Déconfinement : les seniors devront appeler leur médecin traitant qui recommandera "quand c'est nécessaire" de rester chez soi

Jérôme Guedj, conseiller départemental de l'Essonne et chargé de faire des propositions pour lutter contre l'isolement des seniors, insiste sur la responsabilité des personnes âgées au moment du déconfinement.

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Radio France
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Une infirmière portant un masque parle avec des résidants d'un Ehpad de Brest, le 4 mars 2020. (LOIC VENANCE / AFP)

Le déconfinement à partir du 11 mai ne sera finalement pas encadré par une limite d'âge, comme cela avait été évoqué auparavant, donc les seniors et personnes âgées pourront sortir, mais ils devront appeler leur médecin traitant qui pourra "recommander, quand c'est nécessaire, à la personne âgée de rester chez elle", explique dimanche 26 avril sur franceinfo le conseiller départemental de l'Essonne Jérôme Guedj, qui a été chargé par le ministre de la Santé de faire des propositions pour lutter contre l'isolement des seniors.

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franceinfo : S'il n'y a pas de limite d'âge au déconfinement, les personnes âgées pourront-elles sortir comme tout le monde ?

Jérôme Guedj : Il va falloir passer par une figure extrêmement importante qui est celle du médecin traitant. Le médecin traitant connaît les personnes âgées, il connaît leur pathologie, il connaît leur histoire et puis il a une forme de confiance, évidemment, avec ces personnes âgées et comme l'ensemble des gériatres et l'ensemble des médecins, je pense qu'il faut qu'il y ait ce dialogue pour pouvoir recommander, quand c'est nécessaire, à la personne âgée de rester chez elle. Et moi, je crois au principe de responsabilité individuelle. Je crois à ce choix éclairé. À condition qu'il y ait quelqu'un qui puisse expliquer les conséquences très concrètes pour la personne. On a tous vu que ce sont les personnes âgées qui payent le plus lourd tribut au Covid-19, et moi, je fais confiance dans ces mêmes personnes âgées pour savoir qu'elles se mettent en danger si elles reprennent une vie normale. Alors il faut faciliter cette relation avec le médecin. C'est la raison pour laquelle depuis quelques semaines les téléconsultations, y compris par téléphone, sont possibles.

Trouvez-vous que ne pas mettre de barrière d'âge est plus égalitaire ?

C'est d'abord une bonne chose. Je pense que ça aurait été compliqué à mettre en œuvre. Et puis surtout, ça n'a pas vraiment de sens. Il y a des personnes de moins de 60 ans qui ont des pathologies, des affections de longue durée, qui peuvent avoir du diabète, qui peuvent avoir de l'insuffisance respiratoire, de l'hypertension artérielle, et qui savent elles-mêmes qu'elles sont en fragilité. Il faut qu'elles fassent attention. Donc ce n'est pas l'âge qui est déterminant, c'est son état de santé et la manière dont on vit. On a beaucoup parlé de l'isolement des personnes âgées. Il y a eu des millions d'actions individuelles de solidarité, de voisins qui ont aidé à faire des courses, d'associations, de municipalités et de Centres communaux d'action sociale (CCAS). Tout ce qui a été mis en place dans l'urgence au moment du confinement. Il faut que ça perdure au-delà du 11 mai parce qu'on va demander justement à ces personnes âgées en responsabilité de rester chez elles. C'est ça la responsabilité individuelle, qui rejoint aussi la responsabilité collective. On doit multiplier les gestes solidaires, c'est-à-dire prendre des nouvelles des personnes, de nos proches, téléphoner, s'engager dans les associations. Il y a une belle dynamique dans toutes les associations.

N'est-ce pas risqué d'aller rendre visite aux personnes âgées, aux grands-parents ?

Bien sûr que c'est un risque. Ce qu'on a fait depuis la semaine dernière s'agissant des maisons de retraite où l'isolement des personnes âgées commençait à poser de sérieux problèmes de dépression, syndromes de glissement ou désinvestissement, on a pu permettre le retour des familles, mais dans des conditions extrêmement drastiques. Il va falloir d'une certaine manière les appliquer aussi à la maison, réduire les contacts parce que sinon tout ça ne sert à rien. Les aidants sont absolument précieux. Il y a 11 millions d'aidants en France, dont environ 6 ou 7 millions qui accompagnent des personnes âgées. Il faut que, eux aussi, on leur facilite la tâche dans les déplacements, peut-être aussi dans leur possibilité d'arrêter de travailler temporairement pour s'occuper des personnes âgées.

Comment éviter une deuxième vague de contamination dans les Ehpad ?

C'est un des enjeux déterminants. On sait malheureusement que dans les Ehpad, il y a un lourd prix qui a été payé, notamment dans les Ehpad où le Covid-19 est entré. D'où l'importance, et c'est maintenant en place depuis plusieurs jours, de dépister systématiquement à l'intérieur des Ehpad parce que ça permet d'isoler les personnes âgées qui sont touchées par le Covid-19 et de pouvoir mieux organiser le fonctionnement de l'établissement en isolant. Ca rejoint d'ailleurs les recommandations que le Conseil scientifique vient de faire. Ce que le Conseil scientifique dit, en population générale, en ville, c'est que ceux qui seront dépistés, il faut pouvoir les isoler. C'est la même chose qui est déjà en place depuis plusieurs jours dans les Ehpad maintenant, et c'est vrai que la montée en puissance des tests sera une bonne manière de limiter la survenance de ces foyers épidémiques dans des Ehpad où les personnels et les familles ont déjà été fortement mises à contribution, admirables la plupart du temps, et pour lesquels il faut leur faciliter la tâche.

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