Le club des correspondants, France info

Covid-19 : En Belgique, au Japon et aux États-Unis, les expatriés français ne voyagent pas comme ils veulent

Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Direction les États-Unis, le Japon et la Belgique où les déplacements des résidents français sont soumis à d'importantes restrictions.

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Des policiers belges contrôles les allers et venues à la frontière avec la France, près de Lille, en mars 2020.
Des policiers belges contrôles les allers et venues à la frontière avec la France, près de Lille, en mars 2020. (SYLVAIN LEFEVRE / HANS LUCAS)

Après un an de pandémie du Covid-19, de crise mondiale, comment vivent les Français de l'étranger ? Le club des correspondants nous emmène aux États-Unis, au Japon et en Belgique, pour une plongée dans le quotidien des expatriés. Retrouver leur famille ou simplement aller travailler s'avère assez compliqué.

Aux États-Unis, le casse-tête des retrouvailles familiales

160 000 Français sont installés aux États-Unis, soit l'équivalent de la population d'une ville comme Toulon ou Grenoble. Des expatriés qui se retrouvent coincés, entre le travel ban décidé par Donald Trump et des difficultés pour revenir sur le sol français. II y a tout juste un an le président républicain fermait la frontière américaine à tous les voyageurs en provenance de l’Union européenne. La conséquence la plus direct pour les expatriés français aux États-Unis, est que, certes, ils pouvaient quitter le pays, mais sans aucune garantie de pouvoir revenir. La seule solution, et c’est encore le cas aujourd’hui, c’est de transiter au moins deux semaines par un pays non soumis à ce travel ban : la Croatie, la Turquie ou le Mexique, afin de pouvoir revenir aux États-Unis.

L’autre solution, c’est d’obtenir une exemption délivrée par le département d’État. Sans cela, vous êtes bloqués aux États-Unis. Beaucoup d’expatriés sur le sol américain n’ont pas vu leur proches ou leurs familles depuis un an car les Français, hors dérogation et à moins d’un passage de 15 jours par la Croatie ou la Turquie, n’ont toujours pas le droit de venir aux États-Unis.

Les expatriés français aux États-Unis ont aussi été empêchés de revenir dans leurs pays d’origine par les autorités françaises et ça a provoqué beaucoup d’incompréhension dans la communauté des expatriés. Fin janvier, Jean Castex annonçait que toute entrée en France, pour des voyageurs venant de pays situés en dehors de l’Union européenne serait interdite, sauf motif impérieux. Et les motifs étaient très sévères : décès d’un proche, mutation professionnelle ou retour définitif. Les français installés aux États-Unis étaient doublement coincés. Depuis, le Conseil d’État a été saisi et a finalement levé ces motifs impérieux. Les Français résidant aux États-Unis peuvent donc désormais revenir en France, avec bien sûr un test Covid négatif, toutes les précautions nécessaires, mais encore une fois sans garantie de pouvoir revenir sur le sol américain.

Le Japon assouplit timidement les règles

Au Japon, l'année dernière, les expatriés n'avaient plus le droit de rentrer au Japon une fois partis, même quelques jours. Mais à force de pressions internationales, les autorités japonaises ont accepté de traiter les résidents étrangers déjà établis de la même façon que les ressortissants japonais. Ils peuvent donc entrer et sortir. Mais la situation est encore extrêmement difficile pour ceux dont une partie de la famille est en France. Exemple avec cette mère française dont la fille étudiante à Paris voulait venir rejoindre ses parents à Tokyo pour en finir avec l’isolement. Après avoir déposé sa demande de visa au consulat à Paris, elle reçoit un message qui lui dit qu'une autorisation de l’immigration japonaise est nécessaire : "Le 28 décembre, le Japon a fermé ses portes une nouvelle fois et là on s’est dit c’est foutu, raconte la mère de famille. Nous avons reçu une réponse extrêmement sèche annonçant que notre fille n’avait pas son visa." Dans un tel cas il n’est pas possible de refaire une demande de visa pour le même motif au cours des six mois suivants le refus.

Pour les Français qui doivent venir travailler ou étudier au Japon mais ne sont pas encore arrivés, là aussi le bât blesse. Les nouveaux expatriés, en théorie, ne peuvent pas arriver tant que les mesures ne sont pas assouplies. Pour une personne mutée au Japon, il faut obtenir une dérogation en démontrant que sa présence est indispensable. Pour les étudiants étrangers, la situation est aussi très complexe. Ceux dont la rentrée est en avril ne peuvent pas venir. Cela risque d’être d’autant plus rageant pour eux que les délégations des Jeux olympiques, elles, vont bénéficier de dérogations. 

Bruxelles transformée en forteresse

Les entrées et sorties de Belgique sont soumises a des règles très strictes, parmi les plus dures de l’Union européenne. C’est simple, les voyages jugés non essentiels sont interdits depuis fin janvier. Pour passer la frontière il faut prouver que l’on va travailler ou qu’on a, par exemple, un conjoint qui vit à l’étranger. Il faut des preuves comme un bail commun. Ce qui fait grincer des dents les expatriés de toutes nationalités très nombreux à vivre à Bruxelles, siège des institutions. Ces restrictions compliquent aussi singulièrement la vie des Français navetteurs, ceux qui travaillent à Paris et vivent à Bruxelles. Pour eux, l’affaire s’est encore corsée quand la France s’est mise à exiger un test PCR. 

Antoine Lemalié est un de ces naveteurs. Sa femme a été mutée dans la capitale européenne et il fait ses allers et retours en voiture car il y a moins de contrôles. "Il y a un mois c'était très simple : on passait et personne ne nous arrêtait et puis progressivement il s'est mis à y avoir quelques contrôles. Il y a une déviation qui est organisée peu après la frontière et au cours de laquelle on est arrêtés aléatoirement et on demande le test PCR. Demain, quand je partirai en France, j'aurai mon test PCR si jamais je suis contrôlé. La France a l'air plus sur le qui-vive sur ces sujets." 

Ce père de famille fait des allers retours rapides, jamais plus de 48 heures, sous peine également d’avoir à faire un autre test PCR a son retour. Ce test est exigé par la Belgique de même qu'une mise en quarantaine. Antoine a aussi du renoncer aux vacances de février en Famille : "On n'est pas partis pour éviter d’être refoulés".

Des policiers belges contrôles les allers et venues à la frontière avec la France, près de Lille, en mars 2020.
Des policiers belges contrôles les allers et venues à la frontière avec la France, près de Lille, en mars 2020. (SYLVAIN LEFEVRE / HANS LUCAS)