Covid-19 : pourquoi le Royaume-Uni ne parvient pas à endiguer le nombre de contaminations, malgré la vaccination

Plus de 42 000 cas de Covid-19 ont encore été recensés quotidiennement outre-Manche lors des sept derniers jours. La conséquence, notamment, d'une levée trop rapide des restrictions sanitaires. 

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France Télévisions
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Un centre de vaccination contre le Covid-19 à Derby, dans le centre de l'Angleterre, le 20 septembre 2021. (PAUL ELLIS / AFP)

Le Royaume-Uni va-t-il devoir dégainer son "plan B" ? A rebours de nombreux pays européens, l'épidémie de Covid-19 repart quotidiennement à la hausse outre-Manche, avec plus de 45 000 personnes testées positives dimanche 17 octobre. En comparaison, la France a dénombré près de 4 650 cas quotidiens en moyenne lors des sept derniers jours, soit quasiment dix fois moins. Le taux de couverture vaccinale global dans les deux pays est pourtant similaire. Alors comment expliquer cette nouvelle flambée de l'épidémie au Royaume-Uni ? Eléments de réponse.  

Parce que les gestes barrière ont été abandonnés trop vite

C'était la philosophie du "Freedom Day", célébré le 19 juillet dernier : "Apprendre à vivre avec le virus", selon les mots du Premier ministre britannique, Boris Johnson. Le gouvernement a aussitôt levé toutes les restrictions sanitaires, au moins pour la population anglaise. Si l'Ecosse a conservé l'obligation du port du masque en intérieur, l'Angleterre a fait un autre choix. À l'entrée des supermarchés, les clients peuvent faire leurs courses avec leur masque ou non, et beaucoup s'en passent.

Le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, a tenu à maintenir le masque dans le métro et les bus de la capitale. Mais faute de contrôles et d'amendes, seuls 20% des usagers respectaient cette mesure, selon une étude de l'organisme public Transport for London publiée fin septembre. Quant au pass sanitaire, un temps évoqué pour l'accès aux discothèques, il a été abandonné par l'exécutif. Des signaux contradictoires difficiles à suivre pour les Britanniques. L'épidémiologiste Linda Bauld estime que les restrictions ont été levées trop vites. "Le Royaume-Uni fait tout l'inverse des autres pays, notamment européens, et c'est pour ça que l'on fait face actuellement à l'un des plus hauts niveaux de contamination en Europe", estime auprès de France Télévisions cette professeure de santé publique à l'université écossaise d'Edimbourg.

Le nombre de cas quotidiens a dépassé les 40 000 depuis la mi-octobre, loin devant la France mais aussi l'Italie ou l'Espagne. En parallèle, le nombre de décès augmente, pour se situer à 120 par jour (contre 29 en moyenne à l'hôpital en France). 

Parce que la vaccination des plus jeunes a tardé

Plutôt que des restrictions, le Royaume-Uni a fait le choix de miser sur sa couverture vaccinale. Près de 86% de la population éligible (12 ans et plus) a reçu au moins une dose et près de 80% deux doses. C'est un peu moins qu'en France, où près de 88% de la population éligible a reçu une dose et plus de 85% deux doses (au 15 octobre). Mais la vaccination des adolescents a tardé de l'autre côté de la Manche. Mise en place en septembre, elle a démarré doucement car, comme le rappelle Le Monde, elle nécessite le consentement des parents et a lieu dans les écoles, et non plus dans les grands centres vaccinaux, qui ferment les uns après les autres.

Or, c'est chez les enfants, et surtout les adolescents, que le taux d'incidence est le plus élevé. Comme le relève Le Parisien, plus de 1 200 cas positifs pour 100 000 jeunes de 10 à 19 ans ont été recensés la semaine dernière. Mais selon les données officielles, seulement  28,6% des Anglais âgés de 12 à 17 ans ont reçu une première dose, et 6% sont totalement vaccinés, contre respectivement 75 et 70% en France. Face à l'envolée des tests positifs parmi les jeunes, certains établissements scolaires britanniques ont décidé ces derniers jours de rétablir le port du masque. 

"Au Royaume-Uni, on teste beaucoup les enfants, qui ne sont pas vaccinés, ce qui tend à produire un nombre de tests positifs plus élevé. C'est un biais important", nuance toutefois dans Libération François Balloux, professeur de génétique à l'University College de Londres.

Parce que la protection contre l'infection diminue avec le temps

Le Royaume-Uni était le premier pays européen à vacciner massivement sa population dès le mois de décembre, avec le vaccin AstraZeneca. Cette longueur d'avance pourrait désormais s'avérer pénalisante. "La protection contre l'infection se réduit au fil des mois alors que celle contre les formes graves reste très bonne, ce qui peut expliquer pourquoi on se retrouve aujourd'hui avec davantage d'infections post-vaccination", rappelle dans Le Parisien François Balloux. D'autant que le variant Delta, majoritaire dans le pays comme dans le reste de l'Europe, est plus contagieux. Or, les cas contacts n'ont plus besoin de s'isoler s'ils sont doublement vaccinés. 

Reste que les plus de 40 000 cas quotidiens ne semblent pas inquiéter la population. C'est pourtant lorsque le nombre de contaminations avait atteint le même niveau en décembre 2020 que Boris Johnson avait annoncé le troisième confinement britannique, juste avant les fêtes. Il s'avère que l'efficacité du vaccin AstraZeneca contre les formes graves, démontrée par plusieurs études (de l'ordre de 90%), limite le nombre d'hospitalisations, qui plafonnent à près de 800 par jour (7 000 patients sont actuellement hospitalisés à cause du Covid-19 outre-Manche). Bien loin des 4 000 hospitalisations et 1 200 décès quotidiens pour 60 000 cas par jour en janvier dernier. 

Si les hôpitaux sont loin d'être saturés à cause des malades du virus, ils doivent cependant absorber une longue liste de patients dont les soins ou les opérations ont été différés à cause de la pandémie. Et faire face aux épidémies hivernales classiques comme la grippe. "Je le regrette, mais l'hiver dans son ensemble va être exceptionnellement difficile pour le NHS (National Health Service)", le système public de santé britannique, a prévenu la semaine dernière Chris Whitty, médecin en chef qui conseille le gouvernement. 

Les plans des autorités reposent maintenant essentiellement sur une campagne de rappel de vaccination, comme en France, avec en parallèle le retour du port du masque en intérieur, le recours au télétravail ou le passeport vaccinal. Mais ce dernier n'a pas encore été activé.

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