Covid-19 : pourquoi le Pas-de-Calais est-il confiné le week-end (et pas l'Ile-de-France) ?

Le Pas-de-Calais, qui fait partie des 23 départements sous surveillance renforcée, est le seul à avoir rejoint, jeudi, la liste des territoires confinés les week-ends.

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La place des Héros, à Arras (Pas-de-Calais), déserte pendant le premier confinement, le 26 mars 2020.  (DENIS CHARLET / AFP)

Finies les longues sorties le week-end pour les Pas-de-Calaisiens. Le Premier ministre, Jean Castex, a confirmé, jeudi 4 mars, lors d'une nouvelle conférence de presse, que l'ensemble du département du Pas-de-Calais, où l'épidémie de Covid-19 flambe, serait confiné durant les prochains week-ends. 

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L'exécutif, qui veut éviter un confinement national, a décidé de privilégier la territorialisation des mesures. Charge aux élus locaux de trancher sur la mise en place de contraintes plus strictes le temps de faire baisser les indicateurs dans leur région. Ainsi, le Pas-de-Calais sera le premier des 23 départements placés sous surveillance renforcée à inaugurer dans sa totalité le confinement le week-end, après l'agglomération de Dunkerque et le littoral des Alpes-Maritimes la semaine passée. Franceinfo revient sur les raisons de ce confinement localisé.

Une mesure proposée par les élus locaux

L'annonce de Jean Castex ne devrait pas étonner les élus du Pas-de-Calais. Depuis le 1er mars, le préfet du Pas-de-Calais, Louis Le Franc, consulte les élus du département, dont les maires d'Arras et de Calais, sur la stratégie à adopter face au virus. La proposition de reconfiner le Pas-de-Calais pour les prochains week-ends a donc été transmise au gouvernement, qui l'a actée jeudi soir. "Confiner le week-end, c'est se donner une bouffée de respiration pour le mois d'avril", a martelé sur franceinfo Frédéric Leturque, maire centriste d'Arras, affirmant "qu'il faut être raisonnable"

Une proposition que n'ont pas souhaité faire les maires de Paris et de Marseille, qui sont également sous surveillance renforcée. Lundi, la maire socialiste Anne Hidalgo a même exprimé son opposition farouche à un confinement de la capitale le week-end, défendant le droit des Parisiens à sortir. Idem pour Marseille, qui ne sera pas soumise à un reconfinement les week-ends.

Un taux d'incidence qui monte en flèche

Ce confinement le week-end doit permettre de freiner la circulation galopante du virus dans le Pas-de-Calais. Car parmi les 23 départements en zone rouge, ce territoire est l'un des deux seuls à dépasser les 400 cas pour 100 000 habitants sur sept jours, au même titre que les Alpes-Maritimes, selon Jean Catex. Un seuil bien supérieur à celui d'alerte maximale, fixé à 250 cas par les autorités sanitaires. Dans certaines agglomérations, dont celles proches du Dunkerquois, le taux d'incidence dépasse même les 500 cas pour 100 000 habitants, rappelle France 3 Hauts-de-France. Il a dépassé le millier à Dunkerque (Nord).

Quant au taux de positivité des tests, il est monté à 9,4% alors que la moyenne nationale se situe à 7,3%, indique l'Agence régionale de santé (ARS) des Hauts-de-France dans un point de situation daté du 26 février (PDF). La forte présence du variant B117 identifié en Angleterre aggrave cette situation sanitaire. Selon la maire de Calais, Natacha Bouchart, il représente désormais 68% des cas positifs dans le département, contre 38% il y a une dizaine de jours. "Les résultats sont plus qu'inquiétants, les mesures doivent être prises", a-t-elle insisté auprès de franceinfo.

Du côté des décès liés au Covid-19, la courbe ne fléchit pas. Depuis le 22 février, le nombre de décès est passé de 28 à 42 puis 54 par semaine. Au 1er mars, 1 238 personnes sont mortes dans un établissement hospitalier du Pas-de-Calais depuis mars 2020, selon les chiffres de l'ARS des Hauts-de-France. Le mois dernier, les hôpitaux du Pas-de-Calais ont enregistré 161 décès, soit plus de 10% des décès recensés dans les établissements hospitaliers du département depuis le début de l'épidémie l'hiver dernier.

Une tension hospitalière importante

Un autre indicateur inquiète les autorités sanitaires de la région Hauts-de-France : le taux d'occupation des lits de réanimation. Dans le département du Pas-de-Calais, les services de réanimation n'ont pratiquement plus de lits disponibles, et sont passés de 78 personnes hospitalisées en réa le 15 février à 118 le 1er mars. Un nombre quasi similaire à celui du pic de la deuxième vague : 124 personnes étaient en service de réanimation le 18 novembre.

"Le niveau de saturation des services de réanimation se situe au plus haut de tous les départements français."

Jean Castex

en conférence de presse

Pour la première fois, indique France 3, deux patients en réanimation à l'hôpital de Dunkerque, dans le Nord, ont dû être transférés, mardi, en dehors de la région, vers le centre hospitalier du Havre (Seine-Maritime), en raison de la saturation des services. Jusqu'à présent, les 79 patients transférés depuis le 1er février l'avaient été vers d'autres hôpitaux des Hauts-de-France. Le même jour, l'ARS a annoncé l'ouverture de 100 lits de réanimation supplémentaires dans la région, d'ici la fin de semaine. Objectif ? Atteindre 800 lits de réanimation, contre 460 hors crise sanitaire.  

Un "effort" en attendant plus de vaccins

Si le confinement doit permettre de faire baisser le nombre de contaminations, la vaccination est un outil primordial dans la lutte contre le Covid-19. Or, les doses peinent à arriver dans le Pas-de-Calais, a dénoncé la maire de Calais, Natacha Bouchart. "Nous avons plus de deux mois de retard", calcule l'édile Les Républicains sur France 3 Hauts-de-France"Nous n'avons pas de perspectives suffisamment positives pour rattraper le retard et mieux organiser cette vaccination."

Pour l'élue, l'effort consenti pour trois week-ends doit donc être une contrepartie de l'accélération des livraisons de doses dans le département. "Nous voulons notre dû pour les vaccins", insiste-t-elle, estimant que le département a été "sous-doté". Dans le Pas-de-Calais, moins de 5% de la population a été vaccinée, avec un total de 78 808 doses injectées au 2 mars. L'ARS des Hauts-de-France a d'ailleurs reconnu un retard dans la campagne vaccinale dans ce territoire sous tension. Un retard qui pourrait être bientôt rattrapé. Jean Castex a promis que 10 000 doses supplémentaires "seront envoyées dans le Pas-de-Calais".

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