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Le décryptage éco. Malgré un chômage plus élevé, la croissance en France est plus forte qu'en Allemagne

En janvier, le taux du chômage en Allemagne est à son plus bas niveau depuis la réunification du pays, en 1990. Mais le gouvernement allemand vient de revoir ses prévisions de croissance à la baisse pour 2019. Le décryptage éco de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Bruno Le Maire (à gauche) et Olaf Scholz (à droite), les ministres de l\'Economie et des Finances français et allemand en conférence de presse au siège du conseil de l\'Union européenne, à Bruxelles le 25 mai 2018.
Bruno Le Maire (à gauche) et Olaf Scholz (à droite), les ministres de l'Economie et des Finances français et allemand en conférence de presse au siège du conseil de l'Union européenne, à Bruxelles le 25 mai 2018. (THIERRY MONASSE / DPA)

Même si notre taux de chômage en France a un peu baissé, on est encore autour de 9% alors qu’en Allemagne, il est à 5%. L’Allemagne est à des niveaux historiques ! Autant dire que c’est le plein emploi.

Et les prévisions pour les années à venir sont encore meilleures puisque Berlin pourrait atteindre 3% de taux de chômage en 2020. L’explication tient au fait que l’Allemagne vieillit et compte peu d’actifs jeunes, contrairement à la France, où plus de 100 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail. Mais, ce déséquilibre démographique allemand est une bombe à fragmentation car du coup, Il y a 1,2 million d'emplois non pourvus.  Les employeurs s’arrachent les candidats, ce qui fait augmenter les salaires : + 4% dans l’industrie, + 6% dans le BTP mais aussi + 3 % pour les fonctionnaires là encore de quoi nous faire rêver .

Quand un taux de chômage très bas devient un problème... 

Faute de main-d’œuvre, les entreprises ne peuvent pas honorer les commandes, elles font appel à des réfugiés. Ce qui cause, au passage de tensions politiques. Et puis à force de refuser des contrats, ça pèse sur la croissance. À tel point que la semaine dernière, le gouvernement allemand a abaissé drastiquement ses prévisions pour 2019. Il ne table que sur 1% de croissance alors qu’il y a encore quelques mois, Berlin pariait encore sur 1,8%. Autant dire une douche froide après des années florissantes  

En 2019, la France va faire mieux que son voisin allemand

Le gouvernement reste pour le moment sur une prévision de croissance à 1,7% pour 2019 en France. On n’a pas fait mieux que l’Allemagne depuis 10 ans (2009) Si la croissance allemande ralentit, c’est aussi parce l’Allemagne exporte beaucoup et est donc très dépendante de la situation internationale marquée par l’incertitude autour du Brexit, les tensions avec les Etats-Unis. L’industrie ralentit, notamment la production dans le secteur de l’automobile qui connaît un coup de frein suite aux scandales des moteurs truqués. L’instauration de nouvelles normes a aussi beaucoup affecté les constructeurs allemands.

L’Allemagne est légèrement enrhumée mais ça ne veut pas dire qu’elle est totalement grippée. Ne serait-ce que parce qu’elle dispose d’un véritable trésor de guerre. Son excédent budgétaire s’élève à 59 milliards d’euros. En France, on est à moins 76 milliards d’euros de déficit ! Et puis, l’Allemagne a d’ores et déjà entrepris quelques réformes pour relancer rapidement la machine, notamment en terme de fiscalité des sociétés, mais aussi d’accueil de main-d’œuvre étrangère les entreprises s’ajustent à la conjoncture, en signant des accords et pour ça, elles peuvent compter sur les syndicats. C’est le fameux modèle de cogestion à l’allemande basée sur la négociation entre patronat et syndicats, Qui fait aussi rêver chez nous des centrales comme la CFDT.

Bruno Le Maire (à gauche) et Olaf Scholz (à droite), les ministres de l\'Economie et des Finances français et allemand en conférence de presse au siège du conseil de l\'Union européenne, à Bruxelles le 25 mai 2018.
Bruno Le Maire (à gauche) et Olaf Scholz (à droite), les ministres de l'Economie et des Finances français et allemand en conférence de presse au siège du conseil de l'Union européenne, à Bruxelles le 25 mai 2018. (THIERRY MONASSE / DPA)