Déconfinement : "Il faut donner un peu d'air aux Français", estime le président de la Fédération des Médecins de France

Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France, a considéré sur franceinfo "que l'on ne donne pas assez d'air aux Français", alors que le ministre de la Santé pourrait retarder la levée du confinement prévue le 11 mai.

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Radio France
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Des Parisiens font leur marché, samedi 2 mai 2020, au 47e jour de confinement. (ALAIN JOCARD / AFP)

"La date de lever du confinement pourrait être remise en question", selon les mots d'Olivier Véran dans une interview accordée au Parisien - Aujourd'hui en France dimanche 3 mai. Le ministre de la Santé met en garde contre un relâchement du confinement qui pourrait retarder sa levée prévue le 11 mai. "Ça n'est pas surprenant", a estimé samedi 2 mai sur franceinfo Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des Médecins de France.

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Selon lui, "tout le monde sait que cette épidémie n'est pas terminée". Mais le médecin généraliste prévient : "Si on ne laisse pas aux gens un peu de respiration tout en respectant les mesures barrières, on va avoir des personnes qui vont se retrouver en burn-out, en complète dépression, parce qu'ils ne supportent plus le confinement."

franceinfo : L'annonce du ministre de la Santé Olivier Véran vous paraît-elle pertinente ?

Jean-Paul Hamon : Ça n'est pas surprenant. Cette annonce ne fait que confirmer les propos du Premier ministre dans sa dernière conférence de presse. L'épidémie est toujours active. Dans mon cabinet, j'ai vu deux cas positifs ces trois derniers jours. Ceci dit, je ne sais pas si ça va remonter le moral des Français, qui pensaient avoir droit à un petit peu d'air le 11 mai. Mais il faut rester effectivement très prudent. La ville de Lyon va retarder l'ouverture de ses écoles. Et je le comprends. Aujourd'hui, en consultation, j'ai vu une directrice d'école primaire qui était au bord de la crise de nerfs. Elle téléphone à tous les parents pour savoir s'ils vont mettre leurs enfants à l'école. Elle essaye de faire des groupes de cinq ou de 15. Dans la cour de l'école, il n'y aura pas la possibilité de jouer pour les enfants, et elle ne sait pas s'ils pourront manger à la cantine.

D'un côté, Olivier Véran explique que le déconfinement pourrait être repoussé et de l'autre, on a l'impression que l'épidémie recule avec les chiffres de mortalité du Covid-19 publiés par le ministère de la Santé ce samedi (166 morts supplémentaires en 24h, ndlr), dont le niveau est très bas par rapport à ce que l'on a connu . Y a-t-il un paradoxe ?

Je vous invite à regarder les chiffres qu'on nous donne le week-end. Ils sont toujours très bas le week-end, parce que les fonctionnaires qui comptabilisent les décès ne sont pas toujours en poste. À chaque fois, le lundi, ça redémarre. Là, on est dans un pont entre deux jours fériés. Personne ne part, mais il faut être extrêmement prudent sur les 166 décès qu'on a observés ce samedi. C'est vrai qu'il y a une espèce de compte à rebours et que tous les gens sont sous pression. Et en même temps, il faut éviter le relâchement.

L'avez-vous constaté, ce relâchement, dans la vie de tous les jours ?

Le relâchement, on peut le constater dans la rue ou dans les commerces. Les gens sont loin d'être tous masqués. On peut dire néanmoins qu'ils respectent les mesures barrières. Ceci étant, je suis toujours surpris de voir des joggeurs dans la rue alors que l'on a une forêt à moins de 800 mètres. Ce serait quand même plus agréable et moins risqué d'y courir, parce que les joggeurs, sur le trottoir pour ne pas croiser les passants, courent sur la rue, là où il y a des vélos et des voitures qui passent. Je trouve que l'on ne donne pas assez d'air aux Français.

On les menace de prolonger le confinement et en même temps, on ne prend aucune mesure qui permette aux Français de respirer un peu.

Jean-Paul Hamon

à franceinfo

Pourquoi ne pas donner le droit d'aller en forêt une ou deux heures par jour, avec des contrôles aux entrées, et un nombre limité de gens à l'intérieur, afin de prendre l'air avec les enfants ? Pourquoi ne pas rouvrir les plages une ou deux heures par jour ? On pourrait très bien imaginer quelque chose. On est dans une course de fond comme l'a dit Olivier Véran, on n'en connaît pas l'arrivée. Mais si on ne laisse pas aux gens un peu de respiration tout en respectant les mesures barrières, on va avoir des personnes qui vont se retrouver en burn-out, en complète dépression, parce qu'ils ne supportent plus le confinement. Et puis, on va avoir des problèmes de couple, avec des violences conjugales qui commencent à se produire. Et je suis très inquiet aussi pour la reprise dans les transports, où je vois mal comment la population va respecter les mesures barrières dans le bus et le métro. Tout le monde sait que cette épidémie n'est pas terminée, mais il faut donner un peu d'air aux Français et leur expliquer.

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