Turquie : Recep Tayip Erdogan l’opportuniste

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan, en quête de soutien pour faire face à la grave crise financière qui secoue son pays, se rend ce jeudi en Arabie Saoudite pour la première fois depuis l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018 à Istanbul.

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Radio France
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan, le 11 mars 2022 (MUSTAFA KAMACI / TURKISH PRESIDENTIAL PRESS SERVICE / AFP)

Recep Tayip Erdogan entame jeudi 28 avril une visite officielle de deux jours en Arabie saoudite qui signe la fin de la brouille entre Ankara et Riyad après l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018. Preuve éclatante de l'opportunisme et du pragmatisme diplomatique du président turc. Ce voyage de réconciliation était attendu, depuis que la justice turque a décidé d'enterrer le dossier Khashoggi en le transférant en Arabie saoudite. Symboliquement, pour tourner cette page sanglante, la visite d'Erdogan à Riyad intervient deux jours avant la fin du Ramadan et de l’aïd El-Fitr.

Le président turc a besoin des pétrodollars de l'Arabie saoudite et des autres monarchies du Golfe pour renflouer une économie turque en grande difficulté. Erdogan s'est d'ailleurs aussi rabiboché récemment avec les Émirats arabes unis, très hostiles à la politique turque de promotion de l'islam politique. Alors que plusieurs pays arabes comme l'Égypte, la Jordanie ou encore les Émirats ont déjà renoué leurs relations avec la Syrie de Bachar Al-Assad, le président turc pourrait, lui aussi, à terme suivre cette voie et normaliser sa relation avec Damas. Ce serait alors le point d'aboutissement du rapprochement entre la Turquie et le monde arabe. Un mariage de raison plus que d'amour évidemment.

Erdogan joue sur tous les tableaux 

Non seulement, le président turc est opportuniste mais il est aussi un équilibriste. Il a condamné l'invasion militaire de Moscou en Ukraine et a ordonné la fermeture du détroit du Bosphore à la marine de guerre russe. La Turquie est un membre clé de l'OTAN, deuxième armée de l'organisation, après celle des États-Unis.  

Et en même temps, on apprend qu'Ankara compte poursuivre l'acquisition du système de défense anti-missile russe S-400, malgré son appartenance à l'Alliance atlantique. Au fond, Erdogan n'a pas l'intention de rompre avec Vladimir Poutine, avec qui il entretient une fausse rivalité sur plusieurs dossiers régionaux comme en Syrie ou en Libye. Ce n'est pas un hasard si Ankara a proposé dès le début sa médiation entre Russes et Ukrainiens. Les premières rencontres diplomatiques entre le deux parties après le déclenchement de la guerre ont eu lieu début mars dans la station balnéaire d'Antalya sur la côte méditerranéenne. Une façon pour Erdogan d'être gagnant à tous les coups... et ce quel que soit l'issue de la guerre en Ukraine.

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