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En Chine, la journaliste Zhang Zhan, lanceuse d’alerte de la pandémie, toujours en prison deux ans après sa condamnation

Zhang Zhan a été l’une des premières à lancer l’alerte sur la pandémie de Covid en février 2020. Et c’est pour ce motif qu’elle est incarcérée pour quatre ans. Elle a été condamnée il y a exactement deux ans.
Article rédigé par France Info, Jean-Marc Four
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Un militant pro-démocratie brandit une pancarte en faveur de la journaliste Zhang Zhan. (MIGUEL CANDELA / EPA)

Il ne fait pas bon enquêter pour connaître la vérité en Chine. Zhang Zhan en fait les frais. Dès le début de la pandémie de Covid-19, cette femme de 39 ans, avocate de formation, se rend à Wuhan, où le virus est apparu. Elle veut raconter ce qui se passe. En trois mois, entre février et mai 2020, elle tourne 122 vidéos, postées sur les réseaux sociaux. Des images tournées devant l’institut de virologie, les hôpitaux, les crématoriums. Les vidéos sont souvent de qualité sommaire, mais peu importe : Zhang Zhan veut témoigner. Elle raconte la propagation du virus, la censure des autorités chinoises, les pressions sur les familles de malades.

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En mai 2020, ç’en est trop pour le pouvoir. La journaliste est arrêtée, elle disparaît totalement pendant un mois. Avant de réapparaître en détention préventive. Elle va y passer six mois. Le 28 décembre 2020, elle est condamnée à quatre ans de prison pour "troubles à l’ordre public et diffusion de fausses informations". Voilà donc aujourd’hui deux ans révolus, deux ans et demi avec la préventive, que Zhang Zhan est en prison. Amnesty International et Reporters sans Frontières réclament une nouvelle fois sa libération.

Grève de la faim et santé précaire

Qui plus est, Zhang Zhan est en mauvaise santé. Elle a entamé une grève de la faim dès le début de sa détention. Elle était apparue très affaiblie lors de son procès, contrainte de se déplacer en chaise roulante. L’an dernier, son poids est descendu à 41 kilos, c’est très peu vu qu’elle mesure 1m77. Depuis les nouvelles sont rares et parcellaires. Mi-décembre, son frère a publié sur Twitter des extraits d’une lettre qu’il a reçue d’elle et qui date de fin octobre.

La santé de la journaliste demeure précaire. Selon son avocat, elle souffre de maux de tête et d’éblouissements et elle est probablement nourrie par sonde nasale. Sa famille est donc très inquiète sur la capacité de Zhang Zhan à surmonter les 18 mois de détention qu’elle doit encore purger.  

120 journalistes emprisonnés

Sa situation peut sembler paradoxale au moment où le régime communiste lève subitement toutes les restrictions anti-Covid. Mais pour le pouvoir chinois, le sujet est ailleurs : il s’agit de garder le contrôle sur toute information. La Chine demeure la plus grande prison au monde pour les journalistes : 120 de nos confrères y sont incarcérés. La Chine arrive au 175e rang sur 180 dans le classement annuel de la liberté de la presse de Reporters sans Frontières. Certains sujets sont totalement censurés : le Tibet, la situation des Ouïghours au Xinjiang, et donc la pandémie. Plusieurs de ces journalistes incarcérés le sont d’ailleurs pour avoir divulgué des informations sur le virus ou critiqué la gestion de la pandémie par le pouvoir. Par exemple, Ren Zhiqiang a été condamné lui à 18 ans de prison, officiellement pour "corruption". En fait, Pékin a profité de la pandémie pour renforcer son contrôle sur la presse et faire taire toutes les voix critiques.  

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