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Le décryptage éco. Le déremboursement de l'homéopathie : un coup dur pour Boiron ?

La Haute autorité de santé s'est prononcée définitivement vendredi en faveur d'un déremboursement de l’homéopathie par la Sécurité sociale. Le décryptage éco de Fanny Guinochet ("L'Opinion").

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Des tubes et des granules homéopathiques, en septembre 2018.
Des tubes et des granules homéopathiques, en septembre 2018. (STÉPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)

La Haute autorité de santé a rendu son avis vendredi 28 juin en faveur d'un déremboursement de l'homéopathie par la Sécurité sociale, et cela risque d'être un coup dur pour le laboratoire Boiron. Le groupe pharmaceutique français a suspendu jeudi son cours de bourse. L’homéopathie représente 96% de ses revenus. Le leader mondial de l'homéopathie réalise la majorité de son chiffre d’affaires en France. L'année dernière, il était autour de 600 millions d’euros.

L’entreprise familiale estime qu’un déremboursement diviserait par deux son activité dans l'hexagone. Cela aurait des conséquences parce que si le siège de Boiron est basé dans la région lyonnaise depuis sa création dans les années 30, l'entreprise est aujourd'hui présente sur plus d’une trentaine de sites en métropole et dans les DOM-TOM.

Une casse sociale à venir, prévient Boiron

Boiron joue beaucoup sur les suppressions d'emplois pour sensibiliser l'opinion et les politiques. Il alerte sur une casse sociale à venir. Si ses produits ne sont plus pris en charge par l'Assurance maladie, il prévient qu'il pourrait supprimer entre 1 000 et 1 300 postes sur les 2 500 salariés qui travaillent dans l’hexagone. Un rassemblement est organisé vendredi à Lyon et à Paris. Boiron a réussi à mobiliser des élus. Il a lancé une pétition qui a recueilli plus d’un million de signatures en quelques semaines. Bref, le lobbying marche à plein !

Ces données économiques n'ont pas influencé la décision de la Haute Autorité de santé. Est-ce qu'Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, va y être sensible ? Au bout du bout, c’est elle, qui aura le dernier mot pour signer la fin de la prise en charge par l'Assurance maladie. En 2018, ces remboursements ont représenté 125 millions d’euros de dépenses sur un total d’environ 20 milliards d’euros pour l’ensemble des médicaments remboursés. Autant dire une goutte d’eau dans un océan, jugent les pro-homéopathie. Les personnes contre, elles, disent qu’il vaut mieux faire des économies à notre système de santé et affecter cet argent à autre chose. Aujourd’hui, un tube d’homéopathie qui coûte en moyenne deux euros est remboursé à hauteur de 30%, et les mutuelles peuvent prendre en charge le complément.

Boiron planche déjà sur un plan B. Selon le laboratoire, la campagne "anti-homéopathie" de ces derniers mois lui a déjà causé des torts. Il a enregistré près de 12% de ventes en moins. En même temps, il faut savoir que s’il n’y a plus de prise en charge de l'Assurance maladie, le prix des granules ne sera plus fixe. Boiron pourra alors les augmenter comme il veut et peut-être compenser. Les produits remboursés ne représentent en fait qu'un quart de son chiffre d'affaires. Il est probable que les patients convaincus par l'homéopathie continuent d'en acheter, remboursement ou pas…

Des tubes et des granules homéopathiques, en septembre 2018.
Des tubes et des granules homéopathiques, en septembre 2018. (STÉPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)