Coronavirus : pourquoi deux semaines supplémentaires de confinement pourraient ne pas suffire à endiguer l'épidémie

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé, vendredi, le prolongement de quinze jours de la période de confinement en France, soit jusqu'au 15 avril. Mais il existe de fortes chances que cette période soit à nouveau prolongée.

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A Marseille, pendant le confinement, le 26 mars 2020.  (LAURENT LE CRABE / HANS LUCAS / AFP)

Deux semaines supplémentaires, "minimum". Suivant les recommandations du Conseil scientifique, le gouvernement a annoncé, vendredi 27 mars, la prolongation du confinement pour quinze jours, alors que 299 décès avaient été enregistrés pendant les dernières vingt-quatre heures, portant le nombre total de victimes en milieu hospitalier à 1 995.

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Le Premier ministre, Edouard Philippe, a par ailleurs rappelé que les spécialistes estimaient qu'au total, au moins six semaines de confinement étaient nécessaires pour endiguer l'épidémie de Covid-19.

Parce que les premiers effets ne sont pas encore visibles 

"Nous sommes encore au début de la vague épidémique", a justifié Edouard Philippe vendredi. En effet, "on devrait voir les effets du confinement dans les quinze jours qui viennent", a estimé samedi sur franceinfo le virologue Bruno Lina, membre du Conseil scientifique créé par l’Elysée. Selon lui, "les quinze premiers jours étaient ceux sur lesquels il était encore trop tôt pour voir l’effet du confinement. Il était donc important d’aller au-delà", a-t-il jugé, estimant qu’on "ne peut pas faire moins" de quinze jours de prolongation.

Pour le responsable du Centre national de référence des virus des infections respiratoires aux hospices civils de Lyon (HCL), "le marqueur le plus important à suivre est celui des patients admis en réanimation". S'il est compliqué de compter de façon exhaustive les décès et le nombre de cas, certains n'intervenant pas à l'hôpital ou n'étant pas testés, "on sait à peu près quelle proportion de personnes infectées représentent les patients qui sont en réanimation." 

"On surveille donc de très près ce marqueur, de façon à ce qu’on puisse éventuellement voir une décroissance, qui serait un très bon signe." Or on en est loin pour le moment. Cette baisse ne peut pas intervenir durant les deux, voire les trois premières semaines de confinement : "On sait que, malheureusement, le séjour en réanimation des patients peut durer en moyenne, sur certaines formes, au-delà de deux semaines".

Parce que c'est la seule stratégie possible actuellement en France

"Le confinement est actuellement la seule stratégie réellement opérationnelle, l’alternative d’une politique de dépistage à grande échelle et d’isolement des personnes détectées n’étant pas pour l’instant réalisable à l’échelle nationale. Le confinement doit être strictement mis en œuvre et bénéficier d’une large adhésion de la population, comme ceci semble être le cas", indique le Conseil scientifique, dans son avis du 23 mars, disponible sur le site du ministère de la Santé

Pour le moment, aucun vaccin ni traitement contre le Covid-19 n'a été validé. Quant à une mise en quarantaine des personnes contaminées, qu'elles soient effectivement malades ou porteuses saines, elle n'est logistiquement pas possible puisque nous ne disposons pas de suffisamment de tests pour un dépistage massif à l'échelle nationale. 

Parce que le pic épidémique n'est pas encore atteint

"La vague épidémique qui déferle sur la France (...) est une vague extrêmement élevée et elle soumet l'ensemble du système de soins, l'ensemble du système hospitalier, à une tension redoutable", a insisté le Premier ministre. Etant donné que le pic épidémique n'est pas encore passé, les arrivées aux services de réanimation augmentent de jour en jour. Logiquement, si le confinement est respecté, le nombre de cas devrait cesser de croître à un moment, et le courbe épidémique s'aplanira. 

En Ile-de-France, "on pousse les murs partout pour accueillir le plus possible ces patients en réanimation [mais] il va falloir trouver des solutions", a averti auprès de l'AFP le professeur Bruno Riou, directeur médical de crise de l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) en appelant à de nouvelles évacuations. En Seine-Saint-Denis, les services de réanimation sont déjà plein. "Tous les jours, on ouvre des lits et tous les jours, ça se remplit", a confirmé, toujours auprès de l'AFP, Elie Azoulay, chef-adjoint du service de réanimation de l'hôpital Saint-Louis, un établissement passé de 20 à 50 lits de réanimation.

Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a annoncé, le 27 mars, une première évacuation dans le courant du week-end d'une quinzaine de patients en réanimation vers les établissements de la région Centre-Val de Loire. Il s'agit de soulager en particulier les hôpitaux de la grande couronne parisienne – même si, a-t-il précisé, "il y a encore des lits disponibles ce week-end" dans et autour de Paris : "L'Ile-de-France n'est pas saturée à ce stade" mais "on se met en situation d'anticipation", a-t-il insisté.

Ainsi, dans le Grand Est, un des principaux foyers de la maladie en France métropolitaine, un avion militaire a réalisé une nouvelle évacuation de six malades de Mulhouse vers Bordeaux. La veille, un transfert inédit par TGV médicalisé de patients vers le Centre et l'Ouest du pays, moins touchés, avait été effectué. D'autres évacuations seront conduites prochainement depuis la Bourgogne-Franche-Comté.

Parce qu'il y a un risque de seconde vague 

"Nous prévoyons que la transmission rebondisse rapidement si ces mesures sont relâchées", a estimé auprès de franceinfo un porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé. Il appelle à "rester vigilant même si le nombre de nouveaux cas annoncés diminue" car "il est beaucoup trop tôt pour dire que cette épidémie est maîtrisée".

Les villes chinoises les plus touchées sortent à peine de deux mois de confinement total. Et si les nouveaux cas locaux sont de plus en plus rares voire inexistants, les voyageurs de retour de l'étranger représentent un risque pour le pays, qui pourrait avoir à subir une seconde vague de contaminations. Et tous les Français bloqués à l'étranger ne sont pas encore rentrés.

Pour ressentir les effets du confinement à plus long terme, "il serait nécessaire d'appliquer par intermittence pendant de longs mois ces différentes mesures, allant de l'isolement de cas à la distanciation sociale, en passant par la fermeture d'écoles", selon une étude de Neil Ferguson, épidémiologiste à l'Imperial College de Londres, décryptée par le Huffington Post. "Au moindre signe de retour d'un pic épidémique, des fermetures et des confinements devraient être à nouveau mis en place pour, encore une fois, endiguer la progression de l'épidémie, explique le site, en attendant d'avoir un vaccin pour en finir véritablement avec le nouveau coronavirus."

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