Il ne passe plus vraiment, mais je pense qu'on n'est peut-être pas assez pédagogues, on n'a peut-être pas assez fait. Je pense qu'il faut les associer, qu'il faut pousser à la solidarité en proposant des choses très concrètes : par exemple entrer en contact avec des personnes en Ehpad qui sont isolées et fragiles, imaginer des applications ou des mesures pour les aider. Il faut les impliquer dans quelque chose qui va les rendre utiles par rapport à cette classe d'âge et donc les sensibiliser. Sinon, ils vont vaquer à leurs besoins naturels et vous aurez des fêtes clandestines en bien plus grand nombre et beaucoup plus de contaminations.

Selon vous, est-ce qu'il faudrait que le gouvernement soit un peu plus souple pour autoriser les discothèques et les bars à rouvrir, avec un protocole particulier ?

On pourrait être souple et l'autoriser en plein air. Le risque de contamination dans cette situation est infiniment inférieur à celui dans des ambiances fermées. Avec des personnes enfermées par centaines ou par milliers dans la même pièce pendant des heures, le risque de contamination est énorme. Mais en plein air, par beau temps...

La pandémie et les confinements ont été vécus comme une souffrance par certains jeunes, vous en avez côtoyés ?

Non seulement j'en ai côtoyés en tant que psychiatre, mais avec quelques collègues nous avons dès le premier confinement mené une étude en population générale qui a montré une altération du bien-être mental très forte, particulièrement pour les jeunes. Elle a été encore beaucoup plus importante, surtout pour les jeunes, lors du deuxième confinement au mois de novembre. Les épreuves successives impactent particulièrement le moral de ceux qui ne comprennent pas ces mesures, qui ne se sentent pas vraiment les victimes de la crise.

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