"En réanimation ils ont le matériel nécessaire, mais nous on est démunis" : le cri d'alarme des gériatres, dépassés par le coronavirus

C’est une spécialité médicale également en première ligne dans la crise sanitaire que traverse la France : les gériatres. Chaque jour ils voient leurs patients mourir à l’hôpital ou dans les Ephad, et se sentent impuissants.

Les mains d\'un docteur tiennent celles d\'une personne en fin de vie, à Colmar.
Les mains d'un docteur tiennent celles d'une personne en fin de vie, à Colmar. (VANESSA MEYER / MAXPPP)

A l’hôpital de Mulhouse, il faut depuis plusieurs semaines affronter l'épidémie de coronavirus. Le combat est particulièrement éprouvant en gériatrie, car les personnes âgées ne sont souvent pas capables de supporter la réanimation. "En gériatrie, on est habitué à voir la mort, on est habitué à voir des fins de vie, mais là c'était de la médecine qu’on n'avait pas l’habitude de faire avec des gens qui se dégradaient vite. On enchaînait décès sur décès... À un moment, on dénombrait trois décès par jour, tous les jours", raconte péniblement Cécile Schnell, gériatre à l'hôpital Emile Muller, qui a été submergé de malades.

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"Pour les équipes, c’était difficile, surtout que les patients qui décédaient d’un état d’insuffisance respiratoire étaient souvent conscients jusqu’à ce qu’on les sédate, donc ils nous ont fait part de leur angoisse, de leur impossibilité de voir leurs proches... c’est dur."

Je me suis retrouvée comme un petit soldat sur le front à essayer de sauver des gens, en ayant parfois l’impression que c’était perdu d’avance, c’est éreintant.Cécile Schnell, gériatreà franceinfo

Un fardeau d’autant plus lourd à porter que les services de gériatrie sont parfois sous-équipés. C’est ce que nous raconte cette aide-soignante d’un grand hôpital du Grand Est sous couvert d’anonymat : "En réanimation, ils ont le matériel pour sédater les gens. Nous on n’a pas le matériel et quand on a onze patients qui décompensent, qu’est-ce qu’on fait ? Il y en a six qu’on peut sédater, et les autres ?", questionne la soignante. "On n’avait même pas assez d’ampoules de morphine et de pousse-seringues pour leur administrer de la morphine en continu" et soulager leur douleur, déplore l'aide-soignante..

On les voit mourir comme ça, ils s’étouffent. Et à part leur tenir la main, essayer de les rassurer, leur caresser la tête, qu’est-ce qu’on peut faire ? Rien du tout...Une aide-soignante du Grand Està franceinfo

"À partir du moment où ils sont chez nous, on sait qu’on ne pourra pas soulager tout le monde. Dans cette situation, il n'y a plus d’accompagnement digne", déplore-t-elle encore.

Ce sentiment d'impuissance est terrible à vivre pour les soignants, qui souvent le vivent comme un aveu d'échec. "Leur souffrance devient un peu la nôtre", confie encore cette aide-soignante, qui doit aussi supporter l’absence de très nombreux collègues, eux aussi frappés par le Covid-19.