EDITO. Immigration : les bonnes questions que ne posent pas les responsables politiques en France

Le débat politique sur le futur projet de loi sur l’immigration présenté par Gérald Darmanin s’est déjà engagé. Il promet d’occuper le semestre à venir au Parlement. Et il est percuté de plein fouet par une actualité tragique.
Article rédigé par France Info, Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Un rescapé du naufrage au large de la Grèce accueilli par les secouristes de la Croix-Rouge à Kalamata, le 14 juin 2023 (BOUGIOTIS EVANGELOS / ANA-MPA)

Deux événements dramatiques ont eu lieu en quelques jours. Mercredi 14 juin, le naufrage de migrants en Méditerranée le plus meurtrier depuis 2016, un bateau surchargé qui a coulé au large de la Grèce. Et un bilan effroyable d’au moins 78 morts et des centaines de disparus. Et la semaine dernière à Annecy, un ressortissant syrien réfugié en Suède et demandeur d’asile en France qui attaque au couteau six personnes dont quatre tout petits enfants. Deux événements qui suscitent une émotion légitime. Mais qui alimentent aussi certains démagogues.

Cette nouvelle tragédie en Méditerranée doit-elle par exemple amener l’Europe à ouvrir grand ses frontières à tous les migrants ? Et le drame d’Annecy justifierait-il que la France refuse l’entrée sur son territoire à tous les demandeurs d’asile ? Dans les deux cas, la réponse est non, bien sûr. L’émotion, l’indignation, sont légitimes et mêmes saines, mais insuffisantes. Elles masquent souvent les bonnes questions.

Les procédures européennes en question

Ce naufrage meurtrier en Méditerranée interroge d’abord sur les conditions de sauvetage et le rôle de Frontex, dont un avion avait repéré l’embarcation une douzaine d'heures avant le naufrage. Il interpelle aussi sur l’impuissance de l’Europe à démanteler les réseaux de passeurs, ces mafias qui rackettent des êtres humains qu’ils envoient à la mort. Il souligne enfin l’urgence pour l’UE d’instaurer de vrais mécanismes de solidarité pour mieux accueillir et de faire vivre de vraies coopérations avec les pays de départ.  

Quant au drame d’Annecy, il doit sans doute conduire à corriger certaines procédures, des délais, des recours, mais aussi les échanges d’informations entre pays membres de l’UE : il a fallu six mois à la France pour apprendre que l’assaillant avait déjà obtenu l’asile en Suède depuis dix ans.
 
Mais les responsables politiques ne débattent pas vraiment de ces questions. Ils préfèrent s’envoyer des anathèmes. La droite et l’extrême droite fantasment en chœur un "chaos migratoire" imaginaire. La gauche nie l’accroissement d’une pression migratoire pourtant bien réelle.  Et de drames en tragédies, les uns et les autres instrumentalisent trop souvent le défi migratoire pour faire fructifier leurs médiocres intérêts électoraux.

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