Coronavirus : ce que l'on sait de la mort de 55 résidents d'un hôpital gériatrique dans le Rhône

Le virus s'est infiltré sur le site d'Albigny-sur-Saône du centre hospitalier gériatrique du Mont d'Or.

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Le Centre hospitalier gériatrique du Mont d'Or à Albigny-sur-Saône (Rhône), le 26 mars 2020.
 (FRANCE 3 RHONE-ALPES / ARNAUD JACQUES)

Un lourd bilan. Au centre hospitalier gériatrique du Mont d'Or, à Albigny-sur-Saône (Rhône), 68 patients âgés de 75 à 100 ans sont morts, dont 55 du Covid-19, ces six dernières semaines, rapportent franceinfo et France Bleu Saint-Etienne Loire. Comment expliquer une telle propagation du coronavirus dans cet établissement ? Voici ce que l'on sait.

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Les décès sont concentrés sur un site

Cet établissement public, qui reçoit exclusivement des personnes de plus de 60 ans, est l'un des plus importants de la région Auvergne‐Rhône‐Alpes dans sa catégorie. Le centre hospitalier gériatrique (CHG) du Mont d'Or a une capacité de 633 lits, dont 352 en Ehpad, ce qui en fait le deuxième hôpital gériatrique de la métropole de Lyon.

Il emploie 1 000 salariés, dont 800 soignants, et il est réparti sur deux sites à 6 km de distance : l'un à Chasselay, l'autre à Albigny-sur-Saône, à une quinzaine de kilomètres de Lyon. C'est sur ce deuxième site que la quasi totalité des décès a été constatée.

Le premier cas est apparu au début du confinement

Le 16 mars, veille du début du confinement en France, aucun malade du Covid-19 n'avait été détecté dans l'établissement. Le premier cas est apparu lors de la première semaine. La deuxième semaine, sept résidents étaient contaminés, puis 13 lors de la troisième, 17 patients la quatrième, 14 la cinquième et, enfin, trois nouveaux cas cette dernière semaine. L'épidémie a connu un pic entre la quatrième et la sixième semaine de confinement, avec pas moins de 44 morts à déplorer. Le nombre exact d'agents contaminés au sein de l'établissement, lui, n'est pas connu. Il y aurait une centaine de suspicions, précise le maire d'Albigny-sur-Saône, Jean-Paul Colin, dans Le Progrès.

Si le virus s'est infiltré dans le centre gériatrique, il ne s'est pas répandu parmi les habitants d'Albigny, puisqu'un seul cas mortel de Covid-19 est à déplorer dans ce bourg de 3 000 habitants.

Le centre gériatrique est classé comme cluster

L'établissement a rapidement été considéré comme un cluster épidémique et a dû appliquer de nouvelles règles à partir de la deuxième semaine de confinement. "Nous mettons en place des gestes barrières supplémentaires et une organisation supplémentaire", détaillait auprès de France 3, le 26 mars, Charles Dadon, directeur du CHG. Les patients présentant des symptômes du Covid-19 ont été automatiquement testés, les visites interdites, le service ambulatoire fermé. Si l'état du malade permet de le transporter, il est transféré vers le Groupement hospitalier Nord des Hospices civils de Lyon. L'ensemble des mesures prises sur place n'ont pas empêché le Covid‐19 de circuler.

Une pénurie de masques et de matériel 

Dans l'article de France 3, Charles Dadon évoque des "soignants en scaphandre avec des blouses, surblouses, masques FFP2 et gants" et du matériel pour "cinq semaines". Mais, comme le relève le média d'investigation local Mediacités (article abonnés), la direction du centre a lancé un appel aux dons le lendemain dans Le Progrès

Le personnel et le maire d'Albigny dénoncent, eux, une pénurie de matériel face à l'épidémie. "Il aurait fallu un équipement permanent il y a trois semaines", souffle une infirmière dans les colonnes de Mediacités, se disant persuadée que c'est un "porteur sain", un travailleur asymptomatique, qui a ramené le virus à l'hôpital. "Et une fois qu'il est là, c'est trop tard."

Au plus fort de la crise, "on a dû transformer des sacs plastique en blouses médicales", s'insurge sur franceinfo Jean-Paul Colin, qui préside aussi l'hôpital. "Au début, je leur ai donné 2 500 masques qui restaient à la mairie depuis la grippe H1N1, la semaine suivante, ils en ont eu 50, puis 500 ensuite. Mais il en faudrait dix fois plus", ajoute-t-il dans Le Progrès

L'élu salue le courage du personnel qui a fait face pendant ces six semaines dramatiques. 

Un bilan proportionnellement pas plus élevé que dans d'autres Ehpad

Si le bilan est lourd, il est à mettre en regard du nombre total de résidents de l'Ehpad, soit 352. Comme le souligne Le Progrès, les 55 décès représentent ainsi 16% des résidents. Selon le quotidien, d'autres Ehpad du département du Rhône ont été davantage touchés proportionnellement, en particulier l'Ehpad Les Aurélias à Pollionnay, où 28 résidents sur 80 étaient morts le 10 avril, soit 35% de ses résidents, sans que la part du Covid-19 dans ces décès ait pu être établie.

Au sein de l'Ehpad Jardin des Plantes, à Paris, 21 résidents sur 83 sont morts entre le 1er mars et le 7 avril, ce qui représente à peu près la même proportion. L'Ehpad Le Couarôge de Cornimont, dans les Vosges, a pour sa part connu 25 décès depuis le début de l'épidémie, sur 160 résidents, soit autour de 15% des pensionnaires, comme à Albigny. Au total, 9 225 résidents d'établissements sociaux et médico-sociaux ont perdu la vie à cause du coronavirus, selon les données de Santé publique France arrêtées au 1er mai. 

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