En Afghanistan, le groupe État Islamique multiplie les attentats depuis le retour au pouvoir des talibans

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Une mosquée chiite a été visée vendredi par le groupe État Islamique dans le nord de l'Afghanistan. Cet attentat suicide qui a fait plus de 60 morts est le dernier en date d'une longue série d'attaques.

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Radio France
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Des talibans enquêtent à l'intérieur d'une mosquée après l'attentat suicide à Kunduz, le 8 octobre 2021. (- / AFP)

Le groupe État Islamique a lancé contre le régime taliban une campagne d'attentats sur l’exact modus operandi que les talibans eux-mêmes employaient il y a encore quelques mois. Depuis qu'ils ont pris Kaboul et qu'ils règnent sur la totalité du pays, les talibans ont en effet subi près d'une trentaine d'attaques ou d'attentats, tous revendiqués par le groupe État Islamique au Khorasan, du nom de l’ancienne province d’Asie Centrale, la franchise locale de Daech. L'attaque la plus meurtrière a visé les foules se pressant sur l'aéroport de Kaboul pour embarquer sur l’un des appareils du pont aérien : il y a eu plus de 100 morts dont 13 américains dans un attentat suicide le 26 août. Vendredi 8 octobre, c'est une mosquée chiite qui a été visée à Kunduz, dans le nord du pays juste à la sortie de la grande prière du vendredi. L'attentat-suicide a fait plus de soixante morts ! Et durant les dernières semaines, les attaques à l'aide de pièges ou de bombes magnétiques cachées sous des véhicules se sont multipliées. Les mêmes méthodes étaient encore employées il y a six mois par les talibans contre le gouvernement afghan.

Des différences entre les deux groupes

Les talibans ont toujours été et demeurent une force d'insurrection spécifiquement afghane et promeuvent un jihad qui se limite aux frontières de l'afghanistan. Une fois le pays conquis, le jihad doit s'arrêter et c'est bien d'ailleurs ce que les talibans ont promis à la population afghane : avec leur arrivée au pouvoir commencera "un règne de paix". Au contraire, Daech promeut une vision du jihad "tous azimuts", et qui doit se poursuivre tant que le califat mondial n’est pas établi. Pour lui, en renonçant au jihad, les talibans font preuve d’apostasie. Quant aux combattants du groupe État Islamique au Khorasan, ils ne sont pas forcément afghans, son chef actuel Shahab al-Muhajir serait même irakien. Selon un rapport de l'ONU datant de juin près de 8000 à 10 000 jihadistes venus du Moyen-Orient du Caucase et d'Asie centrale auraient rejoint l'Afghanistan ces derniers mois. Une partie d’entre eux sont certainement venus grossir les rangs du groupe État Islamique.  

Pour autant, celui-ci ne dispose pas véritablement des moyens militaires suffisants pour déstabiliser l'Émirat taliban d'Afghanistan. Forts de quelques milliers d'hommes au maximum, peut-être 4000, le groupe État Islamique au Khorasan ne peut rivaliser avec les 100 000 combattants talibans. Il lui serait difficile par exemple de se saisir d'une portion du territoire afghan, de prendre une ville ou une province et de s’y maintenir. En revanche l'organisation est parfaitement en mesure de poursuivre sa campagne d'attentats, laquelle ruine les prétentions des talibans à instituer un régime de paix dans le pays. Et pour pousser le paradoxe jusqu'au bout, c'est maintenant au nouveau ministre de l'Intérieur taliban, Sirajuddin Haqqani, considéré depuis 20 ans comme l'un des principaux chefs terroristes talibans, de monter aujourd'hui une campagne de contre-terrorisme, pour en finir avec les attentats du groupe État Islamique.

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