Age pivot, équilibre, suite de la grève... Ce qu'il faut retenir de l'interview d'Edouard Philippe sur la réforme des retraites

"Nous allons aller jusqu'au bout de la réforme du système des retraites", a affirmé le Premier ministre, qui en a appelé à l'esprit de "responsabilité" des grévistes.

Le Premier ministre Edouard Philippe est l\'invité de France 2, le 12 janvier 2020.
Le Premier ministre Edouard Philippe est l'invité de France 2, le 12 janvier 2020. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Il ira "jusqu'au bout". Le message est clair. Le Premier ministre, qui était l'invité du 20 heures de France 2, dimanche 12 janvier, a mis en avant sa détermination à faire passer la réforme des retraites. Au 39e jour de grève contre le projet du gouvernement, il en a appelé à la "responsabilité des grévistes", estimant que "ceux qui les incitent à poursuivre la grève les envoient peut-être dans une impasse". Enfin, il estime être parvenu à une sorte de "compromis" en proposant de retirer provisoirement du projet l'âge pivot instauré à partir de 2022, et en mettant en place une "conférence de financement" pour équilibrer les retraites d'ici 2027. Voici ce qu'il fallait retenir de son interview avec Laurent Delahousse.

Sur la réforme : "Nous allons aller jusqu'au bout"

"Très tôt, nous avons dit que nous étions déterminés à construire un système universel de retraites qui sera plus juste, qui sera plus lisible, qui sera plus solide et cette détermination est complète, totale. Ça passe par la suppression des régimes spéciaux. (...) Je le dis, nous allons aller au bout", a déclaré le Premier ministre.

Fort de cette détermination affichée, il en a appelé "à la responsabilité" des grévistes. "Je pense qu'ils devraient prendre leurs responsabilités, et je constate que la décroissance progressive du taux de grévistes dans les entreprises de transports fait que les prévisions sont plutôt bonnes. Vous connaissez la phrase : 'Il faut savoir terminer une grève'."

Enfin, il a assuré qu'il n'y avait pas de divergence entre Emmanuel Macron et lui. "Le président de la République a indiqué qu'il voulait un système universel, équitable et responsable. Ça fait 30 mois que je suis Premier ministre, et à chaque fois, on me demande s'il y a une différence entre le président de la République et moi. Nous sommes alignés pour faire avancer le pays."

Sur le financement : "Je suis prêt à entendre les propositions"

Edouard Philippe s'est félicité d'être parvenu à une sorte de "compromis" en acceptant samedi, comme le lui avait demandé la CFDT, de supprimer du projet, à titre provisoire, l'âge pivot instauré à partir de 2022. Il a également évoqué la "conférence de financement" qui sera mise en place pour réfléchir aux moyens d'équilibrer les régimes de retraite d'ici 2027.

"Cette convention sur le financement des retraites, a-t-il dit, c'est un acte de confiance. Je suis prêt à entendre les propositions [des partenaires sociaux] pour remettre notre système à l'équilibre en 2027. On peut prendre des mesures plus ou moins justes. Vous pensez bien que je n'ai pas enlevé du texte la mesure que je crois juste pour leur dire 'voilà la proposition que vous allez adopter'."

Sur l'équilibre du système : "Je suis déterminé"

Mais le chef du gouvernement a également fait valoir que l'équilibre du système à l'horizon 2027 n'était pas négociable. "Je suis déterminé sur l'équilibre financier du système, c'est ma responsabilité de chef du gouvernement. A titre personnel, je suis persuadé que l'âge pivot est la meilleure solution pour le rétablir." Edouard Philippe a salué "l'esprit de responsabilité" du secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, avant d'asséner : "Chacun a bougé, mais l'équilibre, le principe et la façon dont on l'obtiendra n'est pas négociable."

Il a donc averti les partenaires sociaux : "Le gouvernement ne laissera pas passer un projet de loi qui ne prévoirait pas les mesures de remise à l'équilibre à l'horizon 2027 car ce ne serait pas responsable. Ce serait même totalement irresponsable. Donc je prendrai mes responsabilités, [celles de] prendre des mesures qui ramènent l'équilibre en 2027 si on ne nous en a pas proposées d'efficaces."

Dans sa lettre aux syndicats rendue publique samedi, Edouard Philippe avait prévenu : dans l'hypothèse où un accord ne pourrait intervenir d'ici fin avril lors de la "conférence de financement", le gouvernement "prendra par ordonnance les mesures nécessaires pour atteindre l'équilibre d'ici 2027 et financer les nouvelles mesures de progrès social". "Je veux être parfaitement clair sur ce point : je prendrai mes responsabilités", avait déjà affirmé le Premier ministre.