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Le décryptage éco. Réforme des retraites : cet âge pivot qui en cache un autre

Edouard Philippe a donc accepté un retrait de l’âge pivot dans son projet de réforme des retraites. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y en a plus du tout. Le décryptage éco de Fanny Guinochet, ("L'Express").

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Lanifestation intersyndicale contre la reforme retraites à Brive (Corrèze), le 17 décembre 2019. Photo d\'illustration.
Lanifestation intersyndicale contre la reforme retraites à Brive (Corrèze), le 17 décembre 2019. Photo d'illustration. (MAXPPP)

Le Premier ministre a cédé sur le premier âge pivot, mais il y en a un deuxième dans le projet de réforme des retraites. Edouard Philippe a abandonné temporairement celui fixé à 64 ans pour tout le monde, et prévu pour une entrée en vigueur dès 2022. Cet âge pivot visait à résoudre un problème financier en incitant les Français à travailler plus longtemps dès 2022, et donc à faire entrer rapidement de l’argent dans les caisses. Bercy avait évalué le gain de cet âge pivot à trois milliards d’euros dès la première année et même 12 milliards d’euros en 2027.

Ce week-end, Edouard Philippe a donc accepté de le retirer tout en renvoyant la balle aux partenaires sociaux : à charge pour eux de trouver une solution financière aussi efficace à court terme. Tout ça, sans augmenter les cotisations des employeurs et des salariés, et sans baisser le niveau des pensions des retraités. Avec cette menace : cet âge pourra être réintégré si syndicats et patronat échouent. Autant dire un vrai pari ! Voilà pour le sort du premier âge pivot. Mais, en effet, il en reste un deuxième, dont on parle moins, et sur lequel Edouard Philippe ne recule pas du tout, du tout. C’est même un pilier de la réforme par points, "un principe intangible du futur système".

Un "âge d'équilibre" qui doit remplacer l'âge légal

Ce deuxième âge pivot entrera en vigueur en 2025, pour les actifs nés en 1975 et après. Il a une visée à beaucoup plus long terme que le premier. En fait, il a vocation à remplacer l’âge légal d’aujourd’hui qui va disparaître. À la place, le gouvernement met une borne, une référence collective, qu’il appelle d’ailleurs aussi âge d'équilibre dans son projet. Et la philosophie est toujours la même : inciter les Français à travailler plus longtemps, pour équilibrer les comptes. Parce que le gouvernement a peur qu’avec la fin de l’âge légal, les Français soient tentés de liquider leur retraite trop tôt, et se trouvent en situation de pauvreté.

Comme pour le premier, cet âge d’équilibre fonctionnera selon un mécanisme de bonus-malus : si vous partez avant, vous avez une pénalité, votre pension est plus basse, et si vous partez après cet âge, vous avez une bonification de votre retraite.

Un curseur facile à déplacer

Cet âge pivot est adapté en fonction de critères précis, ce qui change par rapport au premier à âge pivot : on ne parle pas de 64 ans. Que dit le texte ? Il dit que cet âge sera fixé "en référence à l'âge moyen de départ à la retraite des salariés du régime général", c’est à dire en fonction d’une moyenne. Pour vous donner une idée, c’est 63 ans et quatre mois pour les retraités partis en 2018.

Dans le système par points, le niveau de cet âge d’équilibre ne sera pas gravé dans le marbre, et donc pourra être décalé facilement. Mais Edouard Philippe fait une concession importante : cet âge pivot pourra "être adapté en fonction de la pénibilité du travail et des carrières longues", ce qui laisse penser qu’il sera donc individuel et non pas collectif. C’était une demande de la CFDT mais aussi de certains députés LREM. De quoi nourrir les débats à l’Assemblée.          

Lanifestation intersyndicale contre la reforme retraites à Brive (Corrèze), le 17 décembre 2019. Photo d\'illustration.
Lanifestation intersyndicale contre la reforme retraites à Brive (Corrèze), le 17 décembre 2019. Photo d'illustration. (MAXPPP)