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On arrête tout ! La Hongrie et la Pologne bloquent le plan de relance européen

Crise ouverte en Europe sur la question du budget et du plan de relance. La Pologne et la Hongrie ont tout bloqué en utilisant leur droit de veto.

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Le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Bruxelles, le 16 octobre 2020.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Bruxelles, le 16 octobre 2020. (JOHANNA GERON / POOL)

Budapest et Varsovie ont finalement mis leur menace à exécutionCe n'est pas une surprise, la menace était dans l'air, mais leurs partenaires européens ont quand même pris une belle douche froide.

Imaginez que pendant des mois – pour ne pas dire des années – vous négociez, vous vous écharpez, vous manoeuvrez, vous refaites vos calculs encore et encore et que finalement vous réussissez à accoucher d'un budget qui mette tout le monde d'accord. L'unanimité est en effet nécessaire pour l'adoption du budget de l'Union des sept ans qui viennent (2021-2027), qui se monte à plus de 1 000 milliards d'euros.

Imaginez que vos partenaires les plus radins, ceux qu'on a pudiquement appelé "les frugaux" (Pays-Bas, Autriche, Suède, Danemark), finissent par accepter de s'endetter en commun et que vous trouviez aussi un compromis pour un plan de relance historique face à la crise du coronavirus (750 milliards)...

Eh bien, c'est tout cela que la Pologne et la Hongrie viennent de bloquer, à quelques mètres de la ligne d'arrivée. Leur veto est comme un immense panneau "stop" rouge vif brandi sous le nez des ambassadeurs qui devaient, lundi 16 novembre, donner leur feu vert à tout le processus.

Respect de l'État de droit

Une condition ne passe pas : le respect de l'État de droit. C'est dans le texte : à partir de l'an prochain, les fonds européens ne seront versés qu'aux pays qui respectent l'indépendance de la justice et des médias, les droits des minorités, les libertés individuelles, etc. La Hongrie et la Pologne sont particulièrement visées en raison de leurs réformes, accusées d'être à rebours des valeurs de l’Union.

Solidaires sur cette question, car tous deux soumis à la procédure de sanction de Bruxelles ("l’article 7"), les deux pays avaient prévenu dès le printemps : ils ne soutiendraient pas une telle exigence, expliquant qu'il s'agissait d'une "atteinte à (leur) souveraineté, d'une "ingérence de Bruxelles dans (leurs) affaires intérieures". Une question de principe. "Nous n’avons pas créé l’UE pour avoir une deuxième Union soviétique", a réagi le hongrois Viktor Orban quand, le 5 novembre, les États membres et les eurodéputés ont fini par préciser les contours du dispositif  après deux mois de discussions. Dans les colonnes d'un quotidien conservateur hongrois, il affirme encore que "c’est aux Hongrois, et pas à Bruxelles qu’il revient de dire si ces valeurs sont correctement appliquées dans leur pays". Son homologue polonais, Mateusz Morawiecki, est sur la même ligne.

La majorité qualifiée des 27 étant suffisante pour l'adoption de cette disposition, la Hongrie et la Pologne ont donc choisi de bloquer deux autres textes (le budget et le plan de relance) qui eux doivent faire l’unanimité.

Un veto "irresponsable"

Forcément, les Européens ont mal accepté ce veto, jugé "irresponsable" en pleine crise économique, alors que l'Europe est de nouveau l'épicentre de la pandémie de coronavirusL'exaspération se manifeste surtout au sein du Parti Populaire européen, la première famille politique des 27 - à laquelle appartient le parti de Viktor Orban. Pour le patron du PPE, "être contre le principe de l’État de droit c'est être contre l’Europe". Donald Tusk ne veut plus voir le Fidesz dans les rangs de sa formation, il demande son exclusion (ce sera juste la troisième fois, la CDU d'Angela Merkel bloque sur ce point).

La crise ne durera pas

Mais l'Europe est comme un grand théâtre : pour l'instant deux acteurs s'accaparent les premiers rôles sur scène. Ça ne durera pas ! En coulisse, le reste de la troupe continue de négocier. Il reste encore pas mal de scènes à jouer – avec sûrement d'autres rebondissements. Les ministres des Affaires européennes qui se voient aujourd'hui vont remettre le sujet sur la table. Rebelote ce jeudi 19 novembre, au sommet des dirigeants à Bruxelles.

D'un côté, personne ne souhaite reculer ouvertement sur le respect l'État de droit. Pas question de renégocier ce qui l’a été si durement ces derniers mois. De l'autre, la Pologne (et dans une moindre mesure la Hongrie) ont un réel besoin des fonds européens.

Leurs partenaires vont donc faire pression pour les inciter à calmer le jeu. Trouver le compromis qui modifiera le texte à la marge, ce qui permettra à la fois rassurer Viktor Orban et lui permettre sauver la face dans son pays. La France et l'Allemagne (qui préside l'Union européenne pour six mois) ne ménageront pas non plus leurs efforts pour trouver un compromis. Le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune, se dit confiant. Il évoque même une sortie de crise "dans les prochaines semaines".

Du retard dans le versement des aides

Qu'on se rassure, même si le blocage dure un peu il n'y aura pas de shutdown, puisque c'est le budget de cette année qui va continuer à s'appliquer, jusqu'à ce qu'un accord soit trouvé.

Simplement, plus la crise politique durera, plus les fonds du plan de relance tarderont à être versés aux régions et aux entreprises. Il ne faut de toute façon rien espérer avant le printemps, voire l'été prochain. En attendant, chaque État membre devra s'endetter à son propre compte.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Bruxelles, le 16 octobre 2020.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban à Bruxelles, le 16 octobre 2020. (JOHANNA GERON / POOL)