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TEMOIGNAGE. Transition de genre : "Ça me permet d'éliminer tout ce qui n'est pas moi ", témoigne Liz née dans le mauvais corps

S'il n'existe aucune donnée sur le nombre de mineurs transgenres, le nombre de consultations et séjours hospitaliers a augmenté de manière significative ces dix dernières années. Des questions se posent encore sur la délicate prise en charge de ces adolescents en souffrance.
Article rédigé par France Info - Sophie Constanzer
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Transidentité (photo d'illustration). (STEPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)

Liz, cheveux blonds, lunettes discrètes, est née dans un corps de garçon. La lycéenne de 17 ans qui vit à Paris est en transition depuis un peu plus d'un an. "Ça me permet d'éliminer tout ce qui n'est pas moi dans mon corps", explique-t-elle. Son processus de changement de genre s'est fait en plusieurs étapes : "J'ai commencé par l'annoncer à mes proches, que ce soit à ma famille ou à mes amis. Ensuite, médicalement : j'ai commencé à prendre des traitements. Et enfin, administrativement".

"C'est vraiment ce qui peut m'aider"

Liz est suivie par un pédopsychiatre, un endocrinologue et par son médecin traitant. Depuis quelques mois, elle suit un traitement hormonal assez lourd. "À la première prise des bloqueurs de puberté par exemple, tout de suite il y a une grosse fatigue qui s'installe, même au niveau des émotions, on peut ressentir des choses beaucoup plus fortes après la prise des bloqueurs. Au début, ça fait peur, mais quand je compare au bien que ça me fait mentalement, à quel point ça m'aide de pouvoir transitionner, je me dis qu'il n'y a pas de débat à avoir." Les adolescents peuvent recevoir des bloqueurs de puberté dès l'âge de 15-16 ans. 

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Il n'y pas de débat non plus pour sa maman Aude, qui a rapidement compris l'évidence. "Au fond de moi, je le sentais, que Liz était différente, je n'arrivais pas à mettre des mots dessus..". C'est elle avec son mari qui a choisi le nouveau prénom de sa fille, née garçon. Et si Liz a d'abord voulu attendre sa majorité pour débuter sa transition, c'est apparu comme une urgence à l'adolescence. "C'était un mal être très profond qu'elle avait en elle depuis longtemps, qu'elle commençait à exprimer mais elle a mis pas mal d'années à approfondir pour être sûre, elle voulait attendre 18 ans, mais il y a un moment où c'est devenu insupportable à vivre, le mal être était tellement grave qu'elle avait besoin de notre aide avant sa majorité"... 

"Je sais que certains s'inquiètent d'un phénomène de contamination, de "mode", mais pour moi c'est impossible, c'est quelque chose de tellement profond, intime."

Aude, maman d'une adolescente en transition

à franceinfo

Sauf exception pour la torsoplastie -ablation des seins- la chirurgie dite de réassignation n'est pratiquée qu'à partir de 18 ans et il faut attendre aussi la majorité pour faire une demande de changement d'état civil. Liz est bien appelée Liz dans son Lycée depuis un an, mais un "M" pour sexe masculin, figure toujours sur sa carte d'identité. Liz confie que sa transidentité est parfois difficile à gérer, y compris avec le monde médical. "Quand on va à l'hôpital, quand on va chercher des médicaments, avoir constamment par exemple notre ancien rappelé, c'est très désagréable. Ça m'est déjà arrivé qu'un pharmacien utilise volontairement les pronoms masculins alors que je lui en avais parlé, je lui avais expliqué et que je venais chercher des hormones de transition", raconte-t-elle. 

Pas de données précises sur le nombre d'adolescents en transition 

La Haute autorité de santé l'écrit noir sur blanc : "Il n’existe pas d’étude estimant le nombre de personnes trans en France". Mais ces dix dernières années, le nombre de consultations et séjours hospitaliers chez les moins de 18 ans a nettement augmenté. Les patients sont majoritairement des adolescents nés filles qui veulent changer de genre. 

"Je pense qu'effectivement il y a des changements de représentation culturelle qui permettent aujourd'hui de penser son identité de façon beaucoup plus ouverte", estime le docteur Jean Chambry. Ce pédopsychiatre est l'un des premiers à avoir ouvert une consultation dite spécialisée à Paris. En un peu plus de 10 ans, il a accompagné plus de 200 patients. "Pour autant, ajoute-t-il, il faut relativiser le nombre de personnes qui s'engagent dans un parcours médical. Lorsqu'on reprend les chiffres de l'ensemble des consultations qui existent en l'Île-de-France, on constate qu'en dix ans, 500 adolescents se sont engagés sur les parcours médicaux. or les chiffres internationaux évoquent 1% de vécu transidentitaire sur les ados donc on est très loin de ce qu'on pourrait attendre si on appliquait ce chiffre de 1%"

La question de l'âge divise 

Peut-on regretter sa transition une fois adulte ? Le risque existe, répond le docteur Chambry. Il n'existe pas non plus d'étude sur ce que l'on appelle la détransition. Lui, n'a connu qu'un seul cas en dix ans. Autre question sensible : les jeunes, entre 16 et 18 ans, ont-ils le recul nécessaire pour s'engager d'un processus de changement de genre ? Pour le pédopsychiatre, il n'est pas question de remettre en cause leur capacité à choisir.

D'autant plus que le parcours est long. "On considère quand même qu'à partir de 16 ans, on a un discernement suffisant pour penser sa sexualité, pour avoir accès à la contraception. D'expérience, aucun adolescent n'a eu les hormones en trois mois. Il faut avoir la réalité en tête : il y a les délais de rendez-vous, les discussions avec les parents sur leur accompagnement. Souvent les adolescents ont déjà longuement attendu nos consultations." Il faut actuellement attendre près de deux ans pour obtenir une consultation spécialisée dans le public. Dans certaines régions, des parents peinent à trouver un médecin formé à ces questions.

En l'absence d'études et parce que les dernières recommandations datent d'il y a 13 ans, la Haute autorité de santé a mis en place un groupe de travail pour poser un cadre pour la prise en charge des ados transgenres. Les conclusions doivent être publiées en septembre 2023.
 

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