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Italie : comment la majorité s'est fissurée sur le plan de relance européen contre le Covid-19

La mésentente entre le Premier ministre Giuseppe Conte et son allié Matteo Renzi sur l'utilisation des fonds européens a conduit à la démission du gouvernement. Et a ouvert une phase d'incertitude.

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Le Premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte à Rome (Italie), le 27 janvier 2021.
Le Premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte à Rome (Italie), le 27 janvier 2021. (RICCARDO ANTIMIANI / EPA / MAXPPP)

En pleine pandémie, l'Italie s'offre le luxe d'une crise politique, avec la démission du Premier ministre Giuseppe Conte, mardi 26 janvier. Comment en est-on en est arrivé là ? À cause d'une grosse dispute pour des questions d'argent. Ce qui plonge le pays dans cette (nouvelle) crise politique, c'est à la fois le jeu d'une ambition personnelle et un désaccord profond au sein du gouvernement sur la façon dont seront dépensés les fonds promis par Bruxelles pour surmonter le choc de l'épidémie.

L'Italie est le premier bénéficiaire de ce mega plan de relance, adopté l'été dernier : 208,6 milliards d'euros de subventions et de prêts. Au départ, Giuseppe Conte voulait surtout les utiliser pour des ristournes fiscales. Mais son ancien allié Matteo Renzi s'est empressé de dénoncer "du gaspillage d'argent public", expliquant qu'il fallait au contraire investir massivement pour réformer le pays en profondeur. Sans avoir peur même de solliciter le Mécanisme européen de stabilité (MES), destiné aux pays de la zone euro en difficulté. Bref, des positions irréconciliables.

Le très brillant et très agaçant Matteo Renzi, poussé par son ego et un certain sens de la stratégie politicienne, a tenté le coup de poker en retirant sa confiance et deux de ses ministres du gouvernement de centre gauche.

Giuseppe Conte, privé de majorité, a choisi de démissioner plutôt que de remanier. En espérant revenir très vite, pour former un troisième gouvernement, plus consensuel.

Pour réussir, il lui faudrait renouer avec Viva Italia, le parti de Renzi, force d'appoint indispensable aux deux piliers de l'actuelle coalition que sont le Parti démocrate (PD, centre-gauche) et le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème avant son arrivée au pouvoir).

Les démocrates ont appelé à un nouveau gouvernement Conte avec une "large assise parlementaire", qui inclurait les centristes actuellement dans l'opposition. Voire quelques transfuges du parti de Silvio Berlusconi.

Crise politique et crise sanitaire

Mais est-ce bien le moment pour le pays de se retrouver sans gouvernement ? Avec plus de 86 000 morts du coronavirus, l'Italie est le pays le plus endeuillé d'Europe (en excluant le Royaume-Uni). C'est aussi celui qui connaît la plus force récession, l'économie est dans une situation catastrophique avec une dette qui explose : 158% du PIB.

Autant dire que la préoccupation des Italiens, en ce moment, ce n'est pas vraiment la politique. D'après un sondage Ipsos, d'ailleurs, près d'un Italien sur deux ne comprend pas les raisons de cette crise : la politique politicienne est un luxe qu’on peut pas se permettre en temps de virus. On saura dans les prochains jours si Giuseppe Conte est – ou non – reconduit dans ses fonctions. Mais ça ne sera pas la fin de l'histoire !

La perspective d'une instabilité qui dure n'est pas à écarter. Des législatives anticipées sont toujours possibles. Or, l'Italie qui est en pleine campagne de vaccination, ne veut pas se retrouver en pleine campagne électorale pour un scrutin qui non seulement retarderait encore l'application du plan de relance (qui doit au plus tard être finalisé en avril) mais en plus offrirait un boulevard à la droite et l'extrême droite.

Champion de l'instabilité politique, le pays tient décidément toutes ses promesses.

Le Premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte à Rome (Italie), le 27 janvier 2021.
Le Premier ministre démissionnaire Giuseppe Conte à Rome (Italie), le 27 janvier 2021. (RICCARDO ANTIMIANI / EPA / MAXPPP)