Covid-19 : publics prioritaires, stockage, distribution... Comment le Royaume-Uni organise sa campagne de vaccination

Pays le plus endeuillé d'Europe avec près de 61 500 morts, le Royaume-Uni a entamé mardi sa campagne de vaccination. Il s'agit du premier pays au monde à avoir déjà autorisé le vaccin des laboratoires Pfizer/BioNTech.

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Une Britannique reçoit une dose du vaccin des laboratoires Pfizer/BioNTech, le 8 décembre 2020, au Guy's Hospital de Londres. (FRANK AUGSTEIN / AFP)

Sous les applaudissements des soignants, Margaret Keenan est devenue, mardi 8 décembre, la première Occidentale à recevoir un vaccin contre le Covid-19. Cette Britannique de 90 ans a reçu une dose produite par les laboratoires Pfizer/BioNTech. Le Royaume-Uni est le premier pays au monde à avoir donné son feu vert au vaccin de l'alliance américano-allemandePays d'Europe le plus touché avec près de 61 500 morts, le Royaume-Uni se lance maintenant dans une vaste campagne de vaccination qui va prendre plusieurs mois.

Une priorité donnée aux maisons de retraite

La majorité de la population britannique va devoir attendre 2021 pour se faire vacciner. Pour l'instant, comme en France, la priorité a été donnée aux résidents et personnel des maisons de retraite. Les autorités espèrent vacciner d'ici au printemps les neuf catégories prioritaires de personnes considérées comme les plus vulnérables, et qui représentent 99% des décès. Après les Ehpad, la deuxième catégorie concerne les autres soignants et les plus de 80 ans.

Puis viennent en troisième position les plus de 75 ans, suivis, dans le quatrième groupe, des plus de 70 ans et des jeunes adultes extrêmement vulnérables, comme le détaille Politico. La cinquième catégorie concerne les plus de 65 ans, avant un sixième niveau avec toutes les personnes âgées de 16 à 64 ans souffrant de problèmes de santé. Les trois derniers groupes permettent de descendre par paliers jusqu'à la vaccination de toutes les personnes âgées de 50 ans et plus. Les détails de la deuxième phase du déploiement à toute la population seront décidés plus tard, à la lumière de l'expérience de cette première phase. 

La campagne qui s'ouvre en Angleterre, au pays de Galles, en Ecosse et en Irlande du Nord est la plus grande jamais menée par le service public de santé du Royaume-Uni, dans ce pays de 66 millions d'habitants. Cette opération s'apparente davantage à "un marathon" qu'à "un sprint", a prévenu le directeur médical du service public de santé (NHS), Stephen Powis. Mais la responsable de la "task force" britannique sur les vaccins, Kate Bingham, a jugé sur la BBC que les Britanniques pourraient "tous aller en vacances cet été".

Un défi en termes de stockage et de distribution

Le gouvernement de Boris Johnson a commandé en tout 40 millions de doses du vaccin Pfizer, qui vont permettre de protéger 20 millions de personnes, car deux injections sont nécessaires à trois semaines d'intervalle. En tout, il a assuré l'accès à quelque 357 millions de doses auprès de sept fabricants, comptant notamment sur celui d'AstraZeneca et de l'université d'Oxford, en attente d'autorisation, plus facile à transporter.

Les autorités sont confrontées à un énorme défi logistique pour acheminer le vaccin en provenance de l'usine belge de Puurs. Celui-ci doit être conservé à -70 °C, et il ne peut rester que cinq jours dans un réfrigérateur normal. A leur arrivée sur le sol britannique, les doses sont donc retirées de leur boîte d'expédition remplie de neige carbonique, et placées dans un frigo. Au total, 50 "hubs" hospitaliers ont été mis en place en Angleterre pour administrer les premières des 800 000 doses initiales. Par ailleurs, 1 000 centres de vaccination seront prochainement créés, selon le ministère de la Santé.

Le vaccin Pfizer est fragile et il est important de limiter les temps de transport depuis la Belgique. En début d'année 2021, les autorités redoutent des embouteillages au Royaume-Uni, en raison du Brexit. Mais le gouvernement a déjà annoncé qu'il s'agissait là d'une marchandise prioritaire. Afin d'éviter toute complication liée au Brexit à l'issue de la période de transition le 31 décembre, Londres envisage de recourir à la Royal Air Force, l'armée de l’air britannique, pour effectuer les livraisons.

Un exercice de pédagogie

Outre les défis techniques, les autorités se sont lancées dans un exercice de pédagogie pour convaincre les Britanniques de l'importance de se faire vacciner, craignant de se heurter au scepticisme de certains. Selon un sondage YouGov publié lundi, 28% de Britanniques sont "très confiants" en la sûreté du vaccin Pfizer/BioNTech et 40% "assez confiants", 23% se disent "pas très confiants" ou "pas du tout confiants".

Pour convaincre les plus sceptiques, les autorités insistent sur la "sécurité" du vaccin et pourraient mettre à contribution célébrités et influenceurs sur les réseaux sociaux. Selon des journaux, la reine Elizabeth II, 94 ans, et son époux le prince Philip, 99 ans, seront vaccinés prochainement et ils pourraient même le faire en public. D'autres célébrités ou influenceurs sur les réseaux sociaux pourraient être mis à contribution, le tabloïd The Mirror citant le chanteur Bob Geldof ou le guitariste des Rolling Stones, Ronnie Wood. Le ministre de la Santé s'est dit prêt à se faire vacciner en direct à la télévision.

La réussite de la vaccination s'annonce cruciale pour le gouvernement de Boris Johnson, très critiqué sur sa gestion de la pandémie et confronté à la colère de certains élus face aux restrictions imposées dans une grande partie du pays, avec un coût économique et social énorme. "Progressivement, cela fera une énorme différence mais nous n'en sommes pas là, a averti avec prudence le Premier ministre. Nous n'avons pas encore vaincu le virus." 

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