Covid-19 : les vacances peuvent-elles favoriser la propagation de l'épidémie ?

Le gouvernement a choisi de ne pas limiter les déplacements entre les régions pendant les vacances scolaires. Une décision critiquée par plusieurs épidémiogistes contactés par franceinfo.

Article rédigé par
Marianne Chenou - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Jean Castex, lors d'une conférence de presse sur l'épidémie de Covid-19, à Paris, le 4 février 2021. (MARTIN BUREAU / AFP)

Des congés à risque ? Les vacances scolaires débutent vendredi 5 février pour les élèves de la zone A (qui englobe les académies de Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Limoges, Lyon et Poitiers). Si le couvre-feu de 18 heures est toujours d'actualité et les déplacements à l'étranger soumis à un motif impérieux, les Français seront libres de circuler en métropole. "Nous avons choisi de ne pas limiter les déplacements entre régions", a en effet annoncé Jean Castex, jeudi 4 février.

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"Une telle mesure aurait été justifiée si la circulation du virus était très inégale selon les régions. Ce n'est pas le cas", a poursuivi le Premier ministre. Le gouvernement a jugé la présence du virus homogène sur l'ensemble du territoire métropolitain et estimé qu'aucune restriction supplémentaire ne s'imposait pour le moment.

Les déplacements ne seront pas limités pendant les vacances, annonce Jean Castex

Sur ce point, le constat du Premier ministre apparaît plutôt juste : le taux d'incidence est relativement homogène. Entre 100 et 400 cas pour 100 000 habitants sont recensés dans la très grande majorité des départements français. Seule la Bretagne conserve, dans deux de ses départements, un taux d'incidence inférieur à 70 cas pour 100 000 habitants.

Une "grave erreur"

Cependant, si l'on s'intéresse à la circulation des variants du virus, la France est touchée de manière très disparate. Santé publique France vient de publier les résultats préliminaires de sa deuxième enquête Flash (PDF). Les échantillons de plusieurs laboratoires par région ont été analysés le 27 janvier, afin d'y déceler la présence d'un variant. L'enquête confirme "l'hétérogénéité régionale de la diffusion de ces variants et une augmentation de leur prévalence dans l'ensemble des régions pour lesquelles les résultats sont interprétables". Ces analyses révèlent par exemple la présence du variant identifié en Angleterre dans environ 20% des échantillons en Occitanie et en Île-de-France, mais dans seulement 4,6% des échantillons normands.

La déclaration de Jean Castex interroge certains épidémiologistes. Pour Catherine Hill, il commet "une grave erreur". "Là où le Premier ministre se trompe, c'est que ce n'est pas parce que le virus circule partout qu'il y a moins de risques à se déplacer." Elle insiste : "Quand on circule dans un espace défini, on croise forcément moins de gens que lorsqu'on se déplace." Logiquement, plus on croise de personnes, plus il y a de risque de croiser le virus. "S'ils vont d'une région à l'autre, les vacanciers vont s'arrêter sur des aires d'autoroute, voir d'autres personnes, de la famille ou des personnes âgées", poursuit-elle.

Son confrère Mahmoud Zureik, professeur d'épidémiologie et de santé publique à l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines partage cet avis. "Ce n'est pas parce que le virus est déjà bien présent qu'il faut exposer davantage la population", considère-t-il auprès de franceinfo.

Les variants vont "davantage circuler"

Tous deux sont assez pessimistes sur l'évolution de l'épidémie, même si Mahmoud Zureik relève un effet de "contre-balancier" : "La période des vacances réduit les contacts au niveau professionnel et scolaire, mais les augmente dans le milieu familial et amical." De fait, impossible d'envisager une réduction de la circulation du virus. Dans l'absolu, les deux spécialistes recommandent une limitation, voire un arrêt des déplacements. "Si vous avez des régions à basse incidence, il faut limiter l'arrivée du virus. Mais entre les régions à forte incidence et à l'intérieur de chacune de ces régions, il faudrait réduire les contacts et les déplacements", insiste Mahmoud Zureik. "Quand il y a des variants peu répandus, comme celui venu d'Afrique du Sud, il faut limiter les déplacements pour freiner leur diffusion dans le pays, ils resteront contenus dans une zone connue", explique Mahmoud Zureik.

Malgré les précautions que peuvent prendre les familles, comme lors des fêtes de fin d'année, l'épidémiologiste Catherine Hill reste dubitative. "On ne peut pas nier qu'il y aura un brassage des populations, avance-t-elle. Les hospitalisations, les décès continuent d'augmenter. Il est évident qu'avec cette possibilité de bouger, les variants vont eux aussi davantage circuler." 

Des mesures "pas suffisantes"

L'épidémiologiste émet aussi des réserves sur la fiabilité des études sur la présence de variants. "Les études menées par Santé publique France le sont sur des laboratoires précis. Ce n'est pas un échantillon représentatif de la population. Il se peut que dans d'autres laboratoires, on trouve des chiffres plus élevés. On ne peut pas réellement déduire la circulation des variants à l'heure actuelle à partir de cette étude."

"Le variant anglais va prendre le dessus, les mesures que l'on a prises aujourd'hui ne seront pas suffisantes", a aussi prévenu le professeur Rémi Salomon, président de la commission médicale d'établissement de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), mardi, dans un entretien à . Le médecin milite pour un reconfinement et une prolongation des vacances scolaires pendant "trois semaines ou un mois", pour favoriser une décrue de l'épidémie.

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