Au Mali, une enquête sur de possibles "exactions" de militaires maliens et de mercenaires russes

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Des témoignages font état d'un grand nombre de victimes civiles et de l'implication du groupe russe Wagner dans le pays. Les Casques bleus basés à une cinquantaine de kilomètres ne sont pas intervenus.

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Radio France
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Des militaires maliens défilent devant les chefs du gouvernement de transition lors d'une cérémonie célébrant la fête nationale de l'armée, à Kati, le 20 janvier 2022. (FLORENT VERGNES / AFP)

La France réclame une enquête sur un raid menée contre des terroristes islamistes du 23 au 31 mars dans le centre du Mali, qui s'est soldé par la mort de plusieurs centaines de personnes. Les forces armées maliennes (les FAMa) disent avoir tué "203 combattants" au cours de l'opération qui a duré plus d'une semaine.

Mais le bilan pourrait être beaucoup plus lourd. Les témoignages des villageois de Moura, dans la zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina) ne laissent guère de doute sur ce qui s'est passé. L'agglomération est contrôlée par la Katiba Macina, appartenant au groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, lié à Al Qaïda. Moura sert de lieu de ravitaillement et de rendez-vous aux jihadistes qui se mêlent à la population locale.

Des "spéculations diffamatoires" pour l'état-major malien

Le dimanche 27 mars, jour du marché aux bestiaux, l'opération antiterroriste menée par les forces armées maliennes et par des mercenaires blancs a commencé avec l'arrivée d'hélicoptères. Les appareils auraient ouvert le feu sur les jihadistes qui s'enfuyaient, puis ils auraient déposé des troupes au sol qui ont tiré sans distinction. Des témoins racontent des exécutions sommaires, des fosses communes, des viols, et des pillages. Autant d'exactions réfutées par l'état-major malien, qui parle de "spéculations diffamatoires".

Cette tuerie intervient à un moment où la junte au pouvoir à Bamako reprend la main sur les opérations anti-terroristes, les relations avec Paris étant devenues exécrables. Le départ du Mali des soldats français de Barkhane a commencé et le gouvernement malien veut montrer qu'il peut se passer de la France pour porter des coups aux jihadistes, au risque de tuer des civils qui se trouveraient sur le terrain.

Une enquête réclamée par la France

Le Quai d'Orsay s'inquiète de la multiplication des exactions au centre du Mali depuis le début de l'année, et de l'impunité qui les accompagne. Paris demande l'ouverture rapide d'enquêtes pour traduire en justice les auteurs de ces actes. Une façon de mettre les autorités maliennes face à la situation qu'ils ont créée, en incitant au départ des Français.

La participation de paramilitaires russes à l'opération militaire à Moura ne fait aucun doute, même si elle n'est pas mentionnée par l'état-major malien. Officiellement, le groupe Wagner se contente de former l'armée malienne.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell demande que les Casques bleus puissent enquêter. À New-York, le secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres avait déjà appelé l'armée malienne et ses partenaires à respecter leurs obligations internationales. Aux États-Unis, le Département d'Etat juge "extrêmement troublantes" les informations sur le massacre de Moura, il réclame une enquête impartiale.

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