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REPORTAGE. "Ils sont venus nous découper à la machette" : l'est de la République démocratique du Congo en guerre depuis près de 30 ans

Emmanuel Macron est arrivé vendredi soir en République démocratique du Congo. L'est du pays est en guerre depuis près de trois décennies et la situation humanitaire ne fait que se dégrader depuis quelques mois. Une délégation de la mission des Nations unies en RDC, la Monusco, s’y est rendue.
Article rédigé par franceinfo - Paul Lorgerie
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Des soldats de la mission de maintien de la paix des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC), la Monusco, lors d'une mission au nord-est du pays, le 16 avril 2020. (PATRICIA MARTINEZ / EFE / MAXPPP)

Dans ces régions de la République démocratique du Congo qui bordent l’Ouganda et le Rwanda, le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation est compliquée. Tout d’abord parce qu'on ne parle pas d’un conflit, mais bien de conflits au pluriel. Et ce, depuis près de 30 ans. Codeco, milices Zaïre, ADF, M23… Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais ils sont les plus importants des groupes armés qui, chacun à leur manière, déstabilisent la zone.

Nous avons rencontré Marie dans la ville de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri. Elle et sa famille ont fui en 2019 à cause de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco), qui le jour de l’attaque du village de Marie, lui a ravi l’usage de ses bras à vie d’un coup de machette. "Ce sont les Lendus, de la Codeco, qui sont venus nous découper à la machette, raconte Marie. Ils nous ont tués avec des fusils. Tout cela s’est passé dans mon village."

"Aujourd’hui, je regrette ma vie d’avant. Je n’ai plus de bras et je suis dépendante des autres."

Marie, Congolaise

à franceinfo

Un peu plus au sud, au Nord-Kivu, autre groupe armé, autre contexte, même réalité pour Hélène, 22 ans, qui s’est réfugiée à côté de la ville de Goma, capitale de la province qui reste sécurisée. "Les problèmes, c’est la famine qui nous dérange, et les autres besoin qui persistent dans notre camp", indique Hélène. Au total, sur les deux zones où nous nous sommes rendus, plus de deux millions de personnes ont fui leur foyer et vivent aujourd’hui dans des conditions déplorables.

"La Monusco nous apporte la guerre"

La mission de maintien de la paix des Nations unies, appelée Monusco, est bien à la peine. Il faut savoir qu’elle est l’une des plus anciennes missions de ce type. Créée en 1999, elle s’appelait alors la Monuc, elle compte aujourd’hui près de 14 000 casques bleus qui sont quasi-exclusivement postés à l’est du pays. Et, malgré son mandat de protection des civils, malgré le fait qu’elle soit sous le Chapitre VII, qui lui permet donc de monter des opérations conjointes avec l’armée nationale et d’attaquer l’ennemi, la situation ne fait que s’empirer. "La Monusco est venue ici pour nous apporter la paix. Mais ici, au contraire, nous voyons la Monusco comme les gens qui nous amène la guerre", explique Hélène.

"La présence de la Monusco ne nous aide en rien dans notre pays. Regardez, je ne suis pas chez moi, donc la paix n’est pas ici."

Hélène, Congolaise

à franceinfo

En fait, les différentes communautés critiquent la passivité de la mission. C’est le cas par exemple de Jean-Marie Mushuganya, président d’une association culturelle à Goma : "Après beaucoup d’années de mission, il faut reconnaître que c’est un échec, et ils le reconnaissent. Et je ne suis pas surpris de voir des jeunes manifester contre la Monusco." Même son de cloche pour l’avocat et défenseur des droits de l’Homme Jackson Kisenga, à Bunia : "Depuis que la Monusco est là, 20 ans après. Et nous pensons que si la Monusco part, le gouvernement prendra ses responsabilités et cessera de se cacher."

Cette rancœur n’est pas nouvelle. Seulement, elle a atteint un pic en juillet 2022. Lors de plusieurs manifestations à travers différentes villes de l’est, 32 personnes ont été tuées dans les heurts et quatre casques bleus y ont perdu la vie. Ce qui empêche donc la Monusco de circuler, et d’assurer son mandat dans certaines zones.

"La responsabilité reste celle de notre gouvernement"

Bintou Keïta, cheffe de la Monusco, regrette évidemment tout cela. Et elle avoue que l’un des objectifs de son voyage à l’est était de renouer le dialogue avec la société civile. "Le sentiment anti-Monusco, il faut aller au-devant, affirme la  cheffe de la Monusco. Il faut engager toutes les parties prenantes : les jeunes, les femmes, la société civile au sens large. C’est un engagement qui permet d’enclencher un dialogue aussi authentique que possible et aussi vrai que possible."

"On est là pour servir. Car abandonner ne ferait qu’amplifier le sentiment de non-visibilité et de non-écoute qu’ils ont déjà."

Bintou Keïta, cheffe de la Monusco

à franceinfo

Mais, pour Jean-Marie Mushuganya, la Monusco n’est pas la seule responsable de la dégradation de la situation : "Il faut reconnaître qu’il y a des défis. Notamment du côté du gouvernement, car il faut reconnaître que la responsabilité reste celle de notre gouvernement." D’autant que les relations avec le gouvernement ne sont pas au beau fixe. Le 1er juillet 2022, le président congolais, Félix Tshisekedi, a demandé à la Monusco de plier bagage à l’horizon 2023-2024, soit au lendemain de l’élection présidentielle.

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