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Le monde d'Elodie. Isabelle Carré : "Yvonne de Gaulle savait que son mari avait un destin pour la France, elle l'a accompagné au péril de sa vie"

La comédienne incarne l'épouse du Général dans le film "De Gaulle" qui ressort lundi prochain, jour de la réouverture des cinémas

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Isabelle Carré, actrice.
Isabelle Carré, actrice. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)

Isabelle Carré, vous êtes comédienne, vous avez reçu un César, deux Molière ainsi que le prix Romy Schneider. Vous êtes à l’affiche avec Lambert Wilson du film De Gaulle, de Gabriel Le Bomin. Vous incarnez Yvonne de Gaulle, la femme du Général. Le film est sorti le 4 mars dernier, avec 600.000 entrées en quelques jours, juste avant la fermeture des cinémas en raison de la crise sanitaire. Comment avez-vous vécu ce confinement et cet arrêt brutal du film ?

Isabelle Carré : On était tous sidérés. Pour moi, ça ressemble aux gens qui regardaient la vague du tsunami arriver mais qui continuaient à filmer et qui ne se rendaient pas compte de la violence de ce qui allait leur tomber dessus. Mais le plus difficile, évidemment, c’est pour les gens qui ont perdu des personnes proches et c’est à eux que je pense. Après, c’est une parenthèse un peu délicate dans nos vies, mais qui va rebondir et je suis très très très heureuse que le film puisse retrouver son public et puis surtout, que les gens puissent ressortir et avec confiance ! Oui, c’est une belle occasion de se réunir et de reprendre un peu le fil de nos vies.

Il y aura donc une deuxième sortie, lundi prochain, le 22 juin. Là, aujourd’hui, Isabelle, on est le 18 juin. Ça représente quoi pour vous, quand on connaît l’impact et l’importance de cet appel lancé par le général de Gaulle ?

Ce qui est assez étonnant avec cette histoire, c’est que le véritable appel du 18 juin, on n’en a pas de trace : il n’a pas été enregistré. Il est simplement passé sur les ondes et les Français l’ont entendu. Mais le vrai appel, celui qu’on connaît, c’est celui du 22 juin. Donc, c’est quand même fou que le film finalement ressorte le 22 juin prochain !

Isabelle Carré, Lambert Wilson et Clémence Hittin, incarnant Yvonne et Charles De Gaulle avec leur petite fille trisomique, Anne, dans le film \"De Gaulle\" de Gabriel Le Bomin.
Isabelle Carré, Lambert Wilson et Clémence Hittin, incarnant Yvonne et Charles De Gaulle avec leur petite fille trisomique, Anne, dans le film "De Gaulle" de Gabriel Le Bomin. (Copyright SND)

Ce film nous permet d’entrevoir l’intimité du couple De Gaulle…

Ce qui m’a plu beaucoup, c’est ce rapport avec leur enfant, cette petite fille trisomique et la façon dont ils l’ont accueillie. À cette époque là, quand on était de ce milieu là, c’était des enfants qu’il fallait cacher, qui étaient mis dans des institutions, enfin... des maisons de fous ! C’était des asiles, il n’y avait pas d’endroit pour eux et il ne s’y sont jamais résolu. Elle, elle était assez novatrice pour ça et puis elle a créé après, évidemment, la fondation qu’on connaît et qui marche toujours aujourd’hui.

Le film permet d’en savoir un peu plus sur ce personnage d’Yvonne de Gaulle, qui était très discrète, mais qui avait un rôle clé auprès de celui qui deviendra le premier président de la Ve République. Ce film n’est-il pas là aussi et d’abord pour briser le cliché de Tante Yvonne ?

Oui, c’est une image qui lui colle à la peau mais qui lui convenait très bien. Elle n’a jamais rien fait pour la démentir. C’est un personnage qui a vraiment glissé entre les mailles du filet de l’Histoire. On n’a aucun enregistrement sonore d’elle. Elle n’a jamais été filmée. Elle n’a jamais donné d’interview. Les seules photos qu’on a, c’est quand elle accompagne Charles de Gaulle dans ses déplacements, toujours un pas derrière, mais on sent bien que c’est une femme forte. Elle a d’ailleurs eu des prises de positions assez éloquentes, quand elle lui a demandé, par exemple, d’accepter la loi Neuwirth pour la pilule. C’était quelqu’un, malgré les clichés qu’on a.... - bon, c’est vrai qu’elle refusait aussi de recevoir des divorcés à l'Élysée- elle avait quand même ce côté très très catholique !

On le voit, le couple De Gaulle était un couple extrêmement fort…

On voit, effectivement, cet amour extrêmement fort qui circulait entre eux. On le sent parce qu’il y a ces lettres, dont on s’est inspiré et qu’on entend parfois dans le film. De vraies lettres d’amour. Et puis, il y a cette dédicace dans les mémoires de Charles de Gaulle : il les dédicace "A Yvonne, sans qui rien n’aurait pu avoir lieu". Il lui doit beaucoup et d’abord cette intuition, de quitter la France en pleine débâcle, avec cette petite fille trisomique dans les bras et de se retrouver à prendre un bateau, le dernier qui partait, sans savoir où il allait. Elle pensait retrouver peut-être De Gaulle en Algérie, finalement, le bateau part à Londres, en Angleterre, et c’est là qu’elle le retrouve, comme par magie ! Elle ne savait pas où il était. Ils étaient sans nouvelles l’un de l’autre à ce moment-là. Donc, elle a eu cette intuition qu’il fallait partir, pour lui laisser les mains libres. Et c’est là où c’est un sacrifice phénoménal, parce qu’elle allait au-devant de grands dangers. Le bateau qui est parti juste avant le sien a été torpillé. Elle sentait qu’il fallait laisser les mains libres à de Gaulle pour créer cette France Libre. Oui, elle a toujours eu l’impression, à juste titre, que c’était un grand homme qui avait un destin. Un destin pour la France. Et elle devait l’accompagner dans ce destin, quitte a se mettre, elle et ses enfants, en péril. Lui rendre cette place là, aujourd’hui, je pense que c’est un beau film post "Me Too" !

On voit les images de certaines personnes qui ont bousculé des statues de Charles de Gaulle. Ça vous touche ?

Je ne vois pas en quoi on peut avoir le désir de déboulonner de Gaulle ! Ce patriotisme n’était jamais, a contrario, pour écraser d’autres nations, d’autres peuples, et surtout pas une autre race ! Donc je ne comprends pas très bien…

Le 22 juin donc, lundi prochain, ressort le film De Gaulle.

Isabelle Carré, actrice.
Isabelle Carré, actrice. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)