Au Burkina Faso, l'enlèvement inédit d'une cinquantaine de femmes inquiète les autorités et les ONG

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Jeudi 12 et vendredi 13 janvier, deux groupes de femmes parties se ravitailler ont été enlevées par des hommes armés près d'Arbinda, dans le nord du Burkina-Faso. Les recherches sont en cours pour les retrouver. 

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Des familles fuyant les attaques djihadistes dans le nord du Burkina Faso en octobre 2022. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Traumatisés et bloqués dans une ville où il n'y a plus rien à manger, les habitants d'Arbinda vivent dans la peur depuis qu'une cinquantaine de femmes parties chercher de l'eau et cueillir des plantes ont été kidnappées jeudi 12 et vendredi 13 janvier. Moins d'une dizaine d'entre elles ont pu échapper à leur ravisseurs et donner l'alerte.

Les autorités burkinabées assurent mener des recherches, l'ONU exige une "libération immédiate et inconditionnelle" et les ONG s'inquiètent de voir les groupes armés, qui ont mis la région en coupe réglée, faire du viol de masse une arme de guerre, à l'image du mouvement islamiste Boko Haram au Nigeria. En 2014, ce groupe armé a enlevé près de 300 adolescentes à Chibok, dans le nord-est du pays, suscitant une émotion mondiale avec le slogan "Bring Back Our Girls" - "Ramenez-nous nos filles" - relayé à l'époque jusqu'à la Maison Blanche.

Asphyxie des villes

La zone est sous blocus de groupes jihadistes qui contrôlent 40% du territoire burkinabè. Ils opèrent sous la bannière d’Al-Qaida et du groupe État islamique au Grand Sahara. Leur stratégie passe par l'asphyxie des villes du nord et de l’est du pays où près d'un million de personnes vivent sous blocus et au rythme d'attaques qui ont fait depuis 2015 des milliers de morts et au moins deux millions de déplacés.

La reconquête de ces territoires sahéliens constitue la principale promesse des militaires qui, à Ouagadougou, ont successivement pris le pouvoir par les armes. Le Burkina Faso a connu deux coups d'État en neuf mois, le dernier mené fin septembre 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré, autoproclamé président de transition. Mais aucune amélioration n'a été obtenue sur le front sécuritaire, d'autant que l'armée régulière et surtout ses supplétifs, les Volontaires pour la défense de la patrie recrutés par Ouagadougou, sont également soupçonnés d’exactions, en représailles des attaques djihadistes.

L'opération Sabre en sursis

La coopération avec l'armée française est par ailleurs au point mort et les frictions diplomatiques se multiplient. Au début de l'année, les autorités burkinabées ont demandé le remplacement de l'ambassadeur français à Ouagadougou. Le 10 janvier, Paris a dépêché sur place la secrétaire d'État auprès de la ministre française des Affaires étrangères Chrysoula Zacharopoulou pour décrisper la situation. Mais le ressentiment contre l'ancienne puissance coloniale et l'influence russe dans la région vont crescendo.

>> Pression sur les médias, liens avec la Russie, sentiment antifrançais... Le Burkina Faso, copier-coller de son voisin malien

Le départ des forces françaises du Mali l'été dernier constitue un précédent majeur. La France a officiellement mis fin à l'opération Barkhane en novembre, elle compte encore 3 000 militaires au Sahel, après avoir mobilisé jusqu'à 5 500 hommes dans la région. Que va devenir le contingent de près de 400 forces spéciales françaises de l'opération Sabre installés à Ouagadougou ? Les voeux d'Emmanuel Macron aux armées vendredi 20 janvier seront peut-être l'occasion de clarifier la feuille de route française pour l'Afrique.

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