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Covid-19 : l'éprouvante quarantaine imposée aux voyageurs qui arrivent en Chine

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C’est une illustration de la stratégie "zéro Covid" appliquée par la Chine : les voyageurs qui arrivent par avion dans le pays sont soumis à une longue quarantaine. Un enfermement total de deux à trois semaines dans un chambre d’hôtel, vécu dans la ville de Tianjin par l'envoyé spécial permanent de Radio France en Chine, Sébastien Berriot.

Article rédigé par
Sébastien Berriot - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min.
Une ésuipe sanitaire effectue des prélèvements quotidiens dans les chambres d'hôtel où sont hébergées les personnes en quarantaine. Le 18 novembre 2021 (SEBASTIEN BERRIOT / RADIO FRANCE)

Avant même de quitter le sol français, on est déjà un petit peu dans l’ambiance de la quarantaine chinoise. À l’aéroport de Roissy, le hall d’embarquement destiné au vol de Tianjin a été isolé des autres destinations. Devant le comptoir, dans la file d’attente, plusieurs dizaines de passagers, presque tous des Chinois, ont revêtu des combinaisons de protection intégrale de couleur blanche. Tout le monde prépare son QR code sanitaire, sésame indispensable pour pouvoir pénétrer dans l’avion. Pour l’obtenir, les voyageurs ont dû subir un test PCR et une prise de sang réalisés dans l’un des trois laboratoires parisiens imposés par l’ambassade de Chine en France.

À l’arrivée, c'est une expérience complètement inédite qui attend les voyageurs. Après dix heures de vol, l’avion de la compagnie Air France atterrit sur les pistes de l’aéroport de Tianjin, la grande ville portuaire du nord-est de la Chine, connue pour son site d’assemblage Airbus et sa concession française qui a pris fin en 1946. Mais de tout cela les passagers ne verront absolument rien. À leur descente d'avion, c’est un circuit sanitaire de près de quatre heures qui va démarrer dans une aile de l’aéroport spécialement réservée aux vols internationaux. Toutes les personnes que l’on croise dans le bâtiment portent une combinaison intégrale de la tête aux pieds. Les yeux dissimulés par de grosses lunettes de protection sont à peine visibles. Du désinfectant est pulvérisé dans l’air. On voit le personnel utiliser en permanence du gel hydroalcoolique et à chaque étape le voyageur doit se soumettre à une prise de température manuelle ou par système infrarouge.

L’organisation est militaire. Les voyageurs sont d’abord conduits dans un couloir pour subir deux examens médicaux : un test PCR, effectué de manière plutôt "musclée", et un autre test dans la gorge pour détecter là aussi l’éventuelle présence du COVID-19. 

Présumé contaminé

Le travail des douaniers chinois semble être uniquement accaparé par les questions sanitaires. À aucun moment, le contenu des bagages à main n’est vérifié. Pour limiter les contacts avec les agents, l’interrogatoire des douanes se déroule à distance par l’intermédiaire d’une webcam et seules des questions d’ordre sanitaire sont posées. Le traitement est exactement le même que l’on soit Chinois ou bien ressortissant étranger.

File d'attente pour les voyageurs à destination de la Chine, à l'aéroport Charles-de-Gaulle de Roissy, le 28 octobre 2021 (SEBASTIEN BERRIOT / RADIO FRANCE)

L’objectif est clairement de maintenir le voyageur dans une bulle sanitaire, sans contact avec la population locale. Dans l’aéroport, tous les magasins sont fermés. "J’ai l’impression d’être un paria, explique en riant un ressortissant anglais, je vois que lorsque j’approche un agent, il fait un petit pas en arrière, mais je ne suis pas surpris, je savais à quoi m’attendre. Ce n’est pas méchant."

Le groupe est ensuite invité à monter à bord d’un bus pour prendre la direction de l’hôtel de quarantaine. À bord, les conversations vont bon train. Une femme chinoise explique que cela ne la dérange pas car elle fait confiance aux autorités. Le bus emprunte l’autoroute à vitesse très réduite, pas plus de 40 km/h. Comme un convoi dangereux, il est escorté par des voitures de police qui ont les gyrophares allumés.

Hôtels dédiés à la quarantaine, tests réguliers

La destination finale se trouve dans la grande banlieue de Tianjin : un hôtel de moyenne-basse gamme qui a été réquisitionné par les autorités pour accueillir les quarantaines de voyageurs internationaux. Sur place l’ambiance est étrange. Il n’y a pas de clients "normaux", touristes ou vacanciers. Les lumières de l’entrée sont éteintes et la réception est fermée. Le groupe entre par une porte arrière et atterrit dans un couloir à moitié vétuste. Après quelques formalités, direction le 17e étage. Les voyageurs sont conduits chacun dans leur chambre.

La période d’enfermement est différente selon les villes. À Tianjin, c’est deux semaines. Les journées sont longues, rythmées par un protocole sanitaire très strict. Il y a d’abord les prises de température à effectuer six fois par jour. Les résultats doivent être communiqués sur le groupe de conversation qui a été mis en place spécialement sur le réseau social chinois Wechat. Ceux qui oublient sont systématiquement rappelés à l’ordre. Il y aussi les tests réguliers, PCR et gorge, tous les deux jours. Ils se pratiquent débout dans le couloir, à la chaîne, dans des conditions assez déshumanisées, même si les infirmières sont plutôt sympathiques. Le personnel médical franchit ensuite la porte de la chambre pour réaliser un test d’environnement. Des prélèvements sont notamment effectués sur le lit et sur l’oreiller pour détecter d’éventuelles traces de Covid-19.

Prélèvements dans la chambre, pour réaliser un "test d'environnement" quotidien, le 11 novembre 2021 (SEBASTIEN BERRIOT / RADIO FRANCE)

Le quotidien se met peu à peu en place. Beaucoup de voyageurs travaillent toute la journée sur leur ordinateur, comme Wusuping, une Chinoise de 36 ans, à la tête d’une entreprise de vente de coques pour téléphone portable. De retour d’un long séjour professionnel au Maroc, elle soutient que le temps passe finalement très vite pendant cette quarantaine. "Je travaille pour ma société et ça va", dit-elle.

"Cela vise à permettre aux Chinois de vivre dans un environnement sans virus. Bien que cette politique limite ma liberté, je pense que c'est bien."

Wusuping, Chinoise en quarantaine

à franceinfo

Claire, une autre Chinoise de 33 ans, qui revient d’un séjour d’affaires en Sierra Leone en Afrique de l'Ouest, va dans le même sens. Enceinte de quatre mois, elle explique que ces mesures sont nécessaires, notamment à l’approche des Jeux Olympiques d’hiver en 2022 à Pékin. "Lorsqu’on vient de l’extérieur, on peut avoir été contaminé, alors pour protéger la Chine de ce risque, il faut prendre ce genre de mesures."

Comme dans une prison

Mais pour supporter cet enfermement, il faut être solide sur le plan psychologique. C’est le cas de Lilian, un Français qui travaille à Singapour et qui est de retour en Chine pour rejoindre sa famille. Il a déjà vécu cinq quarantaines, ce qui lui permet de faire face et de se concentrer sur son travail. Mais la privation de liberté de mouvement reste compliquée, même pour lui. "Le sentiment que l’on peut avoir est proche de celui d’un prisonnier. Et c’est même pire. En prison, on peut prendre l’air lors des promenades. Là on est dans une pièce, sans pouvoir en sortir pendant deux semaines. C’est la version punition dans la prison."

Et il est impossible de s’échapper. Dans le couloir, il y a des caméras partout et en cas de tentative d’ouverture de la porte de la chambre, une puissante alarme retentit dans le bâtiment pour avertir le personnel. Même les fenêtres des chambres ont été condamnées et il est seulement possible de les entrouvrir sur quelques centimètres pour avoir un peu d’air.

Un couloir déserté de l'hôtel à Tianjin (Chine), le 13 novembre 2021 (SEBASTIEN BERRIOT / RADIO FRANCE)

L’autre difficulté pour Lilian, c’est la nourriture. Des plateaux sont déposés trois fois par jour devant la porte de la chambre. La qualité des repas est très moyenne et le menu est souvent le même. Certains hôtels de quarantaine acceptent la commande de repas sur internet, mais ce n’est pas le cas partout. À Tianjin, l’interdiction est formelle. Le personnel a expliqué que cela n’était pas conforme aux mesures sanitaires.

"Depuis plusieurs jours, je ne peux plus toucher à cette nourriture. Je ne peux plus la regarder. J’ai perdu du poids, c’est évident."

Lilian, Français en quarantaine

à franceinfo

Au bout des 13 jours, c’est une matinée éprouvante qui attend les résidents. À la veille du départ, le programme de tests sanitaires est renforcé : deux tests PCR dans chaque narine, deux autres tests dans la gorge et la nouveauté, c'est un test anal forcément pas très agréable. La pudeur n’est pas la priorité. Le test est réalisé sur le lit de la chambre en présence de trois infirmières. La veille, sur le groupe de quarantaine sur le réseau social Wechat, les résidents ont bien tenté de négocier en demandant un prélèvement de selles à la place du test anal, mais ils n’ont rien obtenu. Claire, la jeune femme chinoise évoque une situation "un peu embarrassante, mais qu’il faut accepter."

Une fois les résultats des tests communiqués, les voyageurs obtiennent, s’ils sont négatifs, un code QR de couleur verte qui leur permet de sortir, après avoir payé les frais de repas et d’hôtel. La joie de retrouver la liberté se lit sur les visages, en tout cas sur certains visages. Car la quarantaine n’est pas finie pour tout le monde.

Ceux qui souhaitent aller à Pékin doivent subir une troisième semaine d’enfermement. À l’approche des Jeux olympiques, la capitale est en effet ultra-protégée et la période d’isolement doit être au minimum de 21 jours. Certains voyageurs étrangers n’étaient pas au courant de cette spécificité. Pas le choix, le personnel médical les a invités à monter dans un bus pour se diriger vers un nouvel établissement d’accueil. Désabusé mais impuissant, le groupe a retrouvé la solitude de la chambre d’hôtel et la routine de la quarantaine chinoise. C’est le prix à payer pour rejoindre la capitale et ce n’est pas négociable.

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