Coronavirus : "Il faut attendre au moins fin mai" pour faire un premier bilan du déconfinement, estiment des médecins

Que ce soit à Mulhouse, à Paris ou à Limoges, les médecins généralistes et hospitaliers expliquent auprès de franceinfo qu'il est encore "trop tôt" pour déceler les éventuelles conséquences de la levée progressive du confinement en France.

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Une patiente auscultée par sa médecin généraliste, le 30 mars 2020, à Roanne (Loire). (VERONIQUE POPINET / HANS LUCAS)

Trois la semaine dernière, trois cette semaine... Dans son cabinet de la rue Fenelon à Mulhouse (Haut-Rhin), le docteur Patrick Vogt teste désormais "chaque patient qui ressent quelque chose. Un mal de ventre, un petit rhume, des douleurs abdominales...". Mais pour le moment, "RAS", "ils étaient tous négatifs." "Je ne constate pas le moindre signe d'une reprise de l'épidémie de coronavirus", assure le médecin généraliste. A l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis), à 500 kilomètres de là, "pas de frémissement" non plus à l'horizon. Circulez, il n'y a plus rien à voir ? "Alors surtout pas !, se permet de couper Olivier Bouchaud, le chef du service des maladies infectieuses de l'établissement francilien. On ne peut pas encore crier victoire et dire que c'est derrière nous."

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Dit autrement : dix jours après la levée progressive du confinement en France, il est "encore trop tôt" pour évaluer "de manière pertinente" la situation sanitaire du pays. Et ce, même si le nombre de malades en réanimation est repassé sous les 2 000 pour la première fois depuis le 22 mars, selon le bilan quotidien donné par la Direction générale de la santé, lundi 18 mai. Il faut donc... attendre. "Il faut attendre au moins fin mai", vise Olivier Bouchaud. Patrick Vogt table davantage sur "fin mai, début juin". "En tout cas rien avant fin mai", prévoit de son côté le docteur Jean-Christophe Nogrette, qui exerce près de Limoges (Haute-Vienne), région jusque-là très épargnée.  

Ce n'est pas juste une date que l'on pose dans un calendrier. C'est beaucoup plus complexe.

Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Avicenne de Bobigny

à franceinfo

Si hausse de la transmission du virus il y a, elle ne sera observable que dans quelques jours. Et ce, pour une première bonne raison : la durée d'incubation. "Elle est très, très variable, rappelle le docteur Nogrette à franceinfo. Elle peut durer cinq jours, six jours, sept jours. Mais elle peut, de manière plus rare, durer quinze jours. Donc, faites le calcul avec une personne qui aurait été contaminée mi-mai, après le déconfinement."

Autre élément à prendre en compte : le respect des règles sanitaires mises en place par les autorités, et notamment la distanciation sociale ou le port du masque, obligatoire dans certains endroits comme les transports en commun. "Sur ce point, je dirais que ça ne se passe pas si mal, convient Olivier Bouchaud. Les citoyens continuent de faire attention." Même impression à Mulhouse, ville dont le nom est désormais lié à l'apparition de l'un des principaux foyers français de la pandémie de Covid-19. "Le déconfinement se fait de manière 'soft' pour le moment, analyse Patrick Vogt. Les gens ne se sont pas précipités dans les boutiques qui ont rouvert, ils portent des masques, respectent les distances et occupent désormais plus de volume... Le bon respect de ces mesures repousse de fait la potentielle recrudescence du nombre de cas. Mais encore faut-il que ça continue..."

"Il ne faut pas tout gâcher maintenant"

Exactement ce que ne cesse de répéter le ministre de la Santé. Comme le 12 mai,  lors d'une visite dans le Val-de-Marne. Sans vouloir "culpabiliser", "sanctionner" ou "punir", Olivier Véran estime que la réussite du déconfinement dépend des "efforts de tous et de chacun. Cet effort, les Français ont montré, semaine après semaine, qu’ils étaient capables de l'accomplir, il ne faut pas tout gâcher maintenant".

Il peut y avoir une partie des gens qui aspirent à retrouver une vie la plus normale possible, et c'est un piège.

Olivier Véran, ministre de la Santé

aux journalistes

Depuis le début du déconfinement"nous avons fait plus de 200 000 contrôles par rapport à la règle des 100 kilomètres, qui ont donné lieu à 950 PV", a d'ailleurs indiqué le secrétaire d'Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, mardi 19 mai. Il y aura une mobilisation forte des forces de l'ordre, non pas pour embêter les Français mais pour s'assurer que cette règle est respectée, ce qui permet d'éviter la propagation du virus dans une période sanitaire un peu fragile."

Preuve que les prochaines semaines vont être "importantes", comme ne cesse de le répéter Olivier Bouchaud, de l'hôpital Avicenne. "L'apparition récente de nouveaux clusters, notamment dans les abattoirs, est le signe que le virus circule toujours. Si on commence à découvrir deux clusters en Bretagne demain, puis deux autres jeudi, puis deux autres vendredi, là ce sera très, très sérieux. Ce serait le signe d'un rallumage. Exactement ce qu'il ne faut pas."

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