Ce que l'on sait sur le cas du patient atteint du Covid-19 en France dès le mois de décembre 2019

Deux tests réalisés a posteriori à partir des prélèvements effectués sur un patient hospitalisé à Bondy fin décembre montrent que celui-ci était atteint du Covid-19.

L\'entrée de l\'hôpital Jean-Verdier de Bondy (Seine-Saint-Denis), le 8 novembre 2018. Un patient hospitalisé pour une pneumonie le 27 décembre 2019 y a été dépisté positif au Covid-19 a posteriori.
L'entrée de l'hôpital Jean-Verdier de Bondy (Seine-Saint-Denis), le 8 novembre 2018. Un patient hospitalisé pour une pneumonie le 27 décembre 2019 y a été dépisté positif au Covid-19 a posteriori. (MAXPPP)

Le Covid-19 a commencé à circuler en France bien plus tôt que nous l'imaginions jusqu'à présent. L'hypothèse prend de l'épaisseur après l'officialisation, dimanche 3 mai, de la découverte d'un patient dépisté a posteriori positif au nouveau coronavirus lors de son hospitalisation à Bondy (Seine-Saint-Denis) à la fin du mois de décembre dernier.

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Franceinfo résume ce que l'on sait à ce sujet.

Un cas dépisté lors d'analyses effectuées a posteriori

Invité dimanche de franceinfo, le professeur Yves Cohen, chef du service réanimation des hopitaux Avicenne de Bobigny et Jean-Verdier de Bondy, explique cette découverte, dont les détails seront publiés cette semaine dans une revue médicale spécialisée. 

Ce spécialiste détaille que, sur l'initiative d'un de ses confrères, ses équipes ont fait de nouvelles analyses sur des prélévements effectués auprès d'une cinquantaine de patients hospitalisés pour des pneumonies dans ses services en décembre et janvier dernier.

"24% des patients que nous avons testés avaient une histoire qui pouvaient correspondre à celle du Covid-19, explique Yves Cohen. Nous avons refait les tests PCR qu'ils avaient eu pour la recherche d'un autre diagnostic pour tenter de trouver des traces de coronavirus. Et sur ces 14 patients, il y en a un qui a été testé positif." Le professeur indique que les prélèvements du cas suspect ont été analysés à deux reprises à l'aide de tests biologiques PCR afin d'éviter les erreurs. "Et les deux fois, ça s'est révélé positif."

"Des prélèvements de PCR sur un patient montrent bien qu'il a développé un Covid. Nous avons bien eu un premier cas en France dès le 27 décembre. Ces prélèvements PCR dans les poumons avaient été gardés et on a pu les réanalyser", ajoute dans les colonnes du Parisien le docteur Olivier Bouchaud, infectiologue à l'hôpital Avicenne

Un homme d'une cinquantaine d'années, guéri aujourd'hui 

Admis à l'hôpital Jean-Verdier de Bondy à la fin du mois de décembre, l'homme identifié a posteriori comme positif au nouveau coronavirus est âgé d'une cinquantaine d'années. Dans son dossier se trouvait un scanner "qui montrait des signes qui pouvaient totalement être en lien avec le Covid-19, tout comme une biologie très inflammatoire, qui correspondrait avec le virus", précise le chef du service réanimation des hôpitaux Avicenne et Jean-Verdier.

"On a rappelé ce patient, afin qu'il nous explique comment il était possible qu'il soit diagnostiqué Covid-19", poursuit le soignant. Celui-ci a raconté aux équipes médicales qu'il ne travaillait pas et qu'il n'avait pas effectué de voyage dans une des zones où la circulation du virus était à l'époque vive. Il a ajouté que ses "deux enfants [avaient] eu la même infection", mais pas son épouse. Tous sont désormais guéris et se portent bien.

Un cas difficile à qualifier de "patient zéro"

Ce quinquagénaire pourrait-il être le "patient zéro", celui par qui le virus se serait introduit sur le territoire ? Ce n'est pas l'hypothèse des équipes de l'hôpital Avicenne. Celles-ci soupçonnent que l'épouse de ce patient ait été contaminée sur son lieu de travail, un supermarché, et qu'elle ait "transmis le coronavirus de façon asymptomatique à son mari et à ses enfants", précise Yves Cohen. 

"On en déduit de cette expérience que le Covid-19 était déjà en France en décembre, puisque le premier patient qu'on a retrouvé positif date du 27 décembre. On ne peut pas aller plus loin", ajoute le spécialiste, qui réclame désormais "à une instance plus importante de faire faire une enquête épidémiologique" pour remonter la piste de sa contamination.

Cette découverte remet en tout cas en question ce que les autorités de santé pensaient sur l'arrivée du Sars-CoV-2 en France. Jusqu'à présent, les premiers cas officiellement recensés dataient du 24 janvier. Il s'agissait d'un homme d'origine chinoise et de deux touristes ayant séjourné à Wuhan, le foyer d'origine de l'épidémie, qui avaient été admis au CHU de Bordeaux ainsi qu'à l'hôpital Bichat à Paris. 

"Cela suggère que le virus circulait plus tôt que prévu sur le territoire français, dès la fin décembre. Ce n'est pas étonnant, lorsque l'on sait que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré qu'il circulait en Chine dès le 8 décembre, au moins. Avec la multiplication des voyages, il est normal que le virus soit apparu rapidement en France", indique au Parisien Olivier Bouchaud.