"J'ai reconnu une partie de ma vie" : dans une vidéo, Isabelle Carré remercie Camille Kouchner d'avoir brisé le silence

L’actrice, qui se tient à l’écart des réseaux sociaux, a témoigné sobrement mardi 26 janvier dans une vidéo publiée sur le compte Instagram de la comédienne et danseuse Andréa Bescond. Elle a également demandé à Emmanuel Macron de ne pas fixer l'âge du consentement en deçà de l'âge de 15 ans.

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France Télévisions Rédaction Culture
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L'actrice française Isabelle Carré en 2017. (ERIC DESSSONS / JDD / SIPA)

La publication le 7 janvier du livre de Camille Kouchner, La Familia Grande, dans lequel la fille de l’ancien ministre de la Santé accuse son beau-père, le politologue Olivier Duhamel, d’avoir abusé de son frère jumeau dès l’âge de 13 ans dans les années 80, a déclenché une onde de choc. Depuis, sous le hashtag #MeTooInceste, des centaines de témoignages, souvent glaçants, affluent chaque jour sur les réseaux sociaux.

Isabelle Carré dit s'être "reconnue" dans le livre de Camille Kouchner

L’actrice et romancière Isabelle Carré s'est manifestée à son tour, mardi 26 janvier. N’étant pas sur les réseaux sociaux, elle s’est exprimée de façon sobre mais sans équivoque dans une vidéo postée sur le compte Instagram de son amie Andréa Bescond, dont elle a salué "le combat pour la cause des enfants". Danseuse et comédienne, Andréa Bescond a été elle-même victime d’agression pédophile, comme elle l'a raconté dans la pièce de théâtre Les chatouilles, adaptée à l'écran en 2018.

"Je voudrais remercier Camille Kouchner pour ce cadeau qu’elle nous a fait, ce livre qui a permis à la parole de se libérer et à tant de personnes de s’exprimer, y compris moi aujourd’hui, puisqu’en lisant ce livre j’ai reconnu une partie de ma vie", confie Isabelle Carré dans cette vidéo. "J’ai ressenti une émotion incroyable de voir que je n’étais plus seule", ajoute-t-elle.

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Un message à Emmanuel Macron concernant l'âge du consentement

Alors qu’une proposition de loi sur l’âge du consentement est actuellement en débat au Parlement, Isabelle Carré en a profité pour adresser un message au président de la République.

"Emmanuel Macron a raison de dire qu’il faut un courage exceptionnel pour témoigner. Cet élan, qui est le nôtre aujourd’hui, il ne faudrait pas qu’il soit déçu. Le seuil de non consentement ne doit pas être fixé en deçà de l’âge de 15 ans, et 18 ans pour les personnes handicapées", demande-t-elle. "Il est essentiel que le message envoyé à la société soit clair. Nous n’en pouvons plus de ces lois qui sont illisibles pour la plupart d’entre nous".

Isabelle Carré avait déjà laissé entendre avoir "des choses à dire" sur la question des violences sexuelles, notamment après l’affaire Weinstein. Mais elle a choisi plutôt l’écriture et la fiction pour s’exprimer. "J'admire infiniment Adèle Haenel. Je comprends qu'elle soit partie pendant les César", disait-elle dans l'Obs (accès payant) en août dernier. "Je comprends sa colère. C'est si dur de parler. Moi, je n'ai pas pu. Alors j'ai préféré passer par l'écriture."

Pour évoquer son agression elle est passée par la fiction

Dans Du côté des Indiens, son second roman sorti en août 2020 chez Grasset, Isabelle Carré raconte une histoire d’amitié entre un petit garçon, Ziad, et une actrice, Muriel, abusée par un metteur en scène lors de son premier tournage à l'âge de 20 ans. "A force de les taire, tous ces secrets accumulés refusent de disparaître, et ce grand silence finit bel et bien par vous étouffer", fait-elle dire au personnage de Muriel dans le roman.

Une histoire d'abus sexuel qu’elle assume comme étant la "partie la plus autobiographique du roman" tout en ayant dû mélanger trois metteurs en scène pour obtenir celui de son personnage. "Ce qu’elle ressentait n’avait aucune valeur. Par la force des choses elle devrait l’accepter puisqu’elle n’avait rien dit, s’était laissée faire (...), son corps était devenu une simple parenthèse qu’on ouvre et qu’on referme", écrit-elle notamment dans Du côté des Indiens.

Traumatisée à l'âge de 12 ans

Au moment de la sortie du livre, elle avait confié au magazine Elle (daté du 28 août 2020, accès payant), avoir été traumatisée, très jeune, par une agression.

"Quand j’étais adolescente – je devais avoir 12 ans -, ma poitrine commençait à pousser, je marchais dans la rue quand un homme m’a interpellée. J’ai été vers lui, pensant qu’il me demandait son chemin, et il a plaqué ses deux mains sur ma poitrine en disant : Ça pousse, ça pousse !", racontait-elle. "Je n’ai pas bougé, je suis restée à me faire peloter les seins pendant je ne sais pas combien de temps, ça m’a semblé des heures ! Cet effet de surprise et l’un des éléments du viol, avec la contrainte, la menace et la violence."

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