"D’ici un mois il n’y aura plus de coronavirus" : comment certains médecins et experts se sont trompés sur la deuxième vague de Covid-19

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Retour sur un an d'informations contradictoires autour du coronavirus avec la Cellule Vrai du Faux de franceinfo. Focus sur la deuxième vague du virus.

Article rédigé par
Emilie Gautreau - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Foule dans un centre commercial à l'approche de Noël. Westfield Vélizy 2, Vélizy-Villacoublay le 12 décembre 2020 (MAGALI COHEN / HANS LUCAS)

Y aura t-il une deuxième vague du nouveau coronavirus ? Epidémiologistes et autres spécialistes se sont, au printemps comme en début d’automne, divisés sur cette question. Dès le début de l’épidémie de Covid-19, des interrogations et débats ont surgi autour du caractère saisonnier ou non de ce nouveau coronavirus et de la probabilité que ce virus disparaisse soudainement. Retour en arrière et facteurs d’explications.  

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Le président américain Donald Trump avait ainsi avancé lundi 10 février que l'épidémie de coronavirus disparaîtrait probablement en avril à cause de la chaleur. "Tout type de prédiction serait malvenue car il reste énormément d'inconnues", lui avait alors répondu Anthony Fauci, directeur de l'Institut américain des maladies infectieuses. C’est également ce qu’avaient souligné, en France, les experts interrogés par franceinfo. Il est impossible d’être catégorique sur la saisonnalité, la transmission et l’immunité concernant ce virus avait aussi expliqué, en avril, la Cellule Vrai du Faux.    

Informations contradictoires sur fond de méconnaissance de ce coronavirus spécifique   

Si plusieurs épidémiologistes se sont projetés sur une disparition progressive de ce coronavirus, c’est en partie car ils se sont basés sur la façon dont des virus similaires avaient pu évoluer par le passé.  Dans une vidéo en avril très commentée, intitulée "la leçon des épidémies courtes", Didier Raoult estimait possible que "d'ici un mois il n'y ait plus du tout de coronavirus dans les pays tempérés".  Un mois plus tard, dans une vidéo présentée comme tirant les "leçons de l’épidémie", Didier Raoult estimait que l’épidémie, à Marseille, était "en train de disparaitre", "les choses en train de s’arrêter" , et "cet épisode en train de se résoudre"

En juillet, dans un avis intitulé "se préparer maintenant pour anticiper un retour du virus à l’automne", le Conseil scientifique estimait au contraire "hautement probable qu’une seconde vague épidémique soit observée à l’automne ou à l’hiver" . "Vu la circulation du virus sur le territoire français depuis le début de l’épidémie, écrivait-il, il est attendu que l’immunité collective reste très inférieure au seuil des 50% à 70% requis pour empêcher la circulation active du virus".   

Une circulation du virus en début d’automne, niée par certains experts   

Dès l’été, les indicateurs montrant que le virus circule ont commencé à repartir à la hausse, sur fond de relâchement des mesures barrière et de tendance à se réunir en nombre en lieux clos, parfois sans précautions ni distanciation.   

Le 11 septembre, à l’issue d’un Conseil de défense consacré à la crise sanitaire, le Premier ministre Jean Castex actait "une dégradation manifeste de la situation", avec un virus circulant de plus en plus en France. "Le taux d’incidence est monté à 72 cas pour 100 000 personnes, contre 57 il y a une semaine", disait-il et "pour la première fois depuis de longues semaines, nous constatons une augmentation sensible du nombre de personnes hospitalisées".  Le lendemain, dans une note sur "la prorogation du régime transitoire institué à la sortie de l’état d’urgence sanitaire", le Conseil scientifique mettait en garde contre une "situation épidémiologique en France contrastée et préoccupante dans certaines métropoles" avec des "indicateurs nettement plus préoccupants dans certaines grandes métropoles".   

Cependant, cette circulation du virus a été niée par certains experts. Le 10 septembre dans Le Parisien, trente-cinq chercheurs appelaient à ne plus "être gouvernés par la peur".  Une semaine plus tard, sur Radio Classique, Laurent Toubiana, chercheur épidémiologiste à l'INSERM, déclarait que "la théorie de la deuxième vague est une théorie totalement folle, cette épidémie est derrière nous et la prochaine vague a une très faible probabilité d’arriver". Dans une tribune publiée fin septembre dans Mediapart, 350 scientifiques, universitaires et professionnels de santé qualifiaient eux "l'idée d'une deuxième vague d'aberration épidémiologique".    

Une deuxième vague indéniable

Un mois plus tard, fin octobre-début novembre, le taux de positivité des tests avait plus que doublé, avec une moyenne quotidienne de près de 50 000 nouveaux cas positifs et un nombre de reproduction du virus significativement au-dessus de 1, ne permettant pas un contrôle de l’épidémie, ainsi que le soulignait le site compilant et analysant des données de surveillance de l’épidémie, Covidtracker. On comptait sept fois plus de personnes hospitalisées pour Covid en France que mi-mars et le nombre de décès cumulés lié au COVID mi-décembre était quasi le double de ce qu'il était mi-juin.     

L’ensemble des indicateurs (taux d’incidence, hospitalisations, admissions en réanimation, décès à l'hôpital) a en fait augmenté jusqu'à la première semaine de novembre battant en brèche l’idée d’une deuxième vague en trompe l’œil due au seul fait qu’on teste plus qu’au printemps. Cette forte hausse a été suivie d'une décrue, puis d'un palier.      

Il y a donc bel et bien eu une deuxième vague, en France comme ailleurs en Europe. En France, elle a été plus présente que la première sur l’ensemble du territoire français, mais avec des disparités. Les régions qui avaient subi une première vague très virulente ont eu tendance à en subir une deuxième moins importante et inversement.    

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