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Isabelle Carré : "Je suis très heureuse parce que j'ai la possibilité de m'exprimer, c'est un grand luxe "

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la comédienne et écrivaine, Isabelle Carré. Elle est à l’affiche du film de Yann Samuell, "La guerre des Lulu".
Article rédigé par franceinfo - Elodie Suigo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 272 min
La comédienne Isabelle Carré, lors du Festival de Cannes 2022. (VALERY HACHE / AFP)

Isabelle Carré est une actrice et écrivaine remarquée, applaudie, césarisée pour son rôle dans le film Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman, sorti en 2002. Au fil du temps, elle est devenue l'une des actrices les plus incontournables du cinéma français, même si elle a toujours gardé cette discrétion qui lui colle à la peau. Le théâtre fait aussi partie de sa vie avec deux Molières, le premier pour Mademoiselle Else en 1999, le deuxième pour L'hiver sous la table en 2004. Isabelle Carré est à l'affiche du film La guerre des Lulus de Yann Samuell. Une adaptation d'une série de bédé du même titre du scénariste Régis Hautière et du dessinateur Hardoc, publiée depuis 2013.

franceinfo : La guerre des Lulus, c'est l'histoire de quatre orphelins, Ludwig, Lucien, Luigi et le petit Lucas, surnommés les Lulus. Nous sommes en 1914. Ils sont oubliés lors de l'évacuation de leur orphelinat. Ils se retrouvent donc derrière la ligne de Front à devoir survivre. C'est drôle, c'est attachant, c'est émouvant. Qu'est-ce qui vous a donné envie de jouer le rôle d'une sorcière aux yeux des enfants ?

Isabelle Carré : Jusqu'à présent, je pensais qu'on m'aurait plutôt vu en fée ! Je trouvais ça vraiment chouette de jouer ce rôle de sorcière qui me semble beaucoup plus intéressant. Elle a ce côté un peu rude, un peu effrayant au départ et puis ensuite, on voit qu'elle a finalement une fêlure, une absence qui l'obsède et qui la rend très attachante.

Le film est arrivé devant Babylon. Ça met du baume au cœur de se dire que le cinéma français, avec une histoire qui touche, qui nous raconte, puisse arriver en tête ?

Oui, je pense que Yann Samuell, le metteur en scène, a vraiment trouvé la bonne façon de raconter cette histoire à hauteur d'enfant, en défendant des valeurs quand même admirables et qu'il faut toujours remettre en avant, remettre en scène comme l'amitié, la solidarité, la tolérance. Les enfants sont extraordinaires. Moi, j'étais tellement heureuse de jouer avec ces enfants parce que chacun d'entre eux, avec une personnalité complètement différente, apporte une lumière au film, une vérité au film. J'ai beaucoup aimé aussi la performance, alors malheureusement je n'avais pas de scènes avec lui, d’Alex Lutz.

Je trouve aussi Ahmed Sylla magnifique en tirailleur sénégalais au grand cœur avec cette scène poignante où, au péril de sa vie, il sauve, un à un, ces enfants, les faisant monter dans un train.

Isabelle Carré

à franceinfo

Il leur tient la main jusqu'au du bout, jusqu'à ce qu'il soit dans le wagon.

Oui, cette scène est vraiment très belle.

Ce film est pour les petits comme pour les grands, il y a un vrai travail de mémoire à travers ce film.

Il y a un travail de mémoire. On a parlé des tirailleurs sénégalais, mais il n'y a pas que ça.

Il y a aussi un côté À l'Ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque, c'est-à-dire qu'on se rend compte qu'on est tous unis au moment de la guerre. Les uns et les autres n'ont pas du tout envie d'être là.

Et pas le choix. Et il y a cette fraternité qui peut naître malgré tout au milieu de ça, qui peut se réveiller dans les yeux des uns et des autres parce qu'il y a ces face-à face. Moi, ça me fait penser à "L'ami retrouvé" de Fred Uhlman et je trouve qu'il faut toujours se rappeler de ça effectivement, que les frontières, finalement, qu'est-ce que c'est ? On est tous des êtres humains perdus au milieu de ça, dans des circonstances qui font qu'on se retrouve dos à dos, comme cette guerre à nos portes en Ukraine qui résonne avec ce film d'une façon très poignante et qui semble tellement absurde.

J'ai l'impression qu'il n'y a pas de hasard dans votre parcours. La mer dans son jardin, est sorti en avril 2022 aux éditions Grasset. C'est une bande dessinée qui raconte justement l'arrivée d'un enfant dans une famille, des changements. C'est assez bouleversant.

La peur de l'inconnu, oui. Je voulais vraiment écrire pour les enfants, comment on peut monter ces peurs et finalement en faire une force. C'est un peu l'histoire du film.

J'ai l'impression que vos choix sont vraiment clairement établis, évidents finalement !

Je pense que chacun d'entre nous, les acteurs, on ne va pas par hasard vers un rôle. Jamais.

Isabelle Carré

à franceinfo

Je préfère faire une participation, un second rôle, mais qui raconte quelque chose, qui me permet de m'exprimer effectivement sur ce que je ressens, la façon dont je vois le monde, les questions que j'ai . Il faut que ça résonne en fait. On ne prend pas des rôles par hasard. Et c'est vrai que depuis toujours, mon attachement au monde de l'enfance, à mes craintes pour eux aussi, s'expriment dans mes choix. À cette peur que j'ai pu ressentir quand j'étais enfant, face au monde des adultes que je ne comprenais pas toujours, qui me semblait tellement complexe, dont je n'avais pas les clés. Mais je pense que finalement, oui, à travers tous les choix qu'on fait, les choix que je fais, je cherche cette vie 'mode d'emploi'.

Heureuse aujourd'hui ?

Oui, très heureuse parce que j'ai la possibilité de m'exprimer et je pense que ça, c'est un grand luxe. Pour moi, le luxe, c'est d'avoir la possibilité de faire un métier que j'aime, infiniment. Je ne suis vraiment pas blasée, je suis tout le temps émerveillée et là, je l'ai été ô combien sur ce tournage, en partageant le plateau avec ces enfants qui sont dans mon cœur maintenant. Et puis la joie de m'exprimer aussi par écrit. Là, je suis en train d'écrire un scénario. C'est une nouvelle forme d'écriture et ça me remplit de joie aussi. 

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