Juan Carlos l'exilé s'offre un week-end en Espagne, le pays proteste

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Mesdames et messieurs, le roi ! Il n'avait pas mis le pied chez lui depuis deux ans. Exilé à Abu Dhabi, aux Emirats, l'ancien roi d'Espagne, Juan Carlos, est de retour pour quelques jours dans son pays.

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Radio France
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L'ancien roi d'Espagne Juan Carlos sur le tarmac de l'aéroport de Vigo (Espagne), le 19 mai 2022. (BRAIS LORENZO / AFP)

L'ancien roi d'Espagne, Juan Carlos, revient, mais pour le week-end seulement. Un grand week-end, jusqu'à lundi. Quand son jet privé se pose hier dans le petit aéroport de Vigo, en Galice, il y a a beaucoup de curieux et de journalistes pour l'apercevoir derrière les grillages. Pantalon beige, veste bleu marine, l'ancien monarque qui porte beau ses 84 ans vient assister à une régate avec des amis. La voile c'est sa passion, il a été deux fois champion du monde dont la dernière en 2019. Ensuite, il ira à Madrid rendre visite à sa femme et à son fils. Son agenda précis n'a pas été rendu public, le roi émérite, qui a abdiqué en 2014 et s'est volontairement exilé dans les Emirats, est en voyage privé. On sait en tout cas qu'il ne logera pas dans l'une des résidences officielles de la maison royale, le gouvernement s'y est opposé.

Si son retour en Espagne suscite autant de critiques, c'est parce qu'il n'a jamais donné aucune explication aux citoyens. C'est ce que lui reproche le gouvernement. Début mars les trois enquêtes qui avaient été ouvertes contre lui pour corruption, malversation et fraude fiscale ont été classées sans suite mais son train de vie, les scandales à répétition, ses comptes bancaires dans des paradis fiscaux ont définitivement sali son image.

Son retour, "une humiliation" pour la gauche radicale

Ses démêlés judiciaires, d'ailleurs, ne sont pas terminés. En ce moment, il est en procès en Grande-Bretagne, où l'une de ses anciennes maîtresses, une femme d'affaires danoise, l'accuse de harcèlement. Juan Carlos a été adulé pendant des décennies pour avoir assuré la transition démocratique après la mort de Franco en 1975, mais son histoire est celle d'un roi tombé en disgrâce avec lequel l'Espagne n'a pas soldé ses comptes. La plaie n'est pas refermée.

D'un point de vue juridique rien ne l'empêche de revenir, mais c'est une question éthique qui depuis hier occupe tous les débats des plateaux télés et la une des réseaux sociaux et des quotidiens papier. L'aile gauche de la coalition gouvernementale, notamment Unidad Podemos, estime que son retour est "une humiliation pour les classes populaires"; elle estime même qu'il aurait fallu l'arrêter à sa sortie d'avion pour qu'il soit déféré devant la justice.

Opération transparence au Palais royal

À travers lui, c'est aussi la monarchie qu'on attaque. Evidemment, pour les plus républicains des républicains, elle représente un problème "structurel" et "démocratique", qui n'est plus du tout en phase ni avec le XXIe siècle ni avec l'idée européenne. Pourtant l'actuel souverain, fils de Juan Carlos, Felipe VI, qui règne depuis 2014, a une bonne image. Il a pris ses distances avec son père en lui supprimant son allocation annuelle de 200 000 euros. Il a aussi récemment lancé une grande opération transparence pour le Palais royal qui devra désormais faire auditer ses comptes, rendre publics ses contrats ou dresser l'inventaire des cadeaux reçus par la famille royale. Alors, faut-il garder ou abandonner la monarchie ? Selon les sondages, dans l'opinion publique c'est 50-50. Mais la majorité des Espagnols réclament un referendum sur la question.

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