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Projets de vaccin contre le coronavirus : ces questions qui restent en suspens

L'espoir d'un vaccin contre le Covid se concrétise depuis que le laboratoire américain Pfizer, associé à l'allemand BionTech, a annoncé que son vaccin était efficace à 90%. Mais plusieurs questions demeurent.

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Un ingénieur montre un vaccin expérimental contre le Covid-19 à Pékin, en avril 2020.
Un ingénieur montre un vaccin expérimental contre le Covid-19 à Pékin, en avril 2020. (NICOLAS ASFOURI / AFP)

La course au vaccin donne ses premiers résultats concrets et semble ouvrir la voie à un possible frein à l'épidémie de coronavirus Covid-19. Le directeur de l’Agence européenne du médicament, Guido Rasi, table sur six ou sept vaccins disponibles en 2021 contre le coronavirus Covid-19. Pour l’instant, Pfizer fait la course en tête : le laboratoire américain et son partenaire allemand BioNTech veulent demander l'homologation de leur vaccin à l’Agence américaine du médicament d'ici fin novembre. Mais plusieurs questions demeurent encore à ce stade. 

Comment conserver le vaccin ?

Le duo Pfizer BioNTech est talonné par plusieurs concurrents : la biotech américaine Moderna qui utilise le même procédé révolutionnaire que Pfizer, l'ARN, et l'Anglo-Suédois Astra Zeneca. Ce vaccin à ARN est un vaccin issu du génie génétique qui n'a jamais été utilisé sur l'homme. On injecte un code génétique du virus dans la cellule, qui se met à produire la protéine que le Covid-19 utilise pour pénétrer dans le corps, la protéine ''Spike'', et en réaction, le système immunitaire crée des anti-corps. Si l'avantage de ce vaccin révolutionnaire est qu’il est plus rapide à produire, on lui compte plusieurs inconvénients. "L'ARN messager est une molécule sensible et fragile, prévient Bruno Pitard, directeur de recherche du CNRS au Centre de cancérologie et d'immunologie de Nantes-Angers. Il faudra donc l'emmailloter dans un virus artificiel qui entrera dans la cellule et lui permettra de produire la protéine S. Mais aussi conserver ce vaccin à des températures extrêmement froides, à -70 degrés."

Comment, dès lors, organiser la campagne de vaccination en considérant cette contrainte ? Certains seront prioritaires : les personnes âgées, les malades chroniques et les professionnels de santé qui sont en première ligne. Les autorités ont aussi défini un mode opératoire :  on pourra se faire vacciner dans les entreprises, dans les Ehpad et même dans la rue grâce à des équipes mobiles et à l'aide des pharmaciens et des infirmiers. Mais pour les vaccins qui se conservent à -70 degrés, la vaccination ne pourra avoir lieu que dans les cliniques, les hôpitaux et les établissements équipés de congélateurs. La France a d'ailleurs d'ores et déjà annoncé qu'elle venait d'acheter une cinquantaine de super-congélateurs pour stocker ces vaccins à ARN.

Aura-t-on suffisamment de vaccins ?

C'est l'Union européenne qui a la main sur l'achat et la distribution des vaccins anti-Covid, dont la plupart nécessitent deux injections. Des discussions acharnées sont menées avec les laboratoires pour en acheter le plus possible et au meilleur prix : entre 5 et 15 euros la dose, d'après l'une des négociatrices, une Française qui travaille à Bercy. L'Union européenne a commandé un milliard de doses : dès que l’Agence européenne du médicament donnera son feu vert, ils seront distribués dans chaque pays en fonction du nombre d’habitants. Tous les vaccins ne seront pas prêts au début de l’année, donc il n'y en aura pas pour tout le monde dans un premier temps.

Que sait-on des candidats-vaccins à ARN ?

A cette date, d'après un sondage Odoxa réalisé pour franceinfo, un Français sur deux affirme qu'il ne se fera pas vacciner. Il faut dire que pour le moment on ne sait pas grand chose sur ces vaccins : combien de temps seront-ils efficaces ? Est ce qu'ils anéantissent le virus ou est-ce qu'une personne porteuse vaccinée reste contagieuse ? Est-ce qu’il y a des risques ? "Il y a un certain nombre de procédures réglementaires qui ont été accélérées, souligne le directeur scientifique de l'Institut Pasteur, Christophe d'Enfert. Je crois qu'il est important de noter que même si ces procédures ont été accélérées, elles sont respectées. On ne joue pas aux apprentis sorciers : si mise sur le marché il y a, il y a une surveillance constante, ainsi qu'une remontée d'informations sur d'éventuels effets secondaires qui peuvent amener à arrêter la vaccination." 

>> Vaccin contre le Covid-19 : pourquoi les scientifiques se réjouissent mais appellent à la prudence

Faudra-t-il rendre la vaccination obligatoire ?

Certains responsables politiques réclament que la vaccination soit rendue obligatoire pour aller au devant de la défiance des Français. La Haute Autorité de santé, qui conseille le gouvernement, ne l'entend cependant pas ainsi. "Pour qu'une obligation soit applicable, il faut que tout le monde puisse être vacciné, rappelle ainsi le professeur Daniel Floret, vice-président de la commission technique des vaccins de la HAS. Or, on sait très bien qu'au début, on aura des doses très limitées de vaccin. Ensuite, pour mettre une obligation vis-à-vis d'un vaccin, il faut avoir absolument tous les éléments pour dire que ce vaccin est totalement sûr et est totalement efficace. Or, malgré tous les efforts qui ont été faits, on n'aura pas tous les éléments pour être totalement affirmatifs sur ce point."

Pour l'instant, la Haute Autorité de santé ne veut pas imposer le vaccin contre le Covid-19, mais cela pourrait changer : si les Français refusent vraiment de se faire vacciner alors que l'épidémie continue à flamber et que des garanties existent sur les vaccins disponibles, la vaccination pourrait alors devenir obligatoire.

Un ingénieur montre un vaccin expérimental contre le Covid-19 à Pékin, en avril 2020.
Un ingénieur montre un vaccin expérimental contre le Covid-19 à Pékin, en avril 2020. (NICOLAS ASFOURI / AFP)