Coronavirus : la qualité de l'air en France s'est-elle améliorée depuis le début du confinement ?

Les différents organismes de surveillance de la qualité de l'air ont enregistré des améliorations depuis le début du confinement lié à l'épidémie de coronavirus, pourtant cela ne suffira pas.

Article rédigé par
Manon Mella - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Une vue aérienne de Paris, le 17 septembre 2019. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le 2 mars, la NASA publiait des images spectaculaires de la Chine montrant une baisse très importante de la pollution au dioxyde d’azote entre le mois de janvier et de février. Ce gaz polluant est émis par les véhicules et les activités industrielles. En France, le confinement lié à la pandémie de coronavirus a également eu un impact sur l'environnement. La Cellule Vrai du faux de franceinfo vous explique.

Baisse de la pollution au dioxyde d’azote

Le 27 mars, l’agence spatiale européenne a publié des images satellites qui montrent une forte réduction des concentrations de dioxyde d’azote au-dessus de grandes villes comme Paris, ou encore Madrid. Elles comparent les concentrations en dioxyde d’azote du 14 au 25 mars 2020 à la moyenne mensuelle des concentrations en mars 2019. "Ces images sont frappantes, car elles illustrent à quel point les activités humaines ont un impact sur la qualité de l’air que nous respirons", souligne dans un communiqué Carole Deniel, responsable des programmes Atmosphère et climat du Centre national d'études spatiales (Cnes).

Concentrations en dioxyde d’azote au-dessus de la France. (COPERNICUS SENTINEL DATA (2019-20) TRAITEES PAR KNMI/ESA)

D’après les données mesurées par l'association de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France, Airparif, une baisse supérieure à 60% des émissions d’oxydes d’azote a été constatée en Île-de-France à partir du 18 mars, soit le lendemain du début du confinement. Alors que dans le même temps, le trafic routier a fortement diminué : de -80% à -90% en Île-de-France, -70% dans le Grand Est, -60% dans la métropole lyonnaise et -50% en Bretagne selon la Fédération des associations de surveillance de la qualité de l'air, Atmo-France. En Île-de-France, d'après Airparif, la qualité de l’air s’est améliorée de 20% à 30%, selon les conditions météorologiques rencontrées entre le 17 et le 20 mars. L’association de surveillance de la qualité de l’air confirme qu'il s'agit d'"une situation inédite en 40 ans de mesure dans la région".

Des particules fines toujours présentes

Si le confinement a eu un effet positif sur la pollution au dioxyde d’azote, peu d’impact a été constaté sur les particules fines. Les conditions météorologiques printanières des premiers jours de confinement conjuguées au maintien de certaines activités, comme le chauffage, n’ont pas permis de faire baisser significativement les niveaux de particules, explique Charlotte Lepitre. Selon la responsable de projet chez Atmo France, le réseau national des Associations de surveillance de la qualité de l’air, "globalement la qualité de l’air s’améliore, mais malheureusement le retour de températures plus élevées lors de la première semaine de confinement n’a pas permis de faire baisser significativement les niveaux de particules fines".

Dans certaines régions les concentrations de particules fines ont même augmentées depuis le confinement. C’est le cas de la région Pays de la Loire "en raison de l’apparition de conditions anticycloniques défavorables à la dispersion des polluants liés aux épandages et au chauffage au bois", explique Air Pays de la Loire, en charge de la qualité de l’air dans la région. En revanche, précise Charlotte Lepitre, "à la fin de la première semaine de confinement, avec le retour des pluies et du vent, on a pu observer dans certaines régions un effet positif sur les particules fines", c’est le cas en Martinique par exemple. Réduire le trafic routier et les activités industrielles n’est donc pas suffisant pour améliorer la qualité de l’air qui est respirée. Celle-ci dépend à la fois "de l’intensité des émissions polluantes et de la météorologie", explique Airparif sur son site.

Des effets temporaires sans impact sur le long terme

Si des améliorations sont constatées, "ce n'est pas une diminution temporaire des émissions qui compte, mais une diminution continue et durable", explique Christophe Cassou, à franceinfo. Le climatologue, directeur de recherche au CNRS, met en garde contre un risque "très grand" de rebond des émissions de gaz polluants après la crise : "L'histoire des crises économiques qui ont conduit à une réduction des émissions mondiales de CO2 montre que celles-ci ont toujours été suivies d'un regain des émissions après environ deux ans."

En Chine, la pollution au dioxyde d’azote est déjà repartie à la hausse depuis le 15 mars, selon le Financial Times qui se base sur des données de la NASA : "Les données récentes montrent que les niveaux de pollution remontent lentement, mêmes s’ils sont encore beaucoup plus faibles qu’avant le confinement", précise le quotidien économique britannique. Pour le directeur de recherche du CNRS Christophe Cassou c’est une certitude, "nous allons devoir de toute façon reconstruire" et cela "serait une folie de repartir sur les mêmes bases".

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