Dépistages massifs du Covid-19 dans trois villes françaises : "L'isolement" des cas positifs sera "essentiel", souligne un professeur de santé publique

Pour qu'il y ait un apport en termes de santé publique, il faudra la conjugaison de trois éléments : le test, le tracing et l'isolement des porteurs du coronavirus, insiste le professeur Philippe Amouyel.

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Dépistage Covid (illustration). (GR?GORY YETCHMENIZA / MAXPPP)

Des campagnes de dépistage massif vont être organisés à Saint-Étienne, au Havre et à Lille. "L'isolement" des cas positifs sera "essentiel", a souligné Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, jeudi 3 décembre sur franceinfo. Ces campagnes, réalisées sur la base du volontariat mais dont les modalités restent à préciser, auront lieu "peut-être avant" les fêtes de fin d'année, selon le Premier ministre Jean Castex. Pour que celles-ci aient un "apport en termes de santé publique auprès de la population", il faut trois éléments, a estimé Philippe Amouyel : "Le test, mais également le 'tracing' qui suit derrière, et enfin l'isolement qui doit en résulter."

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franceinfo : Cette campagne de tests de dépistage à grande échelle est-elle une bonne idée, selon vous ?

Philippe Amouyel : Les campagnes de dépistage massif sont d'une manière générale d'excellentes idées. La seule chose, c'est leur finalité qu'il faut bien définir. Si on regarde ce qui s'est passé, par exemple, dans un pays comme la Slovaquie, qui a fait un dépistage massif sur l'ensemble de sa population, son objectif était clairement de réduire la circulation du virus.

Si on regarde ce qui est proposé actuellement en France, on est plus dans une approche d'analyse épidémiologique précise de la diffusion du virus dans certaines populations plus que dans une mesure qui va permettre de réduire la progression du virus. 

Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille

à franceinfo

Pour ma part, j'avais appelé de mes vœux à un dépistage massif, mais réellement sur l'ensemble de la population et avant les fêtes de Noël pour essayer de tamponner, en quelque sorte, la possible vague qui peut se profiler à l'horizon de la rentrée.

Pourquoi ces trois villes ont-elles été choisies ?

Quand on regarde ces trois villes, elles ont une caractéristique : c'est que ce sont des villes dans lesquelles le pourcentage de tests positifs est très différent. Au Havre, on est à 5% à 10% de positivité des tests. À Lille, c'est 10% à 15%. À Saint-Étienne, c'est 15% à 20%. Vous voyez que l'on peut s'attendre à des variations dans ce qu'on appelle l'incidence de la maladie, et voir ce que l'on peut détecter comme informations, voir s'il est plus intéressant de dépister une ville à faible incidence ou au contraire une ville à forte incidence. Cela apportera donc des informations scientifiques que nous n'avons pas encore en France.

Ces campagnes peuvent-elles être réalisées avant les fêtes de fin d'année, selon vous, sachant que nous sommes déjà le 3 décembre ?

Il ne nous reste effectivement que 15 jours pour relever le défi. Un dépistage, c'est un package complet. Le dépistage, c'est le test, mais également le "tracing" qui suit derrière, et enfin l'isolement qui doit en résulter. Si vous n'avez pas ces trois éléments, c'est juste mesurer la fréquence du virus dans la population, il n'y a donc pas d'apport en termes de santé publique auprès de la population. Je pense qu'au niveau de la logistique des tests, il va y avoir du travail, mais ça peut être réalisé. La logistique du "tracing", quant à elle, existe déjà et les plateformes de l'Assurance maladie assurent ce "tracing" de manière efficace. Le troisième point qui, à mon avis, est essentiel, c'est l'isolement, parce qu'une fois qu'on aura identifié des gens qui sont positifs, il va falloir vraiment leur poser la question : est-ce que vous pouvez réellement vous isoler ? Ou est ce qu'il faut qu'on vous aide à vous isoler et donc prévoir des structures d'accueil  Et ça aussi, c'est un gros enjeu logistique, ça va être beaucoup de travail pour les préfets, pour les directeurs d'ARS [Agences régionales de santé] et les maires.

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