Covid-19 : comment le gouvernement tente de convaincre les Français de se faire vacciner

L'exécutif a présenté, jeudi, la stratégie vaccinale française. Le projet est ambitieux, alors qu'un récent sondage Ipsos montre que seulement 54% de la population française envisage de se faire vacciner contre le Covid-19.

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Le Premier ministre, Jean Castex (gauche), et le ministre de la Santé, Olivier Véran, lors d'une conférence de presse, à Paris, le 3 décembre 2020, sur la stratégie vaccinale face à la pandémie de Covid-19. (BENOIT TESSIER / AFP)

"Avant même de nous immuniser contre le coronavirus, nous devons nous immuniser contre les peurs." Cette phrase, prononcée par le ministre de la Santé, Olivier Véran, jeudi 3 décembre, lors de la conférence de presse du gouvernement pour présenter la stratégie vaccinale de la France face à la pandémie de Covid-19, n'a rien d'anodin. La France est l'un des pays européens les plus rétifs à la vaccination. Un récent sondage Ipsos montre que seulement 54% de la population envisage de se faire vacciner contre le Covid-19. Franceinfo décrit comment le gouvernement tente malgré tout de convaincre les Français.

En rendant le vaccin non obligatoire et gratuit

Emmanuel Macron avait annoncé le 24 novembre que la vaccination ne serait pas obligatoire. Le Premier ministre a précisé jeudi qu'elle serait gratuite "pour tous". Le fait de rendre un vaccin obligatoire ou non est un choix politique, comme l'a déjà expliqué franceinfo, mais les instances scientifiques vont dans le même sens. La Haute Autorité de santé (HAS) a ainsi estimé début novembre que "la vaccination contre le Covid-19 ne devrait pas être obligatoire, ni pour la population générale, ni pour les professionnels de santé". Cette position est partagée par le Conseil scientifique qui, dans un avis (PDF) en juillet, jugeait l'obligation "ni souhaitable ni envisageable".

Antoine Bristielle, professeur agrégé en sciences sociales et chercheur à Sciences Po Grenoble, se montre lui aussi partisan de cette orientation, notamment en raison du contexte actuel. "Vu l'état de défiance généralisée dans la population et notamment sur les questions de santé, avoir un vaccin obligatoire aurait été perçu comme une mesure liberticide qui aurait pu entraîner des conséquences assez dramatiques", a-t-il estimé auprès de franceinfo.

En promettant la transparence sur les éventuels effets indésirables

Jean Castex a estimé que la "transparence" était un "impératif" face aux "réticences, voire parfois les craintes exprimées par certains""Le vaccin contre la peur, c'est la connaissance et c'est la bonne compréhension", a renchéri Olivier Véran. "Je m'engage tout au long de la campagne vaccinale à ce que nous fassions preuve de la transparence la plus totale sur l'efficacité du vaccin, l'acceptabilité par la population, l'évolution des recommandations scientifiques et médicales, l'organisation pratique de la campagne, les éventuels effets indésirables, qu'ils soient graves ou bénins", a-t-il affirmé. Et le ministre d'insister : "Nous porterons une attention de chaque instant à ce que vous disposiez du même niveau d'information que nous."

En impliquant le Parlement

Au cours du mois de décembre, la stratégie vaccinale du gouvernement "sera présentée au Parlement", a annoncé le Premier ministre. L'objectif, selon Jean Castex, est que "toute la transparence, toute la pédagogie soient faites sur les décisions que nous prendrons".

Le plan de l'exécutif sera présenté "dans le cadre d'un débat prévu par l'article 50-1 de la Constitution", qui implique un vote mais n'engage pas la responsabilité du gouvernement. Ces derniers mois, l'opposition avait dénoncé à plusieurs reprises la tendance de l'exécutif à faire fi de la voix du Parlement, notamment en prenant la plupart de ses décisions lors des conseils de défense.

En créant un conseil d'orientation spécial

Le Premier ministre a officialisé jeudi la création du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, chargé d'appuyer le gouvernement. Alain Fischer, professeur d'immunologie et membre de l'Académie nationale de médecine, a été choisi pour diriger la nouvelle instance.

"Pour que cette vaccination soit efficace, il faut établir la confiance, et cette confiance ne peut pas être une injonction verticale émanant des autorités de l'Etat."

Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale

lors d'une conférence de presse

Alain Fischer a assuré vouloir travailler avec "les professionnels de santé, qui doivent être eux-mêmes convaincus par une communication transparente et complète sur l'analyse bénéfice-risque de ces vaccins, la société civile, on peut penser en particulier aux associations de patients atteints de maladies chroniques". Le directeur de recherche à l'Inserm et de l'institut des maladies génétiques Imagine a également mentionné les chercheurs "spécialistes de l'hésitation vaccinale, qui sont susceptibles d'apporter des propositions sur la meilleure façon de communiquer et par ailleurs de faciliter la vaccination".

En faisant appel à l'altruisme des Français

Selon Jean Castex, "il faut que nous soyons le plus nombreux possible à nous faire vacciner". "Se faire vacciner, c'est se protéger face à un virus dont nous connaissons maintenant la dangerosité et la contagiosité", a-t-il fait valoir.

"Se faire vacciner, c'est aussi protéger les autres. C'est un acte altruiste."

Jean Castex, Premier ministre

lors d'une conférence de presse

Reste à savoir si tous ces éléments suffiront à rassurer les Français. D'autant que les données manquent, a souligné, jeudi, sur franceinfo Luc Duquesnel, président de la branche des généralistes de la Confédération des syndicats médicaux français. "Pour que l'on puisse convaincre nos patients de se faire vacciner, mais aussi pour nous faire vacciner nous-mêmes, on devra avoir confiance et donc on devra avoir ces données scientifiques que nous n'avons pas encore aujourd'hui et que l'on devrait avoir dans les prochaines semaines", a-t-il déclaré.

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