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Hongrie : interdire le changement de genre, dernière provocation face à Bruxelles

La Hongrie, à rebours des valeurs européennes, entend modifier sa Constitution pour interdire le changement de genre.

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Le Premier ministre hongrois, Victor Orban, le 23 septembre 2015, à Bruxelles.
Le Premier ministre hongrois, Victor Orban, le 23 septembre 2015, à Bruxelles. (JOHN THYS / AFP)

C'est un nouveau recul pour les droits des transgenres : la proposition du gouvernement (qui doit encore être validée) vise à inscrire dans la Constitution le fait qu'un citoyen n'aura plus le droit de changer de sexe au cours de sa vie. Et devra donc garder celui qui lui aura été assigné à sa naissance. Depuis le mois de mai, malgré les critiques des ONG, la loi a déjà mis un terme à ce droit acquis au début des années 1990 : en Hongrie il n'est plus possible de faire enregistrer un changement de genre à l'état civil, autrement dit de faire modifier ses papiers, par exemple pour un individu né homme qui deviendrait femme ou vice-versa.

L'ultra-conservateur Viktor Orban veut donc aller encore plus loin et inscrire cette interdiction dans la Constitution. Le texte envoyé au parlement précise encore que "la mère est une femme, le père est un homme", et que dans le pays "l'éducation est assurée conformément aux valeurs fondées sur l'identité constitutionnelle de la Hongrie et la culture chrétienne".

Cela fait dix ans que Viktor Orban est au pouvoir, dix ans qu'il est dans un rapport de force avec ses partenaires européens. Dix ans qu'il est critiqué pour ses attaques contre les médias, les universités, les ONG, les demandeurs d’asile, les LGBT, la justice... Depuis 2018 la Hongrie est, comme la Pologne d'ailleurs, sous le coup de la procédure "Article 7", qui peut entraîner des sanctions quand il y violation des valeurs fondamentales de l’Union : ça n'a jamais fait reculer le gouvernement, qui depuis quelques mois a même fait monter encore d'un cran la tension avec Bruxelles, au sujet du plan de relance.

Pas d'aides sans respect de l'état de droit

Ce plan de relance historique de plus de 750 milliards d'euros doit aider les 27 à surmonter la crise liée au coronavirus. Sous la pression des eurodéputés, il a été adopté sous condition : un pays qui ne respecterait pas "l'état de droit" verrait ses subventions réduites ou annulées (à la suite d'un vote des États à la majorité qualifiée).

La Hongrie et la Pologne sont évidemment visées. Leurs dirigeants dénoncent un chantage, une "oppression idéologique libérale" de la part de l'europe, une attaque contre leur "souveraineté" et leurs "racines chrétiennes". Viktor Orban montre aujourd'hui qu'il n'a absolument pas l'intention de laisser l'Europe dicter sa loi. Il a même d'autres projets dans les tiroirs puisque la ministre de la famille veut interdire l'accès à l'adoption pour les célibataires homosexuels.

Le veto de la Hongrie au budget européen

La Hongrie ne fait pas partie des pays qui toucheront le plus gros pactole : on parle de 6 milliards d'euros jusqu'en 2023, environ dix fois moins que la France. Mais la meilleure défense... c'est l'attaque ! Le premier ministre hongrois menace depuis plusieurs mois déjà de mettre son veto au budget de l'Union et au plan de relance. Un veto qui ferait tout capoter, puisque le budget doit être adopté à l'unanimité avant d'entrer en vigueur normalement en janvier.

Ce dimanche, il a même remis un petit coup de pression, en envoyant un courrier à la Commission européenne pour rappeler sa position (partagée, plus timidement il est vrai, par la Pologne). Cette crise était prévisible, attendue, le bras de fer est engagé. Pour éviter le blocage l'Europe va sans aucun doute devoir faire des concessions. Mais lesquelles ?

Le Premier ministre hongrois, Victor Orban, le 23 septembre 2015, à Bruxelles.
Le Premier ministre hongrois, Victor Orban, le 23 septembre 2015, à Bruxelles. (JOHN THYS / AFP)